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21 février 2021

Moi, Jérusalem, roman de Gilbert Sinoué

C’est un petit livre, mais plein de sens.

 

Jérusalem

Un roman écrit à la première personne, et la narratrice n’est autre qu’une ville à l’histoire millénaire, la ville des trois prophètes : Moïse, Jésus et Mohammed.

En lisant récemment l’histoire du Levant antique, j’avais été frappée par l’extraordinaire foyer de luttes entre les peuples, les communautés, les sectes séjournant tout à tour au cours des siècles sur cette terre étroite coincée entre Méditerranée et Jourdain, cette terre de Canaan, carrefour stratégique.

Un lieu de passage et d’échanges, un goulot d’étranglement entre les premiers hominidés remontant du Rift vert l’Europe et l’Asie, le carrefour des caravanes entre l’Inde, la Chine et la Méditerranée, la convoitise de tous les empires antiques qui se sont succedés dans cette région dépourvue pourtant de ressources naturelles. Les Jébuséens, les Philistins, les Hébreux, les Iduméens, les Nabatéens, les Egyptiens, les Ottomans, les Mamelouks, les Peuples de la Mer, les Perses, les Grecs, les Babyloniens, les Romains, les Arabes, les Francs, les Britanniques, ont tour à tour conquis ce pays, exilé leurs populations ou les ont simplement massacrées …

L’histoire de cette terre contestée depuis la nuit des temps, devenue un des points les plus chauds de la géopolitique contemporaine, avec ses ramifications dans notre jeunesse, est atroce. Gilbert Sinoué la raconte sans parti-pris. Pourquoi tant de haine encore aujourd’hui entre Arabes et Juifs ? Pourquoi les « Grandes Puissances » et en particulier la Grande Bretagne avec la Déclaration Balfour de 1917 ont-elles attisé les affrontements en proférant des promesses qu’elles étaient certaines de ne pas vouloir ni pouvoir tenir ? Pourquoi les souffrances des uns et des autres ne peuvent-elles pas s’unifier en une seule communauté ? Entre la Shoah et la Nakba, quelle différence ? Le nombre, peut-être, mais cela a-t-il un sens ? Il est à noter cependant que l’auteur n’évoque à aucun moment la Shoah … Car la lutte pour la possession du sol a commencé bien avant.

A tous ceux qui ne comprennent pas cette lutte séculaire et sans issue, je recommande ce livre – en particulier les jeunes -  qui ne se prive pas de tordre le cou à des légendes devenues dogmes, qui ont traversé le temps et nous rappellent que les pires guerres sont les guerres de religion … De ce côté-là, nous les européens n’avons aucune leçon à donner à personne.

La tolérance cède le pas à l’impossibilité pour la plupart des gens de respecter la diversité. On parle beaucoup de respect, on le pratique si peu ! Les trois religions du Livre n’ont pas apporté de progrès en la matière.

 

Moi, Jérusalem, roman par Gilbert Sinoué, éditions J’ai lu, 348p., 8€

Posté par Bigmammy à 08:00 - Lu et vu pour vous - Commentaires [3] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Il est parfois difficile de croire encore à l'humanité, c'est ce que je ressens à la lecture de votre billet ( plus le brouillard psychologique actuel ).Ici le soleil brille , on remet le sac à dos et on avance parce qu'il n'y a rien d'autre à faire.

    Posté par Christine, 21 février 2021 à 08:53
    • L'humanité est ce qu'elle a toujours été ... Mais la lecture de ce roman dénué de parti pris montre que les affrontements interreligieux/interethniques ne datent pas de la création en 1948 de l'Etat d'Israël.
       
       
       
       

      Posté par Bigmammy, 21 février 2021 à 09:14
  • Merci

    Posté par Christine, 21 février 2021 à 11:54

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