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24 février 2021

L'assassin des ruines, polar historique de Cay Rademacher

 

assassin ruines

Encore un polar situé dans les décombres de l’immédiat après-guerre allemand.

En janvier 1947, l’hiver est particulièrement rigoureux à Hambourg – à Paris aussi me raconta jadis ma mère qui venait de me mettre au monde (1) - dont la plus grande partie des quartiers industriels et ouvriers n’est plus qu’un monceau de décombres.

Plus rien n’est débarqué dans le port pris dans les glaces : ni blé, ni charbon, ni pétrole, ni nourriture pour les rescapés et les milliers de « personnes déplacées » réfugiées, libérées des camps … Des cadavres étranglés retrouvés nus dans des trous d’obus gelés, impossible à enterrer, dans des caves dans divers points de la ville : un vieil homme, deux jeunes femmes, une fillette … Malgré une intense campagne d’affichage (il n'y a pas assez de papier pour imprimer les journaux) personne n’est en mesure de reconnaître ces corps, personne n’a signalé leur disparition …

L’enquête est confiée à l’inspecteur Frank Stave. Sous la supervision d’un jeune officier de liaison britannique -l'autorité d'occupation - et avec l’apport d’un flic de la police des mœurs. L’inspecteur est un homme sympathique, 43 ans, et comme tous, il souffre de la faim et du froid intense.  

Jadis opposé au nazisme, il a la confiance des nouvelles autorités policières et occupantes, en particulier du procureur qui s’avère un chasseur de nazis. Sa femme a trouvé la mort dans un bombardement, leur jeune fils a disparu après s’être porté volontaire pour le front de l’Est dans les derniers soubresauts du confit. Lui-même a été blessé à la jambe. Le marché noir règne, seul moyen de survie.

L’enquête piétine. Toutes les pistes s’achèvent en cul de sac. Personne n’a rien vu, il fait si sombre si tôt parmi les monceaux de gravats.

Encore un polar dans les ruines – après ceux de Philip Kerr, Harald Gilbers, Volker Kutcher et d’autres  - parce que j’aime le peuple allemand et que malgré l’horreur de la période nazie, on ne dit jamais assez combien l’après-guerre fut dramatique pour les survivants, les civils en particulier, et pas seulement à l’Est mais encore plus longtemps pour ceux-là.

Le style de Cay Rademacher est limpide et ses personnages complexes, donc attachants. La construction répond à tous les canons du genre : recherche tous azymuts, indices semés mais bien dissimulés, révélations soudaines, scène de mise en péril de la vie du personnage principal puis solution de l’énigme et punition du coupable … D’accord, pas de surprise de ce côté-là, mais la différence se fait au niveau de la description du cadre géographique et historique, et la profondeur des protagonistes.

Cet opus constitue le premier élément d’une trilogie. Je recommande vivement les deux suvants, à lire dans l'ordre !

 

(1) l’hiver 1946/1947 fait partie des hivers rigoureux car une vague de froid exceptionnellement longue concerne toute la France entre le 21 janvier et le 3 mars 1947. Le froid atteint son maximum d’intensité à la fin du mois de janvier avec des températures inférieures à –10° sur l’ensemble du pays, et les valeurs les plus basses sont mesurées à Romilly-sur-Seine (Aube) où il fait jusqu’à – 23°. On relève par ailleurs -30°C à Val-d’Isère (à 1800m d’altitude)  –19° à Reims, -17° à Toulouse et –14° à Paris et à Brest ! Le Rhin est totalement gelé par une épaisse couche de glace, et l’on craint que la débâcle ne compromette ses efforts de réhabilitation après les destructions de la guerre. Le port de Nantes est également pris par la glace et les brise-glaces tentent de les faire dériver. Une tempête de neige paralyse toutes les régions de l’Ouest et du Nord le 31 janvier et le 1er février, et il tombe près de 20 cm en région parisienne et 30cm, à La Rochelle qui n’a jamais vu autant de neige depuis 60 ans. D’après les journaux de l’époque, les dégâts occasionnés par le froid sur les semailles de blé concernent plus de la moitié des cultures sur un bon tiers Nord du pays. On signale assez peu de morts liés au froid car la guerre est malheureusement passée par là et les personnes fragilisées sont déjà décédées.
C’est notamment au cours de cet hiver que l’on voit progressivement les femmes porter des pantalons, plus chauds et plus confortables que les bas. En revanche, c’est encore l’époque des tickets de rationnement qui ne disparaîtront qu’en 1949. Ces tickets donnent droit à des pâtes et légumes secs pour remplacer les fruits frais, beaucoup plus rares en raison des conditions climatiques. Source : Météo France.

 

L’assassin des ruines - Der Trümmermörder – polar historique de Cay Rademacher (2011) traduit de l’Allemand par Georges Sturm, aux éditions du Masque, 453 p., 8€

Posté par Bigmammy à 08:00 - Lu et vu pour vous - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires

  • A lire la note météorologique, je comprends mieux pourquoi mes mère et grand-mère disaient qu'il n'y avait plus d'hiver !

    Posté par Christine, 24 février 2021 à 17:26

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