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18 avril 2021

Impressions et lignes claires, essai d'Edouard Philippe et Gilles Boyer

 

Philippe et Boyer

Ce n’est pas (ou si peu), un plaidoyer pro domo. Simplement une chronique émouvante, franche, sensible, un témoignage à quatre mains sur les 1145 jours de l’action d’Edouard Philippe en tant que Premier ministre, du 15 mai 2017 au 3 juillet 2020.

Car rien ne peut distinguer la plume de l’un ou de l’autre des auteurs qui signent ensemble, de la même façon qu’ils travaillent en symbiose depuis vingt ans. D’ailleurs, et c’est surprenant, ils s’expriment à la première personne du pluriel. Mais cette fois, il ne s’agit pas, comme précédemment d’un roman de politique fiction

Mais c’est une magistrale leçon de droit constitutionnel, un hymne à la loyauté républicaine et aux institutions de la Vème République. Selon ces deux-là, bébés-Juppé, des archétypes d’honnêtes hommes : notre constitution est une merveille d’équilibre des pouvoirs. La Vème République est un régime parlementaire (et non un régime présidentiel) car le Président (PR) ne peut nommer Premier ministre (PM) qu’une personnalité qui obtiendra la confiance de l’Assemblée. Edouard Philippe, éminent juriste membre du Conseil d’Etat, nous le démontre de façon limpide.

Des réflexions sur le pouvoir et ses contraintes, la difficulté à concevoir, exprimer, communiquer une ligne politique. Tout remonte à Matignon, mais pour Edouard Philippe, ce n’est pas un enfer. Un lieu de travail intense, avec des collaborateurs totalement investis dans le service de l’Etat. Et il faut dire que les épreuves n’ont pas manqué à ces gouvernants : la crise sociale des gilets jaunes, l’incendie de Notre-Dame, l’émergence d’une pandémie inattendue … et surtout l’extraordinaire rejet des institutions représentatives par une horde de citoyens totalement perdus … tentés par les extrêmes et pétris d’exigences contradictoires.

« Petit à petit, il est exigé des élus qu’ils se consacrent totalement à leur mandat (est-ce un progrès de ne vivre que de ses mandats ?), de préférence bénévolement (car plus, ce serait trop), qu’ils sachent passer le main (et vite). En outre, il est préférable, pour limiter les conflit d’intérêt, qu’ils n’aient rien fait avant, qu’ils ne fassent rien pendant et qu’ils ne fassent rien après, sans jamais cesser de déplorer toutefois leur déconnexion croissante avec la vraie vie … »

L’ouvrage pointe ainsi les profondes contradictions de notre peuple, la difficulté à diriger un pays aussi sourcilleux sur la possibilité de s’exprimer sans toutefois proposer aucune solution de rechange … Sans acrimonie, sans regard pessimiste, mais avec lucidité, une réflexion sur la philosophie du pouvoir dans le contexte politique de la France d’aujourd’hui …

« Réussir des concours n’est évidemment pas un brevet de compétence pour la vie, mais il n’est pas certain que les  rater soit une vertu cardinale » . Une citation pour réhabiliter notre haute fonction publique, et le dévouement sans limite de nos élites politiques au service public et à la grandeur de la France. Un livre plein de foi et d’espérance … 

L’explication du titre : « A Matignon, on peint impressionniste ; à l’Elysée, on a besoin de lignes claires. » Ainsi comprend-on mieux les rôles respectifs, à travers les aléas climatiques, les révoltes sociales et les crises internationales, du Président et de son Premier ministre. Une leçon de transparence.

 

Impressions et lignes claires, essai de Gilles Boyer et Edouard Philippe, édité chez JCLattès, 420 p., 21,90

Posté par Bigmammy à 08:00 - Lu et vu pour vous - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Un livre manifestement à lire. Merci de nous en donner un aperçu.
    Bonne journée

    Posté par Jauneyris, 18 avril 2021 à 08:52

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