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05 juin 2021

La grande illusion, journal secret du Brexit par Michel Barnier

Barnier

« Il y a des conflits dont les deux protagonistes sortent affaiblis. Perdant-perdant ! Au-delà du titre du film de Jean Renoir, je fais référence à l’illusion de croire qu’on pourrait mieux faire face aux grands défis mondiaux seuls qu’ensemble, entre Européens. C’est ce que certains ont voulu faire croire aux Britanniques. » Ainsi pense Michel Barnier, négociateur en chef du Brexit décidé par les Britanniques en 2016. Il livre ici son carnet de bord …

Membre des Républicains, militant gaulliste depuis ses 16 ans, diplômé de l’Ecole Supérieure de Commerce de Paris, Michel Barnier fut député européen de 2009 à 2010, après avoir été ministre de l'Agriculture et de la Pêche. Il est commissaire européen au marché intérieur et aux services du 10 février 2010 au 1er novembre 2014. À la suite du référendum britannique décidant la Grande-Bretagne à quitter l'Union européenne le 23 juin 2016, le négociateur en chef de l'Union européenne sur ce dossier hyper sensible, décrit au jour le jour, les étapes chaotiques de cette négociation à multiples rebondissements.

D’abord, il faut fixer le cadre institutionnel, totalement inconnu pour la plupart de nos concitoyens : qui sont les protagonistes de cette saga, dans quelles structures ils évoluent, comment s’articulent les différentes sources des pouvoirs : la Commission européenne, le Conseil européen, le Parlement d’un côté, le Premier ministre britannique, son parti au pouvoir, son Cabinet, la Chambre des Communes de l’autre.

Côté européen, un seul « patron » de cette négociation à multiples tiroirs : Michel Barnier. Du côté britannique, pas moins de 3 Premiers ministres (Cameron – il a provoqué le référendum pour des motifs de politique intérieure), May, Johnson), autant de Secrétaires d’Etat à la sortie de l’Union européenne.

Côté européen, calme, sérénité, respect de l’adversaire, unanimité (si, si, pour une fois !), confiance en l’équipe professionnelle des négociateurs, soutien des Gouvernements, solidarité envers les pays ou régions en péril (Espagne pour Gibraltar, Chypre, pays côtiers pour la pêche, Finlande et naturellement l’Irlande).

Côté britannique : après les mensonges ayant induit en erreur une grande partie des électeurs Britanniques sur les conséquences du Brexit, chantage, bluff, mauvaise foi, revirements sur des accords déjà signée et ratifiés, mise en scène, psychodrame, écran de fumée, mauvaise préparation des dossiers complexes des conséquences du retrait.

Le 23 juin 1976, 52% des Britanniques ont donc voté pour la sortie de l’Union européenne. En fait, c’est la procédure de mise en œuvre de l’article 50 de la Convention sur l’avenir de l’Europe, ratifiée en 2000, qui prévoit les conditions pour un Etat membre de sortir de l’Union. Un Etat n’est pas forcé d’y rester et, lorsque les négociations du retrait sont dans l’impasse, il n’est pas forcé d’accepter les modalités de sortie proposées par l’Union.

Les points durs de la négociation portent sur : les droits des citoyens européens au Royaume Uni et des citoyens du Royaume Uni en Europe, le règlement des engagements financiers pris par le RU envers l’UE en tant qu’Etat membre, l’avenir des nouvelles frontières de l’Union, en particulier en Irlande, afin de respecter le Good Friday Agreement ou Accord du Vendredi Saint du 10 avril 1998 qui a mis fin au conflit avec l’Irlande du Nord.

Pour Teresa May, c’est la quadrature du cercle : il s’agit de négocier non seulement avec l’Union européenne mais, de façon violente, heure par heure, avec la majorité de son parti au Parlement britannique. Michel Barnier lui rend hommage. Car en fait, « Les Anglais rendent les clefs de l’appartement mais veulent continuer à utiliser la cuisine ». Ils veulent un accord à la carte, faire du « cherry Picking », ce à quoi l’Union est totalement opposée.

 

Processus décisionnel

C’est tout le sens de deux démarches antagonistes et tout l’art du négociateur de ne pas tomber dans le panneau : la provocation. Les derniers rounds porteront sur la pêche mais si les Britanniques veulent un accord commercial sans tarif et sans quotas, ils doivent accepter un accord sur la pêche …

L’accord final sera conclu entre Ursula von der Leyen, Présidente de la Commission européenne et Boris Johnson le 24 décembre 2020, un soulagement teinté de tristesse selon Michel Barnier.

Un livre clair et pédagogique, jamais ennuyeux, dévoré comme un thriller … et qui éclaire sur ce qu’il convient de changer pour une Union européenne plus efficace pour chaque citoyen.

 

La grande illusion, journal secret du Brexit (2016 – 2020) par Michel Barnier, édité chez Gallimard, 542 p., 23€

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