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17 septembre 2021

Au printemps des monstres, roman de Philippe Jaenada

Jaenada

Nombreux s'insurgent (c'est à la mode) aujourd’hui des multiples traces que nous laissons à travers nos achats par carte de crédit, nos communications téléphoniques, nos centres d’intérêt piégés sur les réseaux sociaux …

Mais ils ignorent que des éléments d’identification ont toujours existé, et qu’ils dorment dans les multiples sites d’archives, à la disposition de ceux qui n’ont pas la crainte de passer du temps à les consulter … comme l’acharné Philippe Jaenada.

Malgré toutes les difficultés, cet écrivain qui s’attache à chercher la vérité - même la plus soigneusement enfouie – remonte le temps, relit sans relâche les milliers de procès-verbaux des affaires criminelles, y retrouve des contradictions, des mensonges, des omissions volontaires ou pas, pour mettre au jour des révélations pas toujours agréables.

J’avais déjà apprécié son style inimitable dans « La Serpe », son ardeur sans limite à pister le moindre document et sa manière d’y mêler ses impressions personnelles, le plus souvent pleines d'humour.

Philippe Jaenada pratique une littérature « agglutinante » : il donne toutes les identités, toutes les descriptions de lieux, toutes les référence généalogiques … à l’exception de celles qui pourraient encore nuire à leur propriétaires encore de ce monde, ses états d'âme. Cette fois, il s’attaque à un fait divers qui a secoué la Presse de l’époque où il venait de naître, l’assassinat d’un enfant de 11 ans, Luc Taron, à la fin du mois de mai 1964.

Une affaire secouant toute la France puisqu’un mystérieux correspondant autoproclamé « L’Etrangleur » revendique bientôt auprès des médias son crime. Un jeune homme falot qui n’a pas vraiment la « gueule » de l’emploi, Lucien Léger, mais qui sera arrêté et avouera à maintes reprises le crime, avant de se rétracter.

Paris jour

Lucien Léger

Leger policiers

S'il est établi qu'il a bien écrit toutes ces missives, mais est-il l’assassin ?

Mal défendu par des ténors du barreau dégoûtés par ses déroutantes voltes-faces, il sera condamné à perpétuité, et passera 41 ans en prison, pour mourir 3 ans après sa libération. Toute la question demeure : Lucien Léger était-il l’assassin, ou couvrait-il par loyauté un autre criminel sordide, qui aurait assouvi une vengeance vis à vis du père du petit Luc dont le passé est loin d'être clair …

S’appuyant sur un livre* précédemment consacré à cette affaire  – les journaux spécialisés dans les enquêtes policières jouaient le rôle des réseaux sociaux d’aujourd’hui – Philippe Jaenada reste hanté par le rôle des maîtres du barreau – en particulier Maurice Garçon qui avait sauvé la mise d’Henri Girard alors même « qu’il apparaissait sur le moment aussi coupable qu’un enfant barbouillé de confiture à côté d’un pot presque vide ».

Bref – si je puis dire – avant de vous embarquer dans cette nouvelle enquête, prenez votre courage à deux mains en sachant que c’est une lecture totalement addictive. Car dès la page 497, l’auteur « à le sentiment diffus que son livre ne sera pas aussi concis, sec, à l’os, que ce qu’il avait promis à son éditeur. » Ainsi qu’il le répète, il est peu à l’aise avec la notion de mesure.

 

*Jean-Louis Ivani et Stephane Troplain : Le voleur de crimes, l'affaire Léger (1964)

 

Au printemps des monstres, roman de Philippe Jaenada, édité chez Millet Barrault (Julliard), 749 p., 23€

Posté par Bigmammy à 08:00 - Lu et vu pour vous - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Hier j’ai essayé plusieurs fois, en vain, de laisser un message sous votre article ; il en est de même aujourd’hui.
    Adepte depuis 50 ans de films en N et B et de livres de la Série Noire (et autres), je déplore comme vous la perte des durées de film et de longueur de livres limitées.
    En serait-il autrement s’il n’y avait eu la contrainte de la taille des bobines de film, les impératifs fixés par Marcel Duhamel et le temps réclamé par les machines à écrire aux longues touches difficiles à manipuler ?
    La rémunération des livres est passée souvent de l’ouvrage aux mots et le numérique n’a plus de limite.
    Nous sommes vous et moi d’une génération éprise de concision, confortée par nos études juridiques.

    Ceci dit, comme souvent, je vais suivre vos conseils littéraires.

    Posté par Magali, 17 septembre 2021 à 12:39
  • J avais lu la ^petite femelle de cet auteur, je n'avais pas du tout aimé son style **racoleur**par contre l enquête était très bien menée, j ai abandonné rapidement la Serpe alors je ne tenterai pas ce nouvel opus

    Posté par Martine, 18 septembre 2021 à 16:19

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