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16 décembre 2021

A Islande, roman de Ian Manook

A Islande

Quel que soit le pseudonyme adopté par Patrick Manoukian selon la localisation de son nouveau roman, le talent est toujours là. Encore plus dense, plus évocateur …Plus cruel aussi, et tellement réaliste.

Une nouvelle fois, la scène d’ouverture est époustouflante : c'est la marque de fabrique de l'auteur … Le naufrage d'une goélette drossée sur la côte sud-est de l’Islande, comme si vous y étiez …

Avec des personnages particulièrement attachants : Corentin Lequéré, marin plus sage que son capitaine, Kerano, l’instituteur qui s’est engagé pour éprouver la vie des pêcheurs d’Islande après avoir lu le chef-d’œuvre de Pierre Loti, Arthur, qui cache son origine française car il n’a jamais voulu quitter cette ile isolée qui subit régulièrement les tremblements de terre. Les femmes sublimes aussi : sœur Elisabeth, responsable danoise depuis 7 ans des marins naufragés, Marie Brouet l’infirmière, envoyée de Paris pour laïciser l’hôpital français dédié à la santé des marins blessés, Eilin, la jeune et belle institutrice islandaise qui cite dans le texte les poètes, français et anglais.

On conçoit difficilement aujourd'hui la condition des marins qui « mèquent » la morue au péril de leur vie, dans des navires mal conçus, où la cargaison a plus de prix que leur vie, où les blessures impliquent souvent de terribles séquelles …

J’y ai appris par exemple ce qu’est une poulaine – non, il ne s’agit pas d’une chaussure médiévale – pas encore obligatoire sur les navires de cette époque … Je ne vous fais pas un dessin.

Ian Manook

On y trouve des tas de termes techniques et autant de raisons de périr sans un cri dans l'eau en furie parsemée de blocs d'icebergs arrachés aux glaciers par la terre instable, pour un salaire de misère mais cependant plus attractif que ce qui attend les paysans restés à Paimpol -  la rapacité des armateurs – parfois des marins enrichis – la condition d’esclaves de ces héros contraints de se dépasser pour fournir l’extraordinaire quantité de poissons que la religion catholique impose par ses centaines de jours annuels de carême …

Car le propos politique n’est pas absent de ce roman. On le voit effleurer à juste raison … tout comme l'émotion, à chaque page.

Scènes de violence ordinaire, paysages sauvages, personnages émouvants … On se représente parfaitement l’ambiance de cette année 1904 sur cette île où les sagas et légendes restent prégnantes, avec ses grandeurs et ses combats …

A Islande, roman de Ian Manook, publié chez Paulsen, 283 p., 21 €

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