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20 novembre 2022

Le roman oublié, polar de Jean-Michel Lecocq

 

roman oublié

Avec ce polar – et, comme l’annonce la couverture « mais pas que … » - je pénètre dans l’univers d’un nouveau policier hyper malin et de ses acolytes, dont ce livre est apparemment le cinquième épisode. C’est la référence explicite à l’œuvre fondatrice du roman policier – à l’époque, on disait « judiciaire » - Emile Gaboriau, qui m’a tentée …

Effectivement, dès la première page, l’auteur rend hommage à cet écrivain dont s’inspirèrent Conan Doyle, Agatha Christie et Georges Simenon, et dont j’ai lu avec grand intérêt les principaux ouvrages, qu’il cite à plusieurs reprises : L’Affaire Lerouge et Le crime d’Orcival.

Comme dans le scenario d’une série policière américaine, deux intrigues se mêlent à un siècle et demi de distance : à l'été 1866, le décès suspect d'une servante dans un château où séjourne le feuilletoniste et à l’été 2019, lorsqu'un journaliste d’investigation et un antiquaire aixois sont sauvagement assassinés à leur domicile, l’un à La Garde Freinet, l’autre à Aix en Provence. Justement là où le commissaire Payardelle se remet d’une blessure en compagnie de sa nouvelle maîtresse, une proche amie de la seconde victime.

Au cours d’un dîner chez ce riche collectionneur, ce dernier avait fait part au commissaire de sa passion pour l’œuvre trop mal connue d’Emile Gaboriau et l’avait mis au défi de retrouver le manuscrit d’un roman jamais publié, écrit lors d’un séjour de l’écrivain en 1866 chez le comte de Maisonneuve. L’affaire se corse lorsque l’on apprend que l’Elysée envisage de nommer Premier ministre le descendant direct du comte, aujourd’hui sénateur classé à droite, alors qu’une campagne de presse commence à sourdre pour salir l’honneur de cette famille prestigieuse … Les deux crimes seraient donc liés et pourraient aboutir à un scandale d’Etat.

Une construction « en sandwich » des chapitres alternant entre l’ancien crime et les nouveaux, et toujours le problème récurrent des auteurs de polars : comment trouver le moyen de faire sortir le limier de son aire de juridiction. Est-il en vacances, en convalescence, en mission à l’étranger … Une autre dérive des auteurs, hélas trop fréquente : l’influence supposée des plus hautes autorités de l’Etat sur le cours d’une enquête judiciaire. On peut le comprendre dans la France de Napoléon III, mais elle est incongrue de nos jours.

Dernière remarque : j’ai peu apprécié l’abus de références littéraires comme l’utilisation de patronymes célèbres en leur temps : un jeune conseiller du Président se nomme de Villefort (Dumas), le directeur de la PJ Jouve (Zola), Victor Cousin (comme le philosophe). Mais le pseudonyme de l’auteur n’est-il pas justement un manifeste ?

L’intérêt majeur de ce livre est donc de remettre en lumière la fulgurante carrière d’Emile Gaboriau (1832 – 1873), le créateur français du roman policier, ami de Paul Féval, Ponson du Terrail, George Sand, Gustave Flaubert, Gustave Courbet, Jules François Félix Husson écrivant sous le nom de plume de Champfleury … dont on retrouve un descendant dans la double énigme contemporaine.

En conclusion, ce polar m'est apparu comme un exercice de style, parfois laborieux et, contrairement à mes habitudes, je ne pense pas remonter à l'origine de la série des enquêtes du commissaire Payardelle cette fois !

 

Le roman oublié, polar « mais pas que » de Jean-Michel Lecocq, aux éditions Lajouanie, 383 p., 19€

Posté par Bigmammy à 08:00 - Lu et vu pour vous - Commentaires [4] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Je n'ai pas compris quel était le crime qui avait eu lieu avant ceux du journaliste et de l' antiquaire?

    Posté par Gisèle, 20 novembre 2022 à 08:25
  • @Gisèle

    Merci de votre vigilante lecture : mon propos était en effet obscur ... Le premier crime date de 1866 et devrait faire la trame du fameux roman "oublié" d'Emile Gaboriau ...
    Je viens de corriger mon texte.

    Posté par Marie-Pierre, 20 novembre 2022 à 09:05
  • Je suis impressionnée par votre rythme de lecture et le temps que vous prenez pour rédiger vos critiques !

    Posté par Catherine, 20 novembre 2022 à 20:24
  • À propos de votre chronique sur mon roman

    Bonjour madame,

    Je viens de prendre connaissance de votre chronique sur Babélio à propos de mon roman que vous semblez ne pas avoir apprécié. Je respecte votre point de vue. Je souhaite simplement apporter quelques correctifs à des erreurs contenus dans vos propos. Les noms de certains personnages ne renvoient à aucune évocation littéraire. Les noms de Cousin et de Villefort relèvent du seul hasard ( à moins qu’elles ne soient le fait de mon subconscient ) et la correspondance avec ces célébrités est purement fortuite. Si telle avait été mon intention, elle n’aurait eu aucun intérêt. Par ailleurs, s’agissant de votre allusion à un prétendu pseudonyme, sachez que, depuis que ma mère m’a mis au monde il a 72 ans, j’ai toujours porté le nom de Jean-Michel Lecocq et que mon intérêt pour Emile Gaboriau n’a rien à voir avec l’homonymie que j’entretiens avec son personnage fétiche. Une petite recherche biographique vous aurait évité de me faire ce faux procès. Votre imagination est fertile, vous devriez écrire une fiction, je suis convaincu qu’elle serait moins laborieuse que mon évocation de Gaboriau. Je voulais aussi vous rassurer : grâce aux milliers d’inconditionnels qui suivent les enquêtes de Payardelle, il ne court aucun risque de déprime lorsque, ponctuellement, il lui arrive de se faire égratigner. Je connais bien Jean-Chistophe Portes que vous portez en haute estime. C’est un garçon charmant et talentueux qu’il m’est arrivé de croiser sur des salons. Lui aussi s’est fait quelquefois méchamment égratigner par des lecteurs, c’est malheureusement notre lot à tous de temps à autre. J’ignore quel regard vous portez sur ces grincheux. Je gère moi-même un blog sur lequel je chronique les ouvrages de mes collègues. Je n’y poste que mes coups de cœur, ne voulant pas, par une quelconque acrimonie, dissuader d’autres lecteurs de découvrir les livres que je n’ai pas aimés et qu’à l’inverse, eux pourraient apprécier. Car, c’est bien connu, nul d’entre nous ne détient un jugement de portée universelle et nul ne peut faire l’unanimité.
    Veuillez agréer, madame, l’expression de ma considération distinguée.

    Posté par JM Lecocq, 02 décembre 2022 à 20:13

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