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08 novembre 2023

Aysunn, roman de Ian Manook

 

Ian Manook

Quel plaisir de retrouver les paysages sauvages et les peuples nomades qui m’avaient tant charmée lors de ma première incursion dans l’univers de Yeruldelgger

Un roman ? Plutôt une légende, un cri pathétique en direction de ceux qui n’auraient pas encore compris que la barbarie humaine est encore à nos portes.

Un roman d’aventures dont la narratrice use ses dernières forces à transmettre son histoire cruelle et toujours actuelle : celle de victime d’une opération dite de pacification de peuples jugés inférieurs, ici parce qu’imperméables à la doxa soviétique.

L’histoire d’une « opération spéciale » menée en 1930 par l’Armée rouge contre les Mongols et les Touvans, et d’une vengeance réalisée vingt-quatre ans plus tard par une sacrée bonne femme.

En 1930, les Russes entreprennent de sédentariser les peuples nomades mongols et touvans et de supprimer leur culture chamanique.

Tous les moyens habituels sont employés pour réduire ces populations qui vivent par et pour la nature sublime qui les entoure et les fait vivre. En particulier des raids meurtriers à l’encontre de civils sauvagement violés et assassinés.

Aysunn, 13 ans, assiste au massacre de son père et de sa petite sœur. Violée à son tour comme sa mère, elle est laissée pour morte. Elle se souviendra toute sa vie de son bourreau, le sinistre Kariakine. Car bien plus tard, elle croisera à nouveau sa route, et elle raconte son histoire, devenue légende, à un jeune étudiant.

Une traque pleine de rebondissement parmi la steppe, au milieu des chevaux, des ours, des aigles et des loups, parmi les chamanes et les soldats endoctrinés et soumis à la puissance arbitraire d'un chef pervers.

Tour à tour, les deux protagonistes deviennent proie et chasseur. Car Aysunn s’est promis non seulement de tuer Kariakine, mais de l’humilier devant tous, et elle l’attire dans un piège diabolique. Lui qui dispose pourtant d’une force sans limite, elle des ressources de la nature et de la protection des esprits.

Au-delà des scènes de combats haletantes, l'évocation particulièrement poétique de cette contrée proche de l'Altaï, l’auteur délivre aussi une explication des dérives totalitaires qui autorisent – au nom d’une quelconque doctrine politique ou foi, à étriper – au sens littéral – ceux qui ne pensent pas comme ils le devraient. Le parallèle avec l’actualité des populations persécutées est frappant.

Et, en toute fin de cette narration, une sacrée surprise ! Et un seul remord : un roman trop vite lu ...

 

Aysunn, roman de Ian Manook, édité chez Albin Michel, 327 p., 21,90€

Posté par Bigmammy à 08:00 - Lu et vu pour vous - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Merci pour cette référence bibliographique, j’ai lu des ouvrages de cet auteur mais celui-ci. Agréable journée

    Posté par Jauneyris, 08 novembre 2023 à 09:27
  • Merci de nous signaler cette nouveauté, comme vous j’avais beaucoup aimé sa série Yeruldegger, en Mongolie, puis ses romans sur le génocide arménien, plus récents.

    Posté par Brigitte 86, 08 novembre 2023 à 11:06

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