22 février 2012
Charles le Catholique, par Gérard Bardy
La critique de Claude :
C’est aux Editions Plon, celles des Mémoires du Général de Gaulle, que sort ce « Charles le Catholique, De Gaulle et l’Eglise » de Gérard Bardy, ancien directeur du Pèlerin. On hésite un peu à l’acheter, car chacun sait quels catholiques fervents ont été le Général et Madame de Gaulle. Alors, que peut-on apprendre de neuf ?
Beaucoup plus qu’on ne l’imaginait ; De Gaulle, fils exemplaire de l’Eglise, a sans doute trouvé dans son permanent dialogue avec Dieu un soutien essentiel, notamment quand tout allait mal, après l’échec de Dakar (1940), celui du retour au régime des Partis et de sa démission (1946), ou pendant le terrible règlement de la question algérienne (1958-1962), sans oublier le drame personnel qu’a été le handicap de sa fille.
Dieu a peut être aidé De Gaulle mais l’auteur nous montre combien sa relation avec l’Eglise de France (et le Vatican) a toujours été tendue.
Pas un évêque à Londres et dans la Résistance, bien sûr, et à peine quelques prêtres[1], tandis que Nosseigneurs les évêques de la France occupée et vichyste tonnent en chaire contre « la dissidence », certains allant même jusqu’à prescrire en 1943 aux jeunes catholiques d’accepter le Service du travail obligatoire (STO[2]).
A la Libération, le Général, soucieux de réconciliation nationale, ne demande pas grand chose en matière d’épuration des évêques collaborationnistes[3], mais le Pape Pie XII, dont on connaît l’attitude controversée, se montre inflexible dans sa relation avec la France libérée. Il faudra toute l’habileté bonhomme du Nonce Roncalli, futur Jean XXIII, et la hauteur d’esprit de Jacques Maritain, ambassadeur au Saint Siège, pour renouer de bonnes relations.
Dans les années 50, l’Eglise de France, avec le MRP[4], joue contre De Gaulle et son RPF[5], qui s’inspire pourtant de la Doctrine sociale de l’Eglise. Dans les années 60, quand le Général est revenu aux affaires, l’Eglise, dans un de ces virages dont elle a le secret, est passée du pétainisme au socialisme, et fustige le Pouvoir gaulliste à longueur de lettres pastorales.
En bon fidèle, il ne se lassera pas de ces attitudes, et c’est sur un thème issu du christianisme social, la participation des salariés, qu’il ira à l’échec en 1969, parce que les Français sont libéraux ou socialistes, ce qui ne laisse pas de place à une troisième voie.
On notera, à propos du drame algérien, le pessimisme profond du Général sur la capacité de la société française à intégrer les populations musulmanes (qui fondait, à l’époque, son refus de « l’Algérie française », et prend aujourd’hui un sens inquiétant).
Charles le Catholique, De Gaulle et l’Eglise – Editions Plon, 390 p. 22€
[1] Et des Chrétiens exemplaires, comme Leclerc ou d’Estienne d’Orves, « celui qui croyait au ciel », travaillant avec des laïcs (Mouiln, Brossolette), des Juifs (Cassin, Pierre Dac, Romain Gary)
[2] Service du travail obligatoire en Allemagne mis en place en 1943 par Pétain et Laval
[3] Contrairement aux Communistes, qui veulent « la mort du pêcheur »
[4] Mouvement républicain populaire, fondé par les démocrates chrétiens de la Résistance
[5] Rassemblement du Peuple français, mouvement créé par le Général de Gaulle pour tenter de promouvoir une Constitution efficace
20 février 2012
La dés-Intégration, film de Philippe Faucon
Concis (1h 18 exactement), acéré comme un rasoir, épuré de tout manichéisme, ramassé, décapant, ce film montre l’absurdité de notre société où le racisme ambiant mêlé aux effets de la crise économique conduisent certains jeunes à l’anéantissement.
Philippe Faucon, le réalisateur, l’exprime ainsi : "Dans mon film, la dérive radicale et violente a aussi un sens métaphorique : elle est le symptôme révélateur d’un état de société miné. Ali a le sentiment que la fermeture sociale qu’il subit malgré son investissement est la suite directe de l’exclusion vécue avant lui par ses parents. Le terrain est préparé pour que soient récupérés par le personnage de Djamel la frustration, le désespoir, la colère, le morcellement identitaire."
Nous sommes dans une cité calme de la banlieue lilloise. Ali prépare un bac pro et il est bon élève. Il n’y a qu’à voir les notes abondantes qu’il prend de ses cours et qu’il va, dans un moment de désespoir, déchirer comme signe de renoncement à ce monde qui le rejette, comme il a rejeté dans cette sorte de ghetto ses parents une fois utilisés jusqu’à la mort lente du père, hospitalisé pour avoir travaillé là où aucun français n’acceptait d’aller ou sa mère, qui fait des ménages.
Aucun employeur ne lui propose de stage. Seul un empli de cariste en intérim lui est offert, pas en rapport avec sa qualification. Désillusions, frustration, constat que « les dés sont pipés » pour ces jeunes français qui essaient de s’en sortir. Il est mûr pour la prise en main d’un aîné manipulateur, qui lui inculque ce qu’il y a de plus radical dans sa religion, le convainc de se retirer de sa famille et du monde. Ainsi, endoctriné dans la violence, il est déjà mort sans le savoir. Juste vivant le temps nécessaire au sacrifice de sa vie. Devenu une arme fatale. Pour lui en tous cas.
Le film est beau. Simple. Les acteurs fantastiques : Rashid Debbouze (Ali), Yassine Azzouz (Djamel, l'imam "caché"), mais surtout la mère (Zahra Addioui), le frère « intégré », – qui va épouser une française et dont les enfants porteront des prénoms chrétiens – sa sœur, qui ne se sent pas obligée de se voiler ….
Un film qui nous fait sentir combien nous devons tous nous sentir responsables, chaque jour …
19 février 2012
La femme au masque de chair, polar de Donna Leon
Il y avait dans la littérature « l’homme au masque de fer », il y a désormais « la femme au masque de chair ». Un roman plus encore psychologique que policier, avec, comme il est d’usage dans les histoires de Donna Leon, les inévitables trafics de déchets toxiques en relation avec la Camorra.
Nous revoici donc à Venise, sous la neige. Un carabinier enquête sur la mort de son informateur, un entrepreneur de transports en déconfiture. Il vient demander l’assistance du Commissaire Guido Brunetti car l’un des contacts de cet entrepreneur semble habiter à Venise. Peu après, ce gendarme auprès de l’administration de la sauvegarde de l’environnement est retrouvé assassiné dans la zone industrielle de Marghera. La routine.
Dans le même temps, Brunetti fait la connaissance d’une jeune femme étrange, Franca, une proche amie de sa belle-mère Donatella Falier. Elle est très cultivée et il passe avec elle une délicieuse soirée à discuter littérature antique : Virgile, Cicéron …. Ce qui paraît difficilement compréhensible, c’est pourquoi cette jeune femme, qui semble porter à son mari de plus de trente ans plus âgé qu’elle un amour sincère, porte les stigmates de multiples interventions chirurgicales esthétiques qui l’ont totalement transformée, alors qu’au naturel, elle était si jolie ….
Un roman dense, entièrement fondé sur la discussion à demi-mots, qui traite de la solitude des personnes intelligentes et cultivées obligées la plupart du temps de travailler auprès de personnes qui ne le sont pas. Et aussi des personnes qui éprouvent le désir profond de découvrir l’envers des choses, de mettre au jour leur cheminement complet, pour les comprendre. C’est le cas de Guido Brunetti, de son épouse Paola ….et de son père le comte Falier, qui tient aussi un rôle important dans cette nouvelle affaire.
La femme au masque de chair, roman de Donna Leon, traduit de l’américain par William Olivier Desmond , Edité chez Calmann-Lévy, 287 p., 21,50€
18 février 2012
Histoire des Terres du Sud-Ouest, des origines à la Vasconie, BD par Patrice Frechou
C'est un livre que Claude m'a ramené de Mont-de-Marsan (il sait combien j'apprécie les livres d'histoire et les BD), lors de son dernier voyage.
Il s’agit du premier tome d’un ouvrage qui en comptera deux. Malheureusement, malgré des informations scientifiques puisées à bonnes sources, l'ensemble n'est pas à la hauteur de mes attentes. Et surtout il recèle un grand nombre de maladresses qui auraient pu être évitées. Je suis d’autant plus déçue que ce travail n’ait pas été assorti de la plus élémentaire vigilance de l'éditeur dans la relecture des textes. Des fautes d’orthographe grossières (« auxiliaires » avec 2 L , deux fois), l’écriture des bulles souvent illisibles, une planche entière doublée …
C’est bien dommage car le propos est sympathique. La narration depuis la nuit des temps des mouvements des différents peuples de la région, avec les faits, les sites, les références aux religions pré-chrétiennes, l’apport des uns et des autres, l’arrivée des Romains, l’émergence du christianisme, les légendes, la spécificité du peuple et de la langue basques, les relations dans les deux sens avec les habitants d’outre-Pyrénées, une explication claire de l’arrêt de l’invasion des Sarrazins à Vouillé en 732...Il faut croire aussi que les thèses qu'il défend font se hérisser un certain nombre de professeurs spécialistes de cette histoire peu répandue. J'en veux pour preuve cette controverse :
"Pendant longtemps on nous a appris à penser la Gaule sans les Aquitains, mais maintenant on tombe dans l'excès inverse : une Aquitaine sans les Gaulois. Fréchou explique doctement cartes à l'appui que la première vague d'invasion celte s'est déplacée du Bassin parisien au Nord-Ouest de l'Espagne en évitant soigneusement les territoires gascons (p. 15). Il veut bien ensuite admettre que dans une seconde vague, des celtes ont fondé Bordeaux et Toulouse, mais selon lui ils ne se sont pas aventurés plus au Sud. Il insiste sur le fait que le druidisme (ferment de l'unité des Gaules) était absent de Gascogne et qu'aucun peuple "aquitain" n'était représenté à Alesia. Plus loin d'ailleurs (p. 29) il blâme presque Auguste d'avoir créé une "grande Aquitaine" (qui déborde au nord de la Garonne) et de n'avoir pas respecté ainsi l'identité "ethnique" de la région, en y incluant des Celtes." (Delorca)
S'il y a polémique, c'est que ces thèses dérangent. Pour moi, c'est plutôt un bon point !
Dommage aussi parce que les dessins sont relativement bien faits, et la recherche documentaire très fouillée. On apprend beaucoup de choses, mais c’est touffu, brouillon, confus. Je doute que des jeunes lecteurs puissent y comprendre grand-chose. Sans doute l'ouvrage ne leur est pas spécialement destiné.
Ces errements seront-ils corrigés pour le second volume ? Evitera-t-on la redite d’une page entière, faute d’avoir bien calé le « chemin de fer » ? Beaucoup d’amateurisme dans la fabrication. Tout est fait à la va-vite ….
Histoire des terres du Sud-Ouest, tome 1 : des origines à la Vasconie, par Patrice Frechou, aux éditions Cairn, 68 p. 13,90€
17 février 2012
Le sport européen à l'épreuve du nazisme, exposition au Mémorial de la Shoah
Des jeux de Berlin en 1936 aux Jeux de Londres en 1948, une exposition revient sur la manipulation d'Hitler qui détourna l'idéal olympique au profit de sa propagande raciale et médiatique. Elle revient sur le boycott particulièrement intense des athlètes juifs, et sur l’éducation physique de la jeunesse française sous le régime de Pétain (7 heures par semaine à l’école) et éclaire aussi l'histoire de certains responsables du CIO qui n'ont pas été inquiétés par les mesures d'épuration après la guerre.
Les régimes totalitaires ont vu dans les disciplines sportives un moyen d’éduquer et de manipuler la jeunesse et les masses. Ainsi, les clubs et les stades sont-ils devenus des lieux privilégiés pour transmettre les idéologies xénophobes et racistes. L’ « Homme nouveau » devait être sportif et mener le combat des idées jusque dans les stades, un lieu méconnu aussi de la persécution des Juifs. En dévoyant le sport jusque dans les camps d’extermination, les nazis ont finalement accompli la perversion ultime des valeurs sportives.
Claude et moi, nous prétendons bien connaître Paris et ses lieux de mémoire.
Jamais encore toutefois, nous n’étions venus au Mémorial de la Shoah, un espace de paix et de recueillement, à l’architecture épurée, qui plonge immédiatement dans une ambiance de douleur et de respect. D’abord, on longe le mur des noms. Ici sont gravés, classés par année d’anéantissement, les noms (76 000 dont 11 000 enfants) et dates de naissance de tous ceux qui périrent en France du fait des persécutions antisémites.
On a beau s’y attendre, cette énumération étreint le cœur. Une visite à la crypte, aussi, tombeau symbolique des six millions de Juifs morts sans sépulture, si pure et si dépouillée.
L’accueil dans ce centre d’information est, par contraste, particulièrement chaleureux. De jolies jeunes filles en veste rouge vous guident dans ce beau bâtiment. L’exposition est scindée en deux espaces : une accumulation de faits et de témoignages, de photos et d’explications, un peu touffues toutefois, un peu « tassés », mais très intéressants. Ensuite, sport par sport, une série de biographies de sportifs juifs et de leur destin contrasté : certains torturés et assassinés, certains utilisés jusque dans les camps aux fins de propagande. Le témoignage le plus émouvant, celui du nageur français Alfred Nakache. Sur l’esplanade d’Auschwitz-Birkenau où s’effectue le tri dès l’arrivée au camp, il voit partir juste devant lui son épouse Paule, tenant dans ses bras leur fille de 3 ans, directement vers la mort. En revanche, le SS reconnaît le champion et lui dit « Je suis moi aussi un nageur, vous allez à gauche, vers le lazaret où vous serez brancardier ». Il a survécu …
On y apprend aussi, entre autres informations, que la première fédération française de Jiu-jitsu (et donc de judo) fut fondée par un sportif juif, Moshé Feldenkrais, scientifique collaborateur des Jolliot-Curie, que le monde sportif français fut très peu épuré après la guerre malgré l’implication certaine de ses dirigeants dans l’Etat de Vichy. Bref, une exposition instructive, émouvante, un juste rappel de l’histoire sportive et politique de notre pays et pas seulement… Ne pas manquer, en sortant, le mur des justes (au nombre de 2693) ….
Bon, entre nous, l’expo n’est pas à la hauteur du lieu (architectes : Antoine Jouve et Simon Vignaud), elle aurait pu être mieux conçue, plus ample, mieux illustrée, mais elle nous a donné l’occasion de visiter ce monument, et je pense que nous y reviendrons.
En aparté, cette belle histoire d'amitié entre deux athlètes d'exception : Jesse Owens et le bel aryen blond Lutz Long, alors que Jesse vient de remporter l'épreuve du saut en longueur. Lutz Long est alors le premier à le féliciter, il tombe dans les bras de Jesse Owens devant le stade médusé. Le chancelier Adolf Hitler quitte le stade... Un geste incroyable de fraternité dans un tel contexte. L’allemand blond qui, aux Jeux de Berlin, enlace un athlète noir dans l’antre de la bête nazie, sous les yeux du führer : c’est inouï et sublime... Lutz Long le paiera d'une immédiate disgrâce avant de mourir sur le front à Monte Cassino. Jesse Owens à lui seul détruisit toute la théorie de la supériorité de la race aryenne.
Le sport européen à l’épreuve du nazisme, des J.O. de Berlin aux J.O. de Londres (1936 – 1948), exposition au Mémorial de la Shoah, jusqu’au 22 mars, 17, rue Geoffroy Lasnier 75004 Paris, entrée libre (tous les jours sauf le samedi)
13 février 2012
Akseli Gallén-Kallela, une passion finlandaise

C’est la première fois qu’on présente le peintre Akseli Gallén-Kallela en France, alors qu’il est LE grand peintre finnois. Il étudia cependant en France où il fut élève de l'Académie Julian, puis à l’atelier de Fernand Courmon dans les années 1880. Il peint Paris avec justesse, avec toujours un fulgurant éclat de lumière. Il me fait penser, cependant en plus sombre, au peintre espagnol Joaquin Sorolla, son contemporain.
Il eut un grand succès à l'Exposition universelle de 1900 avec les fresques du pavillon finlandais sur des thèmes tirés de l'épopée du Kalevala, exposa de nouveau à Paris en 1908 avant de s'embarquer pour l'Afrique d'où il ramena une série flamboyante de peintures et aquarelles.
Voici donc encore un peintre actif au tournant du XXème siècle dont nous n’avions jamais entendu parler, comme Cross. On apprend à tout âge, c’est ça qui fait qu’on ne se sent pas du tout vieillir. Et encore une bonne raison de venir au musée d’Orsay puisque cette très riche exposition est située au 5ème niveau, juste après la merveilleuse allée des Impressionnistes.
Gallén brosse des portraits saisissants de réalisme, mais toujours pleins de sensibilité. Des familles bourgeoises figées dans leur mode de vie, mais dont on dirait bien qu’ils vont s’adresser à vous, des scènes intimes où le rougeoiement du feu, toujours proche, irradie les faces des personnages. Et, aussi, le portrait de sa jeune épouse auréolée de ses cheveux blonds …
Dans les années 1893-94, Gallèn se tourne vers le symbolisme. Ad Astra évoque le thème de la résurrection. Dans Symposium, deux hommes assis fixent une apparition étrange. L’un d’eux est Jean Sibélius. Et puis l’on découvre la grande épopée populaire des chants finlandais avec l’incroyable aventure du Kalevala, équivalent de l’Illiade, de l’Odyssée ou du Ramayana. L’épopée fut écrite en 1835 par Elias Lönnrot à partir de poèmes finnois chantés. La sombre histoire d’un outil étrange (le sampo, un moulin ?) forgé, conquis, volé, brisé, qui apporte – même en morceaux – la prospérité au pays qui le détient.
Une dernière mention pour les belles fresques du mausolée Juselius, qui parlent d’enfance et de mort. En revanche, je suis moins enthousiaste sur les tableaux peints en Afrique. S
Akseli Gallen-Kallela, une passion finlandaise, au Musée d'Orsay du 7 février au 6 mai 2012.
12 février 2012
Go go Tales, film d'Abel Ferrara
Imaginez un chef d’entreprise qui jouerait systématiquement sa trésorerie au loto, en achetant avec les derniers dollars de son comptable des martingales « infaillibles » …. Sa boutique est pratiquement en faillite, mais un jour, il gagne le gros lot …. Sauf qu’il ne parvient pas à retrouver le ticket gagnant.
Sa boutique, c’est un bar à lap dance, le Ray Ruby’s Paradise. Un cabaret où de belles filles gaulées comme des déesses mais fauchées dansent devant des clients qui leur glissent des billets de monopoly dans le string, encadrées par de vieux maîtres d’hôtel italiens qui veillent jalousement à ce que personne ne les touche.
Le héros, sympathique, vulnérable, attachant, c’est Willem Dafoe. Un artiste, un chanteur, mais aussi un manager qui se débat dans des difficultés financières inextricables, mais qui aime profondément ses employés. Peut-il leur sauver la mise, éviter la fermeture de l’établissement dont la vieille propriétaire vient réclamer chaque soir les quatre mois de loyer en retard (surtout parcequ’elle ne peut se passer de la chaleur humaine de l’endroit ?)
Dans ce beau film, tourné en 2007 (et pourquoi distribué seulement maintenant ?) il y a les réminiscences du « Million » de René Clair, du cabaret Ba Da Bing des Sopranos, de tas de films de back stage ou qui se passent dans les bas-fonds de Manhattan. Et pourtant, le sentiment qui prédomine, c’est la tendresse. Une chronique d’un bar à filles où chacun se démène pour offrir aux touristes un instant de rêve, et quelques coupes de Champagne.
C’est le premier film d’Abel Ferrara que je vois. Jusqu’ici, j’imaginais un cinéaste tout à fait sulfureux, et je n’étais pas du tout tentée d’aller voir ses films, jusqu’à une critique tout à fait convaincante de la belle et intelligente Evangéline Barbaroux, de LCI.
Un scénario parfaitement réglé, avec des tas de rebondissements, une montée de la dramaturgie croissante, jusqu’à la fin, très inattendue en fait. Et, en prime, les prestations d’Asia Argento (et de son chien) et Lou Doillon (Lola), superbe.
Merci du conseil, Evangéline !
09 février 2012
Le parler des métiers, par Pierre Perret
Il y a des livres que l’on découvre lorsqu’on a le temps de choisir, et moi, j’en ai plein ma bibliothèque, achetés ou offerts en prévision de la retraite. Des livres à prendre de temps en temps, comme un vieil alcool, pour s’en délecter. Celui-ci fut un cadeau de Noël de ma fille aînée …. Un dictionnaire thématique et alphabétique tout ce qu'il y a de plus sérieux, une mine d'or pour les écrivains, je présume. Un régal et un bon moyen d’enrichir son vocabulaire en tous les cas.
Bien sur, ce n’est pas tous les jours que vous aurez absolument besoin de savoir la signification d’un « chopin » avant d’aller chiner aux Puces (marchandise achetée au-dessous de son prix) ou de savoir ce qu’on entend, dans les commissariats de police par « Allumer le mirliton » (partir à la chasse aux suspects, pour les motards des patrouilles légères), ou enfin que dans un restaurant, le grille-pain n’est pas toujours l’ustensile auquel on pense spontanément, mais peut-être aussi l’appareil électrique destiné à tuer les cafards ...
Le kaléidoscope d’expressions colorées n’est pas une exclusivité du « milieu ». Tous les métiers ont leur langage propre, les juristes le savent bien qui nous abreuvent de leur jargon auquel le « péquin » ne comprend « que dalle ».
Pierre Perret est un artiste de la langue, étudié dans les écoles primaires aujourd’hui, ce que je trouve fort légitime. La préface ouvre ainsi ce dictionnaire : » Le poète, dit-on, donne vie aux choses en les nommant ». C’est beau, non ?
Le parler des métiers, par Pierre Perret, chez Robert Laffont, 1174 p.55€
La Taupe, film de Tomas Alfredson
Adaptation réussie du fameux roman d’espionnage de John Le Carré.
Nous sommes en 1973, en pleine guerre froide. Au sein du MI-6, on soupçonne des fuites au plus haut niveau. Qui renseigne les soviétiques ? Qui sabote les opérations menées derrière le Rideau de Fer ? Qui manipule qui, qui est loyal ? On limoge le patron et son adjoint, mais on demande à ce dernier, George Smiley, d’enquêter de façon non officielle sur cette « pomme pourrie » ou brebis galeuse immiscée au plus haut du « Cirque ». Cinq personnes sont sur la sélette, y compris Smiley lui-même.
Toujours vêtu d’un inénarrable imperméable réversible, avec ses grandes lunettes de myope, sa coiffure lisse et ses costumes trois pièces fripés, Gary Oldman transfigure ce film lent, à la lumière glauque, aux décors délavés, aux caractères flous. L’ambiance de ces années de plomb est bien rendue, mais que signifie-t-elle pour la plupart des spectateurs ?
En fait, la question essentielle est : comment jeter la discorde chez l’ennemi (titre du premier livre publié par De Gaulle en 1924 ) ?
Car pendant que chacun s’affaire à débusquer la taupe, que tout le monde voit en son meilleur ami ou son plus proche collaborateur ou même son patron un agent double, rien ne fonctionne plus correctement. Et c’est bien là qu’est le jeu.
Le film est compliqué comme sont entortillées ces sortes d’affaires ; mais Claude, lui avait tout compris dès le début : en effet, on ne donne pas à un acteur oscarisé (Colin Firth) un rôle de seconde zone…
Entre nous, je crains que Gary Oldman ne soit le principal rival de Jean Dujardin pour l'Oscar !
Avec Gary Oldman, Colin Firth, Tom Hardy, John Hurt, Toby Jones, Mark Strong, Benedict Cumberbatch ....
06 février 2012
Tir à vue, la folle histoire des présidentielles par Jean-Jérôme Bertolus et Frédérique Bredin
L’ouvrage est paru en novembre 2011, juste après le fiasco de l’affaire DSK. Les acteurs significatifs de la prochaine élection au fauteuil présidentiel sont donc dans les starting-blocs, sauf nouveau psychodrame, fort improbable.
Les auteurs passent à la moulinette de l’histoire toutes les campagnes de la Vème République depuis la révision constitutionnelle de 1962 prévoyant l’élection du Président au suffrage universel. En annexe, pour les lecteurs qui n’ont pas vécu ces années où nous avons – privilège de l’âge – découvert les débats mortifères d’entre-deux tours, les affaires tournant autour de la vie privée, les sondages contradictoires, les campagnes officielles ennuyeuses à mourir et les candidats « folkloriques » venus exprimer des idées saugrenues, une intéressante chronologie des événements de 1965 à 2012.
Thème après thème, nous découvrons ainsi ce qui a « marché » et ce qui a fait « flop ». Comment les candidats se déclarent et réagissent, se plantent ou triomphent contre tous les pronostics, grâce à leur volonté, leur détermination, leur égo surdimensionné …et surtout leur obsession du pouvoir. C’est un des ingrédients absolument indispensables à la réussite, si ce n’est le principal. Comment s’en sortent les « sortants », les amateurs présomptueux, comment fonctionnent les campagnes, les entourages, les communicants ou « spin doctors », comment on creuse la différence (dans un sens ou dans l’autre) avec des équipes soudées ou des barons individualistes, comment on met en scène sa vie privée, sa – ou ses – familles.
A quelques semaines du prochain scrutin, ce livre est passionnant, et, contrairement à beaucoup d’ouvrages du même genre publiés par opportunité en période pré-électorale, fort bien écrit, documenté avec une quantité considérable de témoignages de tous horizons, et très éclairant. Ainsi y apprend-on, si on ne le pressentait déjà , que chaque élection présidentielle est unique et se décide dans le secret de l’isoloir de chaque électeur, à la dernière minute, et que rien n’est joué avant la fin du second tour ….
A recommander à tous les candidats !
Tir à vue, la folle histoire des présidentielles 1965 - 2011 - essai de Jean-Jérôme Bertolus et Frédérique Bredin, chez Fayard, 366 p.19€











