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13 février 2012

Akseli Gallén-Kallela, une passion finlandaise

avec SibeliusperdueC’est la première fois qu’on présente le peintre Akseli Gallén-Kallela en France, alors qu’il est LE grand peintre finnois. Il étudia cependant en France où il fut élève de l'Académie Julian, puis à l’atelier de Fernand Courmon dans les années 1880. Il peint Paris avec justesse, avec toujours un fulgurant éclat de lumière. Il me fait penser, cependant en plus sombre, au peintre espagnol Joaquin Sorolla, son contemporain.

Il  eut un grand succès à l'Exposition universelle de 1900 avec les fresques du pavillon finlandais sur des thèmes tirés de l'épopée du Kalevala, exposa de nouveau à Paris en 1908 avant de s'embarquer pour l'Afrique d'où il ramena une série flamboyante de peintures et aquarelles.

combat sampoVoici donc encore un peintre actif au tournant du XXème siècle dont nous n’avions jamais entendu parler, comme Cross. On apprend à tout âge, c’est ça qui fait qu’on ne se sent pas du tout vieillir.  Et encore une bonne raison de venir au musée d’Orsay puisque cette très riche exposition est située au 5ème niveau, juste après la merveilleuse allée des Impressionnistes.

forge du KalevalaGallén brosse des portraits saisissants de réalisme, mais toujours pleins de sensibilité. Des familles bourgeoises figées dans leur mode de vie, mais dont on dirait bien qu’ils vont s’adresser à vous, des scènes intimes où le rougeoiement du feu, toujours proche, irradie les faces des personnages. Et, aussi, le portrait de sa jeune épouse auréolée de ses cheveux blonds …

gallenkallelaDans les années 1893-94, Gallèn se tourne vers le symbolisme. Ad Astra évoque le thème de la résurrection. Dans Symposium, deux hommes assis fixent une apparition étrange. L’un d’eux est Jean Sibélius. Et puis l’on découvre la grande épopée populaire des chants finlandais avec l’incroyable aventure du Kalevala, équivalent de l’Illiade, de l’Odyssée ou du Ramayana. L’épopée fut écrite en 1835 par Elias Lönnrot à partir de poèmes finnois chantés. La sombre histoire d’un outil étrange (le sampo, un moulin ?) forgé, conquis, volé, brisé, qui apporte – même en morceaux – la prospérité au pays qui le détient.

Une dernière mention pour les belles fresques du mausolée Juselius, qui parlent d’enfance et de mort. En revanche, je suis moins enthousiaste sur les tableaux peints en Afrique. S

 

Akseli Gallen-Kallela, une passion finlandaise, au Musée d'Orsay du 7 février au 6 mai 2012.

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12 février 2012

Go go Tales, film d'Abel Ferrara

affiche gogoImaginez un chef d’entreprise qui  jouerait systématiquement sa trésorerie au loto, en achetant avec les derniers dollars de son comptable  des martingales « infaillibles » …. Sa boutique est pratiquement en faillite, mais un jour,  il gagne le gros lot …. Sauf qu’il ne parvient pas à retrouver le ticket gagnant.

Sa boutique, c’est un bar à lap dance, le Ray Ruby’s  Paradise. Un cabaret où de belles filles gaulées comme des déesses mais fauchées dansent devant des clients qui leur glissent des billets de monopoly dans le string, encadrées par de vieux maîtres d’hôtel italiens qui veillent jalousement à ce que personne ne les touche.

monroeetlechienLe héros, sympathique, vulnérable, attachant,  c’est Willem Dafoe. Un artiste, un chanteur, mais aussi un manager qui se débat dans des difficultés financières inextricables, mais qui aime profondément ses employés.  Peut-il leur sauver la mise, éviter la fermeture de l’établissement dont la vieille propriétaire vient réclamer chaque soir les quatre mois de loyer en retard (surtout parcequ’elle ne peut se passer de la chaleur humaine de l’endroit ?)

willemdafoeDans ce beau film, tourné en 2007 (et pourquoi distribué seulement maintenant ?) il y a les réminiscences du « Million » de René Clair, du cabaret Ba Da Bing des Sopranos, de tas de films de back stage ou qui se passent dans les bas-fonds de Manhattan. Et pourtant, le sentiment qui prédomine, c’est la tendresse. Une chronique d’un bar à filles où chacun se démène pour offrir aux touristes un instant de rêve, et quelques coupes de Champagne.

C’est le premier film d’Abel Ferrara que je vois. Jusqu’ici, j’imaginais un cinéaste tout à fait sulfureux,  et je n’étais pas du tout tentée d’aller voir ses films, jusqu’à une critique tout à fait convaincante de la belle et intelligente Evangéline Barbaroux, de LCI.

Un scénario parfaitement réglé, avec des tas de rebondissements, une montée de la dramaturgie croissante, jusqu’à la fin, très inattendue en fait. Et, en prime, les prestations d’Asia Argento (et de son chien) et Lou Doillon (Lola), superbe.

Merci du conseil, Evangéline !

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09 février 2012

Le parler des métiers, par Pierre Perret

perretIl y a des livres que l’on découvre lorsqu’on a le temps de choisir, et moi, j’en ai plein ma bibliothèque, achetés ou offerts en prévision de la retraite. Des livres à prendre de temps en temps, comme un vieil alcool, pour s’en délecter. Celui-ci fut un cadeau de Noël de ma fille aînée …. Un dictionnaire thématique et alphabétique tout ce qu'il y a de plus sérieux, une mine d'or pour les écrivains, je présume. Un régal et un bon moyen d’enrichir son vocabulaire en tous les cas.

Bien sur, ce n’est pas tous les jours que vous aurez absolument besoin de savoir la signification d’un « chopin » avant d’aller chiner aux Puces (marchandise achetée au-dessous de son prix) ou de savoir ce qu’on entend, dans les commissariats de police par « Allumer le mirliton » (partir à la chasse aux suspects, pour les motards des patrouilles légères), ou enfin que dans un restaurant, le grille-pain n’est pas toujours l’ustensile auquel on pense spontanément, mais peut-être aussi l’appareil électrique destiné à tuer les cafards ...

Le kaléidoscope d’expressions colorées n’est pas une exclusivité du « milieu ». Tous les métiers ont leur langage propre, les juristes le savent bien qui nous abreuvent de leur jargon auquel le « péquin » ne comprend « que dalle ».

Pierre Perret est un artiste de la langue, étudié dans les écoles primaires aujourd’hui, ce que je trouve fort légitime. La préface ouvre ainsi ce dictionnaire : » Le poète, dit-on, donne vie aux choses en les nommant ». C’est beau, non ?

Le parler des métiers, par Pierre Perret, chez Robert Laffont, 1174 p.55€

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La Taupe, film de Tomas Alfredson

Adaptation réussie du fameux roman d’espionnage de John Le Carré.

GaryoldmanNous sommes en 1973, en pleine guerre froide. Au sein du MI-6, on soupçonne des fuites au plus haut  niveau. Qui renseigne les soviétiques ? Qui sabote les opérations menées derrière le Rideau de Fer ? Qui manipule qui, qui est loyal ? On limoge le patron et son adjoint, mais on demande à ce dernier, George Smiley, d’enquêter de façon non officielle sur cette « pomme pourrie » ou brebis galeuse immiscée au plus haut du « Cirque ». Cinq personnes sont sur la sélette, y compris Smiley lui-même.

Toujours vêtu d’un inénarrable imperméable réversible, avec ses grandes lunettes de myope, sa coiffure lisse et ses costumes trois pièces fripés, Gary Oldman transfigure ce film lent, à la lumière glauque, aux décors délavés, aux caractères flous. L’ambiance de ces années de plomb est bien rendue, mais que signifie-t-elle pour la plupart des spectateurs ?

lataupeEn fait, la question essentielle est : comment jeter la discorde chez l’ennemi (titre du premier livre publié par De Gaulle en 1924 ) ?

Car pendant que chacun s’affaire à débusquer la taupe, que tout le monde voit en son meilleur ami ou son plus proche collaborateur ou même son patron un agent double, rien ne fonctionne plus correctement. Et c’est bien là qu’est le jeu.

Le film est compliqué comme sont entortillées ces sortes d’affaires ; mais Claude, lui avait tout compris dès le début : en effet, on ne donne pas à un acteur oscarisé (Colin Firth) un rôle de seconde zone…

Entre nous, je crains que Gary Oldman ne soit le principal rival de Jean Dujardin pour l'Oscar !

Avec Gary Oldman, Colin Firth, Tom Hardy, John Hurt, Toby Jones, Mark Strong, Benedict Cumberbatch ....

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06 février 2012

Tir à vue, la folle histoire des présidentielles par Jean-Jérôme Bertolus et Frédérique Bredin

TiràvueL’ouvrage est paru en novembre 2011, juste après le fiasco de l’affaire DSK. Les acteurs significatifs de la prochaine élection au fauteuil présidentiel sont donc dans les starting-blocs, sauf nouveau psychodrame, fort improbable.

Les auteurs passent à la moulinette de l’histoire toutes les campagnes de la Vème République depuis la révision constitutionnelle de 1962 prévoyant l’élection du Président au suffrage universel. En annexe, pour les lecteurs qui n’ont pas vécu ces années où nous avons – privilège de l’âge – découvert les débats mortifères d’entre-deux tours, les affaires tournant autour de la vie privée, les sondages contradictoires, les campagnes officielles ennuyeuses à mourir et les candidats « folkloriques » venus exprimer des idées saugrenues, une intéressante chronologie des événements de 1965 à 2012.

Thème après thème, nous découvrons ainsi ce qui a « marché » et ce qui a fait « flop ». Comment les candidats se déclarent et réagissent, se plantent ou triomphent contre tous les pronostics, grâce à leur volonté, leur détermination, leur égo surdimensionné …et surtout leur obsession du pouvoir. C’est un des ingrédients absolument indispensables à la réussite, si ce n’est le principal. Comment s’en sortent les « sortants », les amateurs présomptueux, comment fonctionnent les campagnes, les entourages, les communicants ou « spin doctors », comment on creuse la différence (dans un sens ou dans l’autre) avec des équipes soudées ou des barons individualistes, comment on met en scène sa vie privée, sa – ou ses – familles.

A quelques semaines du prochain scrutin, ce livre est passionnant, et, contrairement à beaucoup d’ouvrages du même genre publiés par opportunité en période pré-électorale, fort bien écrit, documenté avec une quantité considérable de témoignages de tous horizons, et très éclairant. Ainsi y apprend-on, si on ne le pressentait déjà , que chaque élection présidentielle est unique et se décide dans le secret de l’isoloir de chaque électeur, à la dernière minute, et que rien n’est joué avant la fin du second tour ….

 A recommander à tous les candidats !

 

Tir à vue, la folle histoire des présidentielles 1965 - 2011 - essai de Jean-Jérôme Bertolus et Frédérique Bredin, chez Fayard, 366 p.19€

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05 février 2012

The descendants, film de Alexander Payne

océan de rêveHawaï. Ses plages de rêve, ses palmiers, ses grattchemise hawaiennee-ciels, mais aussi  ses populations obèses, ses bidonvilles …. Tout est fait pour nous expliquer que cet archipel, qui tient à la fois des Canaries et de Singapour, est conforme à tous les autres états des Etats-Unis. Ombre et lumières.

famille américaine

 

 

 

Matt King est un avocat spécialisé en droit immobilier qui vit bien de son activité professionnelle. Il est, avec une myriade de cousins,  le descendant d'une -arrière-arrière grand-mère pricesse hawaïenne qui a épousé un banquier devenu notable et a laissé en heritage une splendide crique encore vierge de toute urbanisation.  Ce domaine est situé sur une île. Matt est le curateur de la fiducie, sur le point de céder les terrains à un promoteur.

La famille est plongée dans le drame : Elizabeth vient de tomber dans le coma à la suite d’un accident de bateau. Pendant son hospitalisation, Matt s’occupe de ses filles Alexandra (17 ans) incarnée par la délicieuse Shailene Woodley, et Scottie, 10 ans (Amara Miller). Il a bien du mal, c'est nouveau et plein de mauvaises surprises.

Et puis il apprend qu’Elizabeth allait demander le divorce car elle avait un amant…Autour de ce père un peu dépassé, la famille va se ressouder  et châtier l’amant pas complètement sincère.

deux jolies actricesC’est un joli film bien ficelé à la manière américaine, un tendre mélo. Mais on est loin de Frank Capra. George Clooney joue à contre emploi et en fait des tonnes dans le genre quinquagénaire amorti et mari trompé, ne comprenant pas les réactions de ses filles en détresse. Je me souviens de l’avoir vu mieux inspiré dans Up in the Air. Même avec de superbes chemises hawaïennes…

Avec George Clooney, Shailene Woodley, Amara Miller, Nick Krause, Patricia Hastie, Grace A. Cruz, Kim Gennaula, Beau Bridges.

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02 février 2012

Les fortins de Venise, roman historique par Pierre Legrand et Claudine Cambier

 

amoursacréamourprofaneTitienD’abord, c’est un pavé de 722 pages. Il faut donc le temps de l’assimiler. Et on imagine difficilement la somme de documentation et de recherches qu’il a fallu à ses auteurs, Pierre Legrand et Claudine Cambier, pour nourrir ce grand’œuvre. Nous voici transportés dans la Sérénissime, entre 1509 et 1514, et toute l’intrigue part de et aboutit à un tableau énigmatique du Titien « L’amour sacré et l’amour profane ».

bellini_doge_loredan

L’héroïne est une belle jeune femme aux yeux de miel, douée, cultivée, forte et sensible : Laura Bagarotto, veuve d’un patricien de Padoue, fille du vice recteur de l’Université, brutalement privée de sa famille, de ses biens et de son honneur « pour l’exemple », la ville de Padoue ayant eu l’outrecuidance d’affronter Venise. Laura sera précipitée dans un bordel de luxe et soumise à l’obligation de recevoir les clients du casin de la matrone Anna Cortina. Cependant, elle retrouve à Venise et au milieu de ses malheurs son ami d’enfance, le jeune peintre Paolo Scarfati , qui a, lui aussi, une terrible vengeance à assouvir contre la Sérénissime. L’un apportant son appui à l’autre, nos héros beaux comme des Dieux, vont œuvrer, avec des fortunes diverses, pour retrouver leur honneur perdu.

fortinsUn roman historique haletant, découpé en chapitres courts et acérés, foisonnants de personnages hauts en couleurs, dans des ambiances de magnificence et de violence : on entre dans le palais des Doges, on assiste à des bals de cour où les plus belles femmes sont parées des bijoux les plus fous, on pénètre dans les cà, les orgueilleuses  demeures qui longent le Grand Canal, on assiste au processus de création artistique des Maîtres de la Renaissance comme Bellini, Giorgione, Carpaccio, Titien …

Nicologiorgione_lauraLe style est élégant, les descriptions jamais ennuyeuses, on voyage entre terraferma et lagune, dans la lumière vénitienne : mes pas résonnent sur la Piazetta, je me retrouve entre Venise et Padoue, Vicenze et Ferrare, au long de la Brenta ou sur les rivages des  îles de Murano ou Torcello, le long des calle étroites et sur le pont du Rialto. Un voyage immobile qui peut, une fois le livre terminé, recommencer puisque Cinquecento est le premier tome d’une saga qui continue. Mais il va me falloir un peu de temps pour « digérer » ce premier épisode avant d’en aborder la suite.

En tous cas, ce serait le support d'un sacré scénario de série TV dans le style des Tudors et des Borgia, et en pensant très fort à l'Apollonide ...

 

illustrations : l'amour sacré et l'amour profane (Titien), Le Doge Loredan, un homme qui pourrait être Nicolo, Laura par Giorgione.

Cinquecento 1 « Les fortins de Venise » (1509-1514) roman historique par Pierre Legrand et Claudine Cambier, aux éditions de l’Astronome, 722 p. 26€.

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01 février 2012

Sherlock Holmes 2, jeu d'ombres, film de Guy Ritchie

deux hérosUn duo de choc : Robert Downey Jr (Holmes) et Jude Law (John Watson), un méchant absolu : Jared Harris (professeur Moriarty) qui a incarné le directeur financier britannique de l’agence de publicité de Mad Men, la belle tzigane Simza (Noomi Rapace) déjà vue dans la première version de Millenium et même un acteur français (Thierry Neuvic), un Mycroft (frère de Sherlock) très convaincant (Stephen Fry) très à l’aise dans une scène de nu ….Une recette infaillible pour faire de ce film américain très britannique un feu d’artifice de scènes d’actions teinté d’humour décalé, très évocateur de la bande dessinée.

 

scène du balUne mention spéciale aux décors, magnifiques : l’usine d’armement, le combat dans la forêt, la scène du bal, la reconstitution de la dernière scène du Don Giovanni à l’Opéra de Paris ….

L'évocation du dernier combat entre les ennemis irréductibles - Holmes et Moriarty - tombés dans la chute vertigineuse de Reichenberg est conforme au roman de Sir Arthur Conan Doyle. Mais nous n'oublions pas - et le réalisateur non plus - que les protestations des lecteurs furent si vives que l'auteur dût ressusciter le héros dont pourtant il aurait bien voulu se défaire.

Cela ne "touche pas des pieds", on rit, on sursaute, on s'inquiète.... Du pur divertissement, enlevé et tonique. Pas intellectuel pour deux sous, jubilatoire.

A voir sur grand écran absolument. Mon seul bémol : la formidable ressemblance de Robert Downey Jr. avec José Garcia, qui me faisait penser que je regardais peut-être la troisième version de La Vérité si je mens, sortie le même soir …..

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31 janvier 2012

La vie est un choix, mémoires d'Yves Boisset

YBoissetNé en 1939, Yves Boisset aurait pu, contrairement à certain homme politique, voir débarquer les alliés en Normandie. Il se souvient seulement de l’affolement de la foule pendant le Te Deum à la Cathédrale de Paris où De Gaulle resta d’un calme marmoréen sous les rafales des snipers. Il nous donne ici ses souvenirs de chercheur infatigable de la vérité et de pourfendeur de la bêtise, à travers près de 50 films en presque 50 ans, souvenirs encore très frais d’un vieux jeune homme athlétique (il fut recordman de France du 300m) à la voix grave et chaleureuse. Des films qui défrayèrent à peu près tous la chronique, furent poursuivis par la censure, bref, une carrière d’empêcheur de tourner en rond.

L-affaire-DreyfusParadoxalement, pour moi, ce sont les films tournés pour la télévision que j’ai trouvés les plus aboutis, en particulier l’Affaire Seznec (1992), l’Affaire Dreyfus (1994), Jean Moulin (2002), L’Affaire Salengro (2008). Mais je n’oublie pas Un condé (1970), R.A.S . (1973), Dupont Lajoie (1974), la Femme Flic (1979), Allons z’enfants (1980), Le prix du danger (1982), Canicule (1983) ou Radio Corbeau (1988). Fin de ma sélection personnelle.

Ce qui est sympathique, c’est qu’Yves Boisset n’a pas eu recours à un nègre pour rédiger ses mémoires. Donc, le style n’est pas celui d’un récent Prix Goncourt, mais là n’est pas le propos. Ses souvenirs sont encore très frais et foisonnent d’anecdotes de tournage parfois cocasses, parfois tragiques. Yves Boisset est un homme souvent fasciné, par ses maîtres en cinéma comme Jean-Pierre Melville pourtant décrit comme mesquin, injuste, cruel mais génial cependant pas aussi provocateur qu’un Orson Welles franchement insupportable vis-à-vis de René Clément sur le tournage de Paris brûle-t-il ? Fasciné par les acteurs, qu’il adore,  fasciné par l’ivrognerie invétérée d’un Claude Brasseur ou de Peter O’Toole, mais surtout par leur capacité à tourner avec talent dès qu’il le faut. Car la carrière d’Yves Boisset est totalement dédiée au cinéma. A 26 ans, il a déjà été l’assistant d’Yves Ciampi, Melville, Claude Sautet, Vittorio de Sica, René Clément, Riccardo Freda, et a conquis la confiance d’Harry Salzmann.

dupontlajoieMais il ne peut s’empêcher de « balancer » ceux qui abusent : drogues dures, alcool, violence et coup de poing facile, lenteur du travail de scénariste, homosexualité, passion dévorante du jeu … La critique est cinglante. C’est le moment de régler des comptes. Mais on lui pardonne aussi ses obsessions – comme celle des Chasses du Comte Zaroff, dont l’évocation  revient dans plusieurs de ses films, ou sa passion pour le western ou le film noir...

Yves Boisset en profite aussi pour se défendre d’être inféodé à aucun parti politique – avec l’âge, il est revenu de tout mais visiblement ce ne fut pas toujours le cas. Il a tourné des films populaires destinés à amener les gens à se poser des questions qu’ils ne se seraient peut-être pas posés auparavant. A ce titre, il n’a jamais dévié de sa ligne de conduite. Alors, nous le remercions pour Dupont Lajoie et l’Affaire Dreyfus, des modèles du genre.

La vie est un choix, par Yves Boisset, chez Plon -  376 p. 21€

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25 janvier 2012

L'Intranquille, autobiographie par Gérard Garouste

garousteJ’ai acheté ce court livre pour mieux comprendre Gérard Garouste, peintre aujourd’hui mondialement connu, particulièrement apprécié de mon gendre Nicolas. Je l’avais découvert grâce à lui, sans toujours saisir ce qui, dans cette peinture figurative et narrative à la manière de Dali, interpelle aussi violemment le spectateur d’un tableau bourré de références, pétri d’hallucinations, secoué de nuages inquiétants. mais le sous-titre de l'ouvrage est en lui-même éclairant : Autoportrait d'un fils, d'un peintre, d'un fou

Gérard Garouste brosse en effet de lui-même et de sa famille un portrait sans nuance, sans concession, sans indulgence. De son père, il dit à ses propres fils après sa mort : « La guerre a engendré des héros, des gens qui se débrouillaient et s’en foutaient, des tueurs, des grands et des petits salopards. Votre grand-père faisait partie des petits salopards. » De sa famille petite-bourgeoise, on préfère effacer les traces d'une grand-mère écuyère dans des cirques en l'affublant d'une légende d'inceste totalement inventée.

Gérard Garouste est né en 1946, comme moi. Son père exploitait un magasin de meubles prospère, d’autant plus que pendant la guerre il avait reçu en gérance des autorités de Vichy la direction des établissements Lévitan. Il était donc pétainiste et antisémite. Son fils unique et lui se haïssent, tout en s’aimant sans savoir se le dire. C’est à la campagne, en Bourgogne, que Gérard est heureux, chez sa tante un peu simplette et son mari italien qui a entièrement recouvert les murs et les objets de son atelier à la peinture métallisée minium.

garousteportraitLa jeunesse de Gérard sera rythmée par les renvois d’écoles en boîtes à Bac, dont une où il fera des rencontres décisives pour la suite de sa carrière : Jean-Michel Ribes, Philippe Stark, Patrick Modiano, François Rachline, des rencontres avec des hommes de la nuit comme Fabrice Emaer et son inénarrable Palace. Mais des allers et retours, il en fera aussi vers des hôpitaux psychiatriques : Sainte-Anne, Villejuif …

On comprend mieux le caractère « illuminé » de certaines toiles, ses allusions à la Thora puisque Garouste a fort bien compris que la haine proférée par son père à l’égard des juifs est en réalité un signe de sa crainte et de sa sourde admiration.  Parallèlement à une analyse (il se dit lui-même bipolaire), Garouste prend des cours d’hébreu, épouse Elizabeth, qui est juive…

Lisant ces lignes, on pourrait croire à un roman tout en ressentant toute la tristesse et la violence de la vérité. Vite, vite, se reporter sur un beau livre des peintures de Gérard Garouste : L’ânesse et la figue par exemple (merci à Nicolas de me l'avoir offert !), ou le livre édité par SKIRA.

L’Intranquille, autoportrait d’un fils, d’un peintre, d’un fou avec Judith Perrignon,  L’iconoclaste. Au livre de Poche, 156 p., 6€

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