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18 février 2012

Histoire des Terres du Sud-Ouest, des origines à la Vasconie, BD par Patrice Frechou

terresdusudouestC'est un livre que Claude m'a ramené de Mont-de-Marsan (il sait combien j'apprécie les livres d'histoire et les BD), lors de son dernier voyage.

Il s’agit du premier tome d’un ouvrage qui en comptera deux.  Malheureusement, malgré des informations scientifiques puisées à bonnes sources, l'ensemble n'est pas à la hauteur de mes attentes. Et surtout il recèle un grand nombre de maladresses qui auraient pu être évitées. Je suis d’autant plus déçue que ce travail n’ait pas été assorti de la plus élémentaire vigilance de l'éditeur dans la relecture des textes. Des fautes d’orthographe grossières (« auxiliaires » avec 2 L , deux fois), l’écriture des bulles souvent illisibles, une planche entière doublée …

C’est bien dommage car le propos est sympathique. La narration depuis la nuit des temps des mouvements des différents peuples de la région, avec les faits, les sites, les références aux religions pré-chrétiennes, l’apport des uns et des autres, l’arrivée des Romains, l’émergence du christianisme, les légendes, la spécificité du peuple et de la langue basques, les relations dans les deux sens avec les habitants d’outre-Pyrénées, une explication claire de l’arrêt de l’invasion des Sarrazins à Vouillé en 732...Il faut croire aussi que les thèses qu'il défend font se hérisser un certain nombre de professeurs spécialistes de cette histoire peu répandue. J'en veux pour preuve cette controverse :

Frechou-2"Pendant longtemps on nous a appris à penser la Gaule sans les Aquitains, mais maintenant on tombe dans l'excès inverse : une Aquitaine sans les Gaulois. Fréchou explique doctement cartes à l'appui que la première vague d'invasion celte s'est déplacée du Bassin parisien au Nord-Ouest de l'Espagne en évitant soigneusement les territoires gascons (p. 15). Il veut bien ensuite admettre que dans une seconde vague, des celtes ont fondé Bordeaux et Toulouse, mais selon lui ils ne se sont pas aventurés plus au Sud. Il insiste sur le fait que le druidisme (ferment de l'unité des Gaules) était absent de Gascogne et qu'aucun peuple "aquitain" n'était représenté à Alesia. Plus loin d'ailleurs (p. 29) il blâme presque Auguste d'avoir créé une "grande Aquitaine" (qui déborde au nord de la Garonne) et de n'avoir pas respecté ainsi l'identité "ethnique" de la région, en y incluant des Celtes." (Delorca)

S'il y a polémique, c'est que ces thèses dérangent. Pour moi, c'est plutôt un bon point ! 

Dommage aussi parce que les dessins sont relativement bien faits, et la recherche documentaire très fouillée. On apprend beaucoup de choses, mais c’est touffu, brouillon, confus. Je doute que des jeunes lecteurs puissent y comprendre grand-chose. Sans doute l'ouvrage ne leur est pas spécialement destiné.

Ces errements seront-ils corrigés pour le second volume ? Evitera-t-on la redite d’une page entière, faute d’avoir bien calé le « chemin de fer » ? Beaucoup d’amateurisme dans la fabrication. Tout est fait à la va-vite ….

Histoire des terres du Sud-Ouest, tome 1 : des origines à la Vasconie, par Patrice Frechou, aux éditions Cairn, 68 p. 13,90€

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04 décembre 2011

Quai d'Orsay, choniques diplomatiques Tome 2, par lanzac et Blain

Enfin, la suite du premier volume ...

quaydorsayComment faire pour pondre un second numéro encore plus drôle et plus vrai que le premier opus ? Il faut le demander aux auteurs car, vraiment, Alexandre Taillard de Vorms - un ministre qui resemble tellement à DDV - est impayable.

Ce deuxième épisode (je ne dis pas second, car j'en espère bien un troisième, et même une série) retrace la genèse du fameux discours à l'ONU, heure de gloire absolue du ministre des Affaires étrangères français.
Comme dans la première livraison, la vie de cabinet est décrite avec brio, c'est exactement comme ça que cela se passe (je regrette de ne pas détenir les clés des personnages, mais ceux qui savent doivent véritablement se gondoler...), avec la vie complètement déstructurée des conseillers, bousculée sans répit par la disctature de l'actualité internationale magnifée par les médias.

Mais contrairement à la première livraison, le propos est beaucoup plus favorable au héros principal. Il devient attendrissant...enfin presque ! On voit bien qu'on ne souhaite plus "tirer sur une ambulance", comme disait autrefois Françoise Giroud à propos de Jacques Chaban-Delmas.
Bref, un nouveau morceau de bravoure, qui sonne juste, drôle et pitoyable à la fois. du grand art....

Quai d'Orsay tome 2, BD de Abel Lanzac et Christophe Blain, couleur par Clémence Sapin et Christoble Blain, chez Dargaud, 100 p. 16,95€

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09 novembre 2011

Les aventures de TINTIN, film de Steven Spielberg

afficheJ’avais un peu d’appréhension en allant voir cette adaptation de ma bande dessinée culte.

milouMais j’y suis allée toute seule, au cas où…et j’ai choisi la version originale en 3D. Je n’ai pas regretté ! Pour une fois, le relief « déchire » dans les scènes d’action tout à fait époustouflantes : combat naval de La Licorne et du cotre corsaire, et surtout, le bataille des deux descendants de François de Hadocque et de Rackham Le Rouge, chacun à bord d’une grue de port …

avec les dupondCar, si la trame de l’album est respectée, des scènes supplémentaires tout à fait dignes d’Indiana Jones complètent un scénario foisonnant qui ne connaît aucun répit. Même lorsqu’on connaît la BD par cœur, même avec cette distorsion due à la langue et aux noms différents de certains personnages, on « marche » à fond dans les décors particulièrement fouillés. On alterne ainsi en reconstitutions fidèles (l’épisode dans les coursives du Karaboudjan, l’errance au désert) et paysages nouveaux (les jardins et le barrage de la principauté de Begghar). Avec en prime, des réminiscences très spielbergiennes (la poursuite à side-car) qui réjouiront les fanatiques.

sur le canotLa technique de création numérique fonctionne parfaitement. En 3D, les couleurs ne sont pas assombries. Je n’ai pas retrouvé tout à fait le Milou de ma jeunesse, mais ses attitudes et son « jeu » sont très bien rendus. En revanche, le visage de Tintin me convient parfaitement. Pour moi, c'est tout à fait ce visage, pourtant si peu marqué par Hergé ...

Il est crédible, dans sa jeunesse et son intelligence des situations, et devient très humain avec ses doutes et la tentation de tout laisser tomber. Le capitaine Haddock est convainquant. Ma plus grande réserve concerne les Thomsons.

logoEn tous cas, ce film n’usurpe pas son succès et figurera parmi les meilleurs ouvrages pour petits et grands, à conserver dans une filmothèque sérieuse. Et j’espère bien qu’on aura rapidement la suite de l’épisode.

 

En tous cas, je ne refuserai pas de revoir ce film avec mes petits-enfants, lorsqu'il paraîtra en DVD !

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31 octobre 2011

Le piège diabolique, BD d'Edgar P. Jacobs

couvUne dernière - pour la saison - incursion dans le monde de Blake et, surtout cette fois, Mortimer.

onnyvoitgoutteEdgar P. Jacobs s’exprime ainsi dans son livre « Un opéra de papier », à propos de son album « Le piège diabolique » : « bénéficiant des expériences astronautiques modernes, j'ai pu - contrairement à H. G. Wells dont l'engin n'était qu'un simple siège non caréné et dont le voyage dans le temps fût programmé en l'année 802701 - imaginer une cellule plus conforme aux normes d'un engin franchissant le gouffre du temps à la vitesse de la lumière. Il fallait, entre autres, prévoir pour le véhicule la possibilité de rouler, de culbuter, d'encaisser les chocs sans trop de dommages ni pour lui-même ni pour son passager. C'est pourquoi j'ai adopté cette forme sphérique qui donne à l'appareil, quelque soit sa position, non seulement les meilleurs garanties de sécurité, mais lui assure en outre une résistance maximale aux pressions extérieures. Dans les anneaux cerclant la capsule centrale sont noyés des circuits dans lequels circule l'énergie nécessaire au fonctionnement. Afin de respecter les règles traditionnelles de la science fiction transtemporelle qui veut que les différents "transferts" se passent tous dans un site topographiquement immuable, il me fallait trouver un endroit de grande ampleur, présentant un intérêt géographique, statégique et historique se prêtant à l'évocation d'événement passés ou futurs. »

Voici donc un épisode encore moins vraisemblable des aventures de Blake et Mortimer que les précédents, une expérience à la quelle Philip Mortimer se livre seul – Francis Blake n’intervient que lors des deux premières et dernières pages, et surtout, le seul album où le traitre absolu, Olrik, n’apparaît pas. Ici, le méchant est feu le professeur Miloch, dont nous avons fait la connaissance dans « SOS Météores », archétype, comme le professeur Septimus (La Marque jaune) du savant fou.

mademoiselle AgnèsLe piège diabolique est donc un voyage dans le temps, du crétacé au 51ème siècle, avec un bref passage au moyen-âge, pendant la révolte des Jacques. Le Professeur Miloch, ravagé par les radiations après ses expériences maléfiques, vient de mourir. Il a légué au Professeur Mortimer, son ex-adversaire, son ultime découverte : la machine à remonter le temps ou chronoscaphe. Mais voilà, il en a saboté les commandes et Mortimer se retrouve prisonnier dans l’infini des temps. A tâtons, utilisant ses compétences de physicien, il va se débrouiller avec l’appareil pour, en trois étapes, rejoindre le temps présent tout en risquant mille fois d’y laisser la peau, et en combattant aux côtés des faibles, veuves et orphelins du passé comme de l’avenir.

dans le métroIl s’agit d’une histoire totalement science-fictionnesque, recouvrant une réflexion plus profonde sur le monde avenir que E.P. Jacobs envisage très sombre. A noter que lors de l’édition en album, en 1962, l’œuvre fut interdite à l’importation en France, « en raison de nombreuses violences et de la hideur des moyens illustrant ce récit d’anticipation. » Cependant, les décors dans lesquels évolue Mortimer sont d’une beauté et d’une précision fantastiques, images d’un cataclysme post nucléaire (et orthographique) d’une criante mais sans doute faible vérité.

larocheguyonEt le voyage à travers le temps est un genre classique en littérature : je ne citerai que « Mickey à travers les siècles » qui enchenta mon enfance, et plus près de nous le thème identique choisi par l’écrivain cuzornais Thierry Delrieu dans sa trilogie « Les voyageurs du temps ». Et moi, après le château de Bonaguil, cette BD me donne furieusement envie d'aller visiter le site de La Roche Guyon !

Le piège diabolique, BD D'Edgar P. Jacobs, éditions Blake et Mortimer tome 9; 15€

 

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29 octobre 2011

L'énigme de l'Atlantide, par E.P. Jacobs

Je poursuis ma relecture critique de l'oeuvre d'Edgar Pierre Jacobs.

atlantide1L’énigme de l’Atlantide est la quatrième aventure de Blake et Mortimer, après Le Secret de l’Espadon, Le Mystère de la Grande Pyramide et La Marque jaune. Elle est publiée dans le journal de Tintin à partir de 1955 en BD, puis en album début 1957. Pour l’apprécier pleinement, il convient de se remémorer le contexte politique et technologique de cette époque de grande croissance économique mondiale mais aussi de guerres de décolonisation et d’affrontement Est-Ouest. Moi, en ce temps-là, j’avais 10 ans, et je n’ai découvert la BD qu’une fois adulte. Et je me la relis régulièrement (utilisation de la forme pronominale à l’image du style d’Andrea Camilleri)  aujourd’hui, avec nostalgie et toujours autant de plaisir, en regardant plus avant entre les cases. Car ce genre de BD n’intéresse pas du tout mes petits-enfants….

Plusieurs thèmes déjà évoqués dans « Le Rayon U » sont repris ici. Ce qui frappe, c’est la fixation définitive du graphisme des personnages. Francis Blake et Philip Mortimer sont maintenant clairement dessinés, leurs visages ne changeront plus, de même Olrik et Starkey son fidèle second. Il n’a pas tellement le beau rôle, le colonel, dans cet épisode. Traître, toujours, mais il est loin d’être le seul. Le génie du mal, ici, c’est Magon. En revanche, nous avons droit à la panoplie du Rayon U : la caverne, le métal luminescent et radio-actif cette fois, le pont naturel, les ptérodactyles…Les barbares, qui ressemblent aux Aztèques du Temple du Soleil. Cependant, les traitres de l’Atlantide, composant la 5° colonne, portent à un certain moment des chapkas….éclairant, non ?

atlantide 3Car il s’agit ici de la tentative de coup d’Etat d’un ambitieux, secondé par une puissance étrangère maintenue à distance par une barrière étanche. On pense au « coup de Prague » de 1948…

Les « bons » sont des sages. Leur roi, le Basileus, est représenté comme le Platon de la fresque de Raphaël « L’école d’Athènes » peinte en 1510, et la référence à Platon est explicite. Mais les éléments naturels s’avèreront les plus forts. La description du cataclysme provoqué par la chute d’un météore, avec les ravages d’un tsunami à l’échelle du monde est prémonitoire. Comme l’est aussi l’utilisation de moyens de transports comme le monorail automatique de type VAL.

Atlantide2Autre « truc » qui marchera dans plusieurs autres épisodes d’E.P. Jacobs : l’appui involontaire sur le bouton rouge d’un tableau de commande qui déclenche une explosion générale…

Une réflexion salutaire sur la loyauté, l’amour de la patrie, la trahison, l’engagement. Des descriptions très réalistes de combats aléatoires, de techniques pas toujours efficaces malgré leur modernité, un substrat historique faisant référence à des mythes du fond des âges…

Pas aussi passionnant que La Marque Jaune ou le Mystère de la Grande Pyramide, mais à déguster avec le recul nécessaire.

L'énigme de l'Atlantide, éditions Bake et Mortimer 1996. 15€

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27 octobre 2011

Le rayon "U", BD d'Edgar P. Jacobs

Rayon-U-planche-7

Le Rayon  « U » est la première bande dessinée créée en 1943 par Edgar P. Jacobs, père de Blake et Mortimer, en substitution des strips de Flash Gordon, mis à l’index par l’occupant allemand de la Belgique. Elle appartient au genre science-fiction et mêle allégrement des thèmes que l’auteur réutilisera dans toute son œuvre comme le mélange des temps (préhistorique, pré-colombien …) et des techniques de pointe (énergie atomique, avions fonctionnant à l’aide de piles à combustibles).

Du rayon  « U », nous n’apprenons rien si ce n’est que les essais en sont terminés et qu’il convient de se procurer le minerai nécessaire, et pour cela retrouver le lieu de son gisement. C’est en case 2 de la BD et on n’en parle plus du tout après. Il s’agit donc d’un peuple qui s’apprête à passer à la phase militaire d’une découverte scientifique (thème réutilisé dans le Secret de l’Espadon). Les « bons », ici, sont ceux qui cherchent à se procurer l’Uradium pour produire des armes, les « méchants » vont tout faire pour les en empêcher. Situation inverse de celle que nous connaissons aujourd’hui avec la non-prolifération des armes nucléaires.

L’équipe des chercheurs d’uradium se met en route vers l’archipel des Îles Noires. Elle est nombreuse : un blond à moustaches, un brun barbu, un roux à moustaches, un gentil Sikh, un major très britannique, une belle brunette – tiens, un personnage féminin ! – et, pour les méchants : un espion à fine moustache. Ils rencontreront un prince aztèque et sa fiancée, et une tribu d’hommes-singes, des créatures gigantesques (serpent bleu, tigre aux dents de sabre, tyrannosaure, poulpe géant …). Ce sont les ébauches des futurs personnages de la série culte : Capitaine Blake, Professeur Mortimer, Nazir, et bien entendu, Olrik. Quant à la demoiselle, elle a disparu en raison de la politique éditoriale du journal de Tintin, très stricte sur ces questions pour la jeunesse !

Ce Rayon « U » est à ranger dans les rayons « archives » de la bibliothèque. Les situations sont invraisemblables mais le scénario rebondit pratiquement à chaque case, comme c’est la loi du genre. Les couleurs ressemblent à des tableaux de Giorgio de Chirico, les costumes ne paraissent pas du tout incongrus de même que la rencontre avec des animaux préhistoriques (comme les ptérodactyles d’Adèle Blanc-sec), les cheminements dans des grottes aux parois phosphorescentes seront repris dans l’énigme de l’Atlantide (entre autres). La belle Sylvia avec sa petite robe bleue me fait penser à Enak, le compagnon d’Alix de Jacques Martin …En revanche, le traitre Dagon n’a pas encore la carrure du colonel Olrik, et les héros ont beaucoup de chance que le minerai enfin ramené en Norlandie ne soit pas radioactif, car en ce cas, je ne sais même pas si je serais en mesure d’écrire cette chronique !

En somme, un univers délirant en concordance avec les années de guerre, des situations loufoques mais judicieusement enchaînées dans des décors invraisemblables d’une beauté stupéfiante où se meuvent des créatures surréalistes. Tous ingrédients propres à  nous faire pouffer de rire ….et pourtant, on lit la BD jusqu’au bout. Tout E.P. Jacobs est déjà là. Respect.

Le rayon "U", Edition 1991, 2003, Editions Blake et Mortimer

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26 octobre 2011

Tintin au pays des Soviets

tintincouvEn prévision – et en guise de pilonnage publicitaire – de la sortie  en France du film de Steven Spielberg  « Les aventures de Tintin », nous voici gratifiés de toute une rétrospective des œuvres de Georges Remi, alias Hergé.

Moi qui suis une inconditionnelle à la fois de Hergé et de Spielberg, je me régale comme cette semaine en revoyant à la télévision « Les Aventuriers de l’Arche perdue (3° épisode) ». Ce qui est troublant toutefois, c’est que le génial créateur d’Indiana Jones déclare qu’il n’a découvert les aventures de Tintin qu’après avoir tourné ses films, tant les situations rocambolesques et les retournements spectaculaires du bel archéologue sont semblables aux aventures du petit reporter.

En attendant d’aller voir le film, et comme toujours lorsque je me retrouve ici au milieu de mes bibliothèques de bandes dessinées, j’ai choisi de relire le premier album des « Aventures de Tintin, reporter du Petit Vingtième, au pays des Soviets ». Un premier coup de maître, à y regarder de plus près. Car au moment (1929) où Georges Remi reçoit de l’abbé Wallez – propriétaire du journal – la commande de cette bande dessinée, Hergé est bien loin d’imaginer la réalité atroce de ce qui se passe en Union Soviétique, et qui atteindra des sommets lors de la Grande Famine de 1932. En fait, il a pour unique source de documentation l’ouvrage d’un consul de Belgique en Russie, Joseph Douillet : « Moscou sans voiles ». Certaines des scènes du livre sont carrément reprises dans leur intégralité comme l’épisode de l’élection sous menace de révolvers. ..Qui me fait penser aussi à l’épisode de la proclamation des résultats du scrutin de Côte d’Ivoire, lorsque devant les caméras, un séide de Laurent Gbagbo arrache le listing des résultats des mains du porte-parole de la Commission électorale.

Tintin-et-URSSDans ma jeunesse, il n’était pas convenable de critiquer le communisme ou d’évoquer ses exactions. Cet ouvrage avait totalement disparu et était devenu mythique. Hergé lui-même ne voulait pas qu’il reparaisse. Jusqu’en 1981, face à de nombreuses éditions pirates. Cette édition de 1981 – qui m’apparaît à moi complètement contemporaine – fut ainsi tirée à 1500000 exemplaires ! C’est un fac-simile sans aucune adaptation – comme il est arrivé à certains tomes ultérieurs (la disparition des combattants de l’Irgoun, par exemple dans Tintin au pays de l’or noir). Une BD entièrement en noir et blanc, technique reprise plus tard par Hugo Pratt ( ?), avec déjà plein de gags qui seront des références : des jurons incompréhensibles (« Tarteifle » en allemand : qui pourrait me dire si ce n’est pas du dialecte bruxellois ?), l’éternuement qui révèle la présence cachée du héros, la boule de neige dévalant la pente et se fracassant contre un arbre (Temple du soleil), la branche maîtresse qui se rompt sur la tête de l’ennemi (Oreille cassée), Milou recouvert de bandages (Cigares du Pharaon)…C’est aussi  l’un des rares épisodes où l’on voit Tintin ivre (avec L’Oreille cassée et le Crabe aux pinces d’or). Et en fin de volume, un délicieux hommage à Benjamin Rabier et à la Vache qui rit …

Tour de jardin 028Autre référence à rebours : un gag avec deux tigres, l’un gentil (c’est Milou déguisé), l’autre échappé d’un zoo ou d’un cirque. On dirait bien que la situation n’a pas échappé au scénariste de l’Impossible Monsieur Bébé (1938), un des films les plus drôles que j’aie jamais vus.

Tout est donc déjà dans « Tintin au pays des soviets », y compris la violente critique du régime totalitaire le plus classique, mais pas seulement. Et puis, aujourd’hui, nous savons que cela n’était pas anecdotique !

Les aventures de Tintin, reporter du Petit Vingtième au pays des soviets (1930) réédité en 1981 par Casterman, 137 p (mais curieusement le n° de la page 1 est situé à la deuxième page ...) 20€.

 

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29 septembre 2011

HOKUSAÏ, manga par SHOTARO ISHInoMORI

hokusaiQuoi de plus logique que de lire une biographie du grand peintre Hokusaï (1760 - 1849) sous forme de manga, alors que c'est lui qui en créa le concept ! Et une merveilleuse introduction à ce genre pictural et surtout éditorial qui représente aujourd'hui plus du tiers en volume et un quart en valeur du total du secteur de l'édition au Japon, et prend une place grandissante dans l'univers de lecture des jeunes chez nous...

fille pieuvreUne manga, c'est un livre à regarder plus qu'à lire, priorité étant donnée à l'image. Elle vient chronologiquement, dans l'histoire, avant la production des estampes, un genre dont je suis totalement fan. Et c'est bien le peintre Katsushita Hokusaï qui donné son nom au genre avec ses Hokusaï Manga, publiés de 1814 à 1834 à Nagoya.

Les caractéristiques d'un manga se retrouvent naturellement dans ce volumineux ouvrage réalisé par un des mangakas les plus prestigieux : Shotaro Ishinomori (1938-1998), dont nous connaissons tous des créations emblématiques comme Cyborg 009 et l'anime (dessin animé) San Ku Kaï, diffusé en France à partir de 1979.

volcorTout le monde se souvient de la musique du générique en France, composée par Eric Charden.....

Son livre nous fait connaitre la vie mouvementée et si longue de Hokusaï, mort à 89 ans : chacun des chapitres, qui ne respecte pas l'ordre chronologique, présente une étape cruciale de la vie du peintre, toute sa vie hanté par la recherche de son style personnel, changeant de pseudonyme pour incarner une nouvelle manière alors que ses éditeurs lui réclament de nouvelles images sous son nom le plus célèbre....

Toute une vie à traquer la possibilité de peindre les choses derrière les choses, l'essence de la vie. Une vie passée en coups d'éclats, en quête d'argent aussi. Un héros violent, roublard, grossier, autocentré, jouisseur, prétentieux, génial et séducteur.

hokusai-shotaro-ishinomoriIl teste plusieurs médias : l'illustration de romans feuilletons populaires, les estampes érotiques, l'adoption de certaines techniques venues du monde occidental comme la perspective et le clair-obscur, les formations nuageuses, l'utilisation de couleurs chimiques plus stables comme, en fin de carrière, le bleu de Prusse que l'on retrouvera de façon systématique chez ses élèves et successeurs comme Hiroshigé....

grandevagueA partir de 1842, il rédige une quantité de manuels d'instruction pour les peintres : la (ou le, on dit comme on veut) manga "Les innombrables dessins d'Hokusaï". A 60 ans, il n'est toujours pas satisfait de son style, malgré des chefs d'oeuvre comme La grande vague, la femme à la pieuvre, le génie aux assiettes ...

Une approche ludique de l'histoire de l'art japonais par excellence, éclairant et hilarant à la fois.

Hokusaï, par Shôtarô Ishinomori, édité chez KANA (Dargaud-Lombard), traduit et adapté en français par Samson Sylvain, 590 p. 15€ "Pour public restreint".

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17 septembre 2011

Le mystère de la Grande Pyramide, d'Edgar P. Jacobs

tome 1tome 2

La présence ou l'absence de chambres inconnues à l'intérieur de la pyramide de Khéops n'a pas fini de faire fantasmer les archéologues, architectes, historiens, ingénieurs et informaticiens. Selon l'architecte Jean-Pierre Houdin, qui travaille en collaboration avec les ingénieurs de DASSAULT Systèmes : «Dans la pyramide de Kheops, il reste en­core deux antichambres à découvrir ainsi qu'un circuit de corridors par lequel le sarcophage a été acheminé.»

stèleEt tous, bien entendu, ont lu et adoré les deux tomes de la bande dessinée parue en 1954 : Le papyrus de Manethon (1) et 1955 La chambre d'Horus (2). Et moi, tout comme Blake et Mortimer à la fin de l'histoire, j'oublie la plus grande partie de l'intrigue, pour chaque année la redécouvrir avec le même plaisir.

Car cette deuxième aventure des héros britanniques est stupéfiante de vraisemblance et de rêve mêlés. On retrouve l'ennemi numéro 1, Olrik devenu un sinistre malfrat trafiquant de stupéfiants et d'oeuvres d'art, et sa bande, avec la première entrée en scène de Starkey, mais aussi le bon Nasir, et son homologue opposé et criminel, le sinistre  Razul le Bezendjas, déjà croisés dans Le Secret de l'Espadon. Le personnage important est ici un mystérieux vieil homme, empreint d'une autorité inquiétante : le cheik Abd-el-Razek. C'est à lui que reviendra le dernier mot.

Ici, nous nous trouvons dans les rues du Caire et bientôt sur le plateau de Gizeh, dominé par les trois pyramides, à la recherche du trésor d'Aton, père de Tout-Ank-Hamon. Dans le Musée National (dont on ne voit pas la poussière) et les grands hôtels de la ville. En particulier à Mena House, le splendide hôtel dont les terrasses donnent sur la Grande Pyramide. C'est tout à fait comme ça, vous pouvez m'en croire : lorsque je suis allée au Caire, c'est là que j'ai voulu résider, et pas ailleurs. Le décor est intact.

starkeyDonc, un classique. Difficile à commenter. L'histoire est celle d'un polar avec des coups de feu, des séquestrations, des exécutions avec silencieux, des cheminements dans des couloirs souterrains avec des torches qui s'éteignent - une constante dans l'oeuvre de Jacobs - des usurpations d'identité, et toujours la pointe d'humour et une recherche iconographique sans faille. Un exemple : la "guimbarde" incroyable du Docteur Grossgrabenstein existe bien, avec parasol à franges. Je l'ai découverte à Mulhouse, dans la collection des frères Sclumpf. Et puis, la conclusion touche à l'ésotérisme et à la magie ...et on "marche", on court ...

Je ne citerai pas les innombrables emprunts faits à cette histoire par les romanciers et les cinéastes du monde entier depuis la fin des années cinquante. En lisant, on se remémore une foule de citations. Bref, un élément essentiel de la culture moderne. A lire absolument.

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15 septembre 2011

La marque jaune, d'Edgar P. Jacobs

Troisème aventure des héros so british Blake et Mortimer, après "Le secret de l'espadon" et "Le Mystère de la grande pyramide". La bande dessinée a commencé de paraître en 1956 en quatrième de couverture du Journal de Tintin. C'est de l'avis des spécialistes le meilleur album de toute la série, et je suis moi aussi de cet avis depuis plus de 30 ans.

couvmarquejauneL'épisode se déroule à Londres, juste avant Noël : il pleut, il fait froid, le brouillard envahit les quartiers de Bloomsbury, les quais sinistres du côté de Limehouse Docks. Un mystérieux personnage nargue Scotland Yard par des exploits de plus en plus audacieux : le vol de la couronne de l'Empire britannique, l'enlèvement de personnalités comme le rédacteur en chef d'un journal, un professeur de médecine, un juge ...Toutes les techniques modernes (de l'époque) d'écoutes clandestines, de protection individuelle lui permettent de filer entre les doigts de la police comme de Francis Blake, missionné par le MI5, et du professeur Philip Mortimer, son ami. Le Premier Ministre s'en émeut, l'affaire devient politique.

Mais le défi est plus fort que tout pour celui qui laisse bien en vue après ses exploits sa marque, la lettre grecque Mu, que l'on identifie bientôt avec le symbole de l'onde Mega, une théorie fumeuse émise en 1922 par un certain Docteur Wade, et brocardée par le tout Londres scientifique de l'époque.

Jusqu'à l'époque de Ben Laden, je me moquais souvent des scénarios mettant en scène un richissime être malfaisant ayant pour objectif de dominer le monde par le Mal. Aujourd'hui, nous savons que ces folies meurtrières sont possibles. Dans La Marque Jaune, c'est la soif de vengeance et l'orgueil poussé jusqu'à la folie qui sont mis en scène. Avec juste ce qu'il faut de science fiction relativement réaliste, des décors d'une beauté stupéfiante, une histoire haletante qui tient ses promesses de bout en bout. Une réussite complète, jamais plus égalée à ce niveau, même par E.P. Jacobs lui-même. Un régal renouvelé chaque année puisqu'il ne se passe pas d'été sans que je relise mes bien aimées BD, et celle-ci en particulier, retrouvant à chaque relecture un détail imprévu, une case parfaite .....

La Marque Jaune, par Edgar P. Jacobs, édité chez Casterman, 70 p. 14€

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