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03 décembre 2011

La vie des moines des grandes abbayes, de Dom A. Davril et E. Palazzo

La critique de Claude :

Ces derniers mois ont été riches en visites d’abbayes (Cluny, Fontaine, Tournus, Moissac, Flaran, St Sever) : pour mieux comprendre, quoi de plus naturel que de lire cette « Vie des moines » ?

viedesmoinesElle porte justement sur la grande époque du monachisme, occidental, celle du Moyen âge, qui va de l’écriture de la Règle de Saint Benoit (VIème siècle) à la Réforme protestante.

La Règle prévoit tout : elle rythme les nuits et les jours, par les offices et les prières, elle organise l’espace du monastère (le plan cistercien est reconnaissable dans les abbayes visitées de nos jours), elle définit les fonctions de ceux qui encadrent et forment, comme de ceux qui assurent l’ordre et la vie matérielle. Elle fait sa place au travail manuel comme à l’étude et à la contemplation, mais la prière domine tout.

Ambition formidable que celle des  fondateurs (et des fondatrices, peu évoquées dans cet ouvrage) : faire monter à Dieu  une immense prière collective de jour comme de nuit, à la chapelle comme aux champs ou à l’atelier de fabrication des livres. Autour des abbayes, les croyants et d'abord les puissants, comprennent que les moines oeuvrent à leur salut, et les soutiennent, notamment par d’énormes dons.  

Ce livre expose cette organisation fervente de la prière. Même s’il est d’un accès un peu difficile, par sa richesse même, il est utile, comme toutes les « Vies quotidiennes ».

Une réflexion supplémentaire, venue à Cluny, la plus grande abbaye européenne : à la veille de la Révolution, il ne reste plus que 18 moines à l’abbaye. Pourquoi ce déclin ? La foi a certes reculé dans la France des XVIème au  XVIIIème siècles, mais cela n’explique pas tout. Peut être  le système de la commende, appliqué dès le XVIIème siècle, qui confère la responsabilité d’abbé à de jeunes gens titrés, mais sans conviction et sans rayonnement, a-t-il découragé les vocations sérieuses. Pour tenir la formidable promesse de la prière permanente, il faut un engagement de tous, que l’on retrouve dans le monachisme moderne, mais qui s’était perdu pendant plusieurs siècles.   

La vie des moines au temps des grandes abbayes, ouvrage de dom Anselme DAVRIL et Eric PALAZZO, Hachette "La vie quotidienne", 344 pages, 18 €

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23 novembre 2011

Musée de la Grande Guerre - Pays de Meaux

Musée grnade guerre 007Cinquante kilomètres de Paris, ce n’est pas la mer à boire, mais il faut tout de même faire le voyage jusqu’à Meaux. Ensuite, trouver l’endroit .. . et le moins que l’on puisse dire, c’est que la signalisation est discrète. Enfin, en prenant la route de Soissons, juste à côté de l’immense monument de marbre blanc commémorant le sacrifice des Américains, on trouve le musée en fait situé à côté des lieux où se sont déroulées les deux Batailles de la Marne. Un geste d’architecture, dû à Christophe Lab, un immense blockhaus rectangulaire en porte-à-faux dominant la vallée, avec une vue imprenable. Impressionnant !

Musée grnade guerre 011Pénétrer dans le bâtiment vous met déjà dans l’ambiance de recueillement nécessaire pour tenter de s’imprégner de cette guerre européenne fratricide, insensée, épouvantable, mère d’un siècle de violences …. et plus car affinités.

Musée grnade guerre 017Tout commence par un morceau de pain. Sec. Un morceau du pain du siège de Paris, fin de la guerre franco-prussienne de 1870, qui enleva à la France l’Alsace et la Lorraine et implanta dans tous les esprits le désir incommensurable d’une prompte revanche. On éduque les enfants, on leur apprend la gymnastique, on forme les soldats auxquels, la prochaine fois, ne manquera aucun bouton de guêtre.

Musée grnade guerre 014Quarante quatre années après la défaite, les soldats partiront pour Berlin la fleur au fusil, avec des pantalons de couleur rouge (garance)…et se retrouveront au bout de quelques semaines piégés dans des trous à rats.

Ici, on touche immédiatement du regard les différences essentielles entre les systèmes allemand et français. Comme le démontre avec acuité François Cailleteau dans son livre « Gagner la Grande Guerre », hélas absent de la librairie du musée, cette guerre sera résolue par le déséquilibre des forces économiques en présence. Et on voit tout de suite qu’au début, les Allemands sont mieux organisés en confrontant les deux styles de tranchées face à face. Chez les Français : des branchages disposés en fascines, comme sous Louis XIV ou les Napoléons. C’est étroit, boueux, menacé d’effondrement. Chez les Allemands, on bétonne, c’est drainé, bien plus net, fonctionnel…

Musée grnade guerre 015En revanche, on a disposé côté à côte les canons de 75 français et de 77 allemand. Le français est plus léger, plus précis, plus maniable. Mais tous les calibres ont à peu près la même portée maximale : 12000 mètres. Seule la Grosse Bertha (que les Allemands ont surnommé le long Max) tire jusqu'à 140 kilomètres.

Car l’originalité de ce musée, construit autour de l’extraordinaire collection personnelle (50 000 objets) de l’historien Jean-Pierre Verney, c’est de mélanger les visions des deux camps, comme autant de victimes de la barbarie universelle.

Musée grnade guerre 013Jamais je n’ai vu autant d’uniformes complets (il y en a 200 !), d’une incroyable diversité, jamais n’a été réunie une telle quantité d’objets de la vie quotidienne, assez semblables pour les deux adversaires, et que l’on ne peut distinguer que par la langue.

Musée grnade guerre 022Et pour l'armement ou la protection, on en revient à des dispositifs - cuirasses et casse-têtes - qui font penser au Moyen-Âge, tandis que des maisons réputées comme Burberry's - créateur du trenchcoat ou manteau de tranchées - proposent de tenues de combat pratiques et élégantes....

Musée grnade guerre 023

Musée grnade guerre 026Ce musée, dont tout est sous-titré en français, anglais et allemand ne prend pas l’histoire de ce conflit de façon chronologique, mais par le biais des modifications que la guerre a produit dans la société : la place des femmes dans la production de guerre, la façon de soigner, l’utilisation des troupes coloniales, les difficultés de ravataillement, la place de la religion, les camps de prisonniers, le financement, les prolongements de la guerre dans les conflits actuels.

C’est un passé terriblement proche puisque lorsque l’histoire « remet le couvert » en 1939, ce sont les mêmes uniformes que l’on trouve au début du conflit. Le costume du zouave, c’était celui de mon père lorsqu’il s’est engagé en 1939, au Maroc …

Musée grnade guerre 019Musée grnade guerre 020

Musée grnade guerre 024Un musée vivant, intéressant, bien expliqué, qui rend un soupçon de vérité palpable…Un soupçon seulement car rien ne peut rendre tangible la boue des champs de bataille, où toute végétation a disparu, constellée des tâches noires de la poudre et mêlée des restes de cadavres que personne ne peut aller relever. Mais de quoi nous faire toucher du doigt la chance que nous avons, nous et nos enfants, en Europe, de jouir de la paix.

Musée de la Grande Guerre en pays de Meaux, route de Varreddes (77100 MEAUX), ouvert de 10h à 17h30 sauf le mardi. 10€, pour une famille avec 2 enfants de moins de 18 ans : 25€, gratuit pour les moins de 8 ans.

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16 novembre 2011

Metronome illustré, par Lorànt Deutsch

metronomeJe me méfie souvent des best-sellers auto-proclamés. Cependant, cet été , j’avais feuilleté le livre de Lorànt Deutsch dont Anne-Christine me disait le plus grand bien. J’y avais lu avec intérêt le chapitre relatif à mon quartier de Notre-Dame des Champs. Et voilà qu’un ami m’offre le « Métronome illustré » pour mon anniversaire. Merci encore à G. ! L'idée de retracer l'évolution de la capitale à partir (et c'est bien le cas de le dire) des stations de métro est judicieuse ....aujourd'hui, tout est accessible à celui qui a envie d'accroitre sa culture générale !

Car l’ouvrage est des plus intéressants avec sa riche documentation photographique et iconographique. Moi qui adore me promener à pied avec Claude dans les rues de Paris, je vais maintenant regarder attentivement certains points de la capitale avant de partir …Les anecdotes, les références, les idées de balades sont innombrables. C’est clair, facile à lire, permet d’améliorer ses connaissances. Tout pour me plaire.

Seul bémol : Lorànt Deutsch fait part de ses préférences sur l’architecture moderne, qui  ne correspondent pas forcément avec les miennes, et je ne trouve pas les illustrations des chapitres bien opportunes. Sous ces réserves, c’est un livre à recommander à tous les amoureux de Paris, et aux jeunes en particulier. Pour ma part, j’ai noté un certain nombre de sites où je me rendrai certainement pour voir directement les vestiges de l’histoire gravé dans les pierres.

Métronome illustré, par Lorànt Deutsch, chez Michel Lafon, 238 p.

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15 novembre 2011

Splendeurs et secrets de l'Hôtel particulier parisien, exposition à la Cité de l'Architecture

maraisÉlément constitutif de la personnalité architecturale de Paris, l’hôtel particulier sis entre cour et jardin raconte une histoire de la capitale, à travers son évolution, du moyen-âge au XXème siècle.

LambertFrançois Mansart, Louis Le Vau, Pierre Le Muet, Claude-Nicolas Ledoux, Robert de Cotte ou Alexandre-Théodore Brongniart sont associés à ces chefs d'œuvre de l’architecture d’habitat.

D’abord relativement simples et construites sur le même plan, les bâtisses se complexifient et s'adaptent aussi bien aux évolutions des goûts qu’à la difficulté de construire dans une ville aussi dense que Paris.

ledouxOn peut citer l'exemple de Lambert (ici à droite) qui, en 1639, demande au jeune Louis Le Vau de bâtir un hôtel sur l’étroite parcelle qu’il possède sur l'Île Saint-Louis. La commande relève du défi : le terrain, trop peu profond pour accueillir la traditionnelle enfilade cour-bâtiment-jardin, oblige l’architecte à repenser le modèle-type de l’hôtel particulier. Il crée alors une demeure dont les bâtiments encadrent la cour et dont une aile se prolonge jusqu’au bord de la Seine et s’ouvre sur le premier balcon parisien dominant le fleuve.

thélussonUn siècle plus tard, la riche veuve Girardot de Vermenoux fait édifier par Claude-Nicolas Ledoux un hôtel dont la forme audacieuse rompt avec les habitudes parisiennes. Derrière un arc de triomphe à demi enterré s’élève un bâtiment dont le corps central semi-circulaire est entouré d’une colonnade, si bien que l’ensemble semble plus proche du temple que de la maison bourgeoise. Entre portail et hôtel, une grotte souterraine, un lac … D’ailleurs, l’architecture de l’hôtel Thélusson est si originale que les Parisiens se pressent bientôt pour le visiter, grâce un système de billetterie. Ce bâtiment extraordinaire sera démoli seulement cinquante ans après son édification, le style neo-classique évoquant par trop les excès révolutionnaires.

palaisroseQue dire encore du Palais Rose (à gauche) construit au n°50 de l’avenue du Bois (avenue Foch) pour Boni de Castellane après son mariage avec la riche héritière américaine Anna Gould, dont il disait « Elle est belle, vue de dot ! ». Un pastiche du Petit-Trianon surélevé d'un étage, revêtu de marbres polychromes, doté d’un escalier de parade propre à célébrer les plus belles réceptions de Paris. L’immeuble sera démoli en 1967 ….

L’exposition est superbe : on parcourt les différents espaces classiques d’un hôtel virtuel : la cour pavée, le vestibule avec son escalier, l’antichambre, le salon, la chambre …

On imagine ces décorations luxueuses, grâce aux plans détaillés publiés dans des recueils de modèles, qui se transformeront au XIXème siècle, en plans d’appartements bourgeois à l'heure de l'expansion haussmannienne.

particulier2Ainsi au fil des siècles, Paris se couvre de demeures d’apparat, faites pour exprimer le rang social, la noblesse ou la situation professionnelle de financiers fortunés. On dit que la capitale en comptait environ 2000 …L’Hôtel particulier est donc une spécificité parisienne. Nulle part ailleurs en Europe on ne connait le même concept.

Cependant, la croissance de la ville conduit aussi à faire disparaître certains édifices soit parce qu’ils sont tombés en deshérence, soit pour percer de nouvelles voies, soit simplement pour satisfaire la spéculation immobilière. En sortant de l’exposition, on passe devant une série d’agrandissements photographiques émouvants ayant saisi, avant ou pendant leur anéantissement, une série d’hôtels dont certains étaient de purs joyaux.

chevaux apollonCe trésor architectural protéïforme est relativement concentré dans certains quartiers : le Marais, les faubourgs Saint-Germain et Saint-Honoré, le quartier de la Nouvelle Athènes, les Champs-Elysées …Les lieux où il faut être changent de localisation avec la mode et l’expansion de la cité.

Et il reste aujourd’hui des escaliers, des portails, des ferronneries, des boiseries soigneusement démontées et remontées…et des bas-reliefs splendides comme la porte des Ecuries de l’hôtel de Rohan, représentant les chevaux d’Apollon s’abreuvant, par Robert Le Lorrain ….

Exposition à la Cité de l’architecture et du patrimoine jusqu'au 19 février 2012. Palais de Chaillot, Paris, Entrée 7€. fermé le mardi.

 

 


 

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25 octobre 2011

Bonaguil : nouvelle visite, nouvelles découvertes ...

bonaguil012

003Nous avions promis à nos jeunes pensionnaires des visites culturelles : celle du majestueux château de Bonaguil (ici restitué virtuellement) fut passionnante - pour nous en tous cas !

Il est toujours intéressant de revenir dans d'un site déjà archi-connu comme cet extraordinaire specimen de l'architecture militaire du XVIème siècle, car la recherche historique avançant, des interprêtations erronées deviennent caduques.

carte du châteauC'est ce qui se passe pour ce château dont Béranger de Roquefeuil (1448 - 1530) fit un site inexpugnable. Et d'ailleurs inexpugné car il ne défend rien. Ce château, c'est un geste symbolique; un manifeste de la noblesse d'un seigneur richissime, qui vécut très longtemps et eut 11 enfants, et fut choyé par un roi dont la gentillesse n'était pas le trait de caractère le plus évident : Louis XI !

Car Bérenger de Roquefeuil, passionné d'artillerie, mauvais caractère mais entreprenant avait choisi Bonaguil pour sa situation centrale au milieu de ses multiples baronnies allant de Beaucaire à Bazas, incluant, pour notre région proche Villeréal, Castelnau-Montratier, Blanquefort sur Briolance. Et c'est grâce à Louis XI qu'il détenant son immense fortune. Son père et ses deux frères aînés avaient choisi le parti de la Ligue et les Armagnacs contre Louis XI, le roi deshérita ses deux frères à son profit. En 1477, il épouse Anne du Tournel, dame d'atours de la reine. On vient de mettre à jour leur contrat de mariage qui donne un nouvel éclairage sur ce seigneur moins fantasque et moins techniquement dépassé qu'on en l'a dit, et surtout fidèle à son roi.

031Ce chateau, avec 6 tours, 7 ponts-levis, une surface correspondant à 25% de celle de la Cité de Carcassonne, une casemate, une grotte, des canonnières....représente tout ce que la science des armes à feu permet à une époque où, malheureusement, la technologie guerrière va plus vite que la construction du gros-oeuvre d'un château fort (même rapide comme ici en 16 années). Car au moment où l'on construit Bonaguil, il faut se remémorer que Michel-Ange décore la Chapelle Sixtine ...Bonaguil se situe sur le mauvais côté de la charnière entre Moyen-âge et Renaissance.

024Bonaguil sera le dernier château féodal construit en Europe. Les suivants seront des résidences de plaisance, comme Chambord et les châteaux de la Loire. Pour autant, comme notre guide nous l'a expliqué, le château était confortable, ses fenêtres étaient vitrées, son mobilier riche. Il sera transformé en 1761 par Marguerite de Fumel, sa nouvelle propriétaire, qui y aménagea des jardins à la française ...

029Enfin, il est intéressant de retrouver ce qu'Eugène Viollet-Le Duc en pense dans son Dictionnaire raisonné de l'architecture du XIème au XVIème siècle (1856) :

"On voit qu'ici, comme dans les anciens châteaux féodaux, toutes les précautions les plus minutieuses étaient prises pour masquer les entrées et les rendre d'un accès difficile. Par le fait, il n'y a qu'une seule entrée, les détours que nous venons de décrire ne pouvant être pratiqués que par les familiers du château et pour faire des sorties lorsque besoin était. Mais des dispositions, toutes nouvelles alors, viennent modifier l'ancien système défensif; d'abord l'ouvrage avancé O avec la plate-forme M donnent des saillants considérables, qui battent les dehors au loin, et flanquent le château du côté où il est accessible de plain-pied; puis au ras de la contrescarpe des fossés, au niveau de la crête des murs de contre-garde, des embrasures pour du canon sont percées à rez-de-chaussée dans les courtines et les étages inférieurs des tours; les tours sont à peine engagées, pour mieux flanquer les courtines. Si l'on en juge par l'ouverture des portes qui donnent entrée dans les tours, les pièces mises ainsi en batterie à rez-de-chaussée ne pouvaient être d'un gros calibre. Quant aux couronnements, ils sont munis de chemins de ronde saillants avec machicoulis et créneaux ; mais les consoles portant les parapets de la grosse tour cylindrique ne sont plus de simples corbeaux de 0,30 c. à 0,40 c. d'épaisseur; ce sont de gros encorbellements, des pyramides posées sur la pointe, qui résistaient mieux au boulet que les supports des premiers machicoulis. Les merlons des parapets sont percés de meurtrières qui indiquent évidemment, par leur disposition, l'emploi d'armes à feu de mains."

Jean-Baptiste et Pierre-Alexandre ont écouté le guide avec beaucoup d'attention, et sont montés deux fois au plus haut du donjon...Nous les avons laissés faire !

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19 octobre 2011

Que faire à Dax quand il pleut ?

mercureVisiter le musée Borda, par exemple. Pas de quoi s'extasier, l'exposition sur le Dax antique est fort bien présentée mais très rapide. En revanche, il faut s'y pointer à 15h 30 pour aller voir ce qui se passe sous les maisons...Avec un guide.

A Dax, dès que vous creusez un peu, vous trouvez soit de l'eau chaude à haute pression (62° pour ce qui concerne la source de la Néhe), du sel, ou plus fréquemment encore : des vestiges romains. Ce qui peut s'avérer très dommageable pour un chantier, car il faut dégager les vestiges par des fouilles.

contrefortssemicircuairesC'est ce qui s'est produit en 1978 quand on a voulu construire en centre ville, rue Cazade, un immeuble de logements sociaux. En creusant, on a retrouvé les fondations d'une immense construction rectangulaire, contruite le long de l'antique décumanus.

Ce qui intriga les archéologues, ce furent d'importants murs en arc de cercle, comme un immense feston, qu'ils prirent d'abord pour des baignoires. Mais, après en avoir évidé le contenu entièrement, ils ne retrouvèrent ni trace de l'enduit rendant les cuves étanches, ni surtout aucun tuyau d'appovisionnement ou d'évacuation de l'eau. On conclut donc qu'il s'agissait d'un temple construit en bordure de forum, et ces arcs étaient des contreforts horizontaux.

cryptevueaerienneEt puis un chercheur vint très récemment et délivra une autre hypothèse, aujourd'hui la plus vraisemblable : non pas un temple, mais une basilique, un bâtiment civil rectangulaire destiné à accueillir des réunions publiques, en particulier pour rendre la justice, flanqué de deux annexes et entouré de portiques abritant des boutiques...

Les arcs de cercle sont effectivement destinés à soutenir le mur en contrepoussée de la rue remblayée au cours des siècles.

En tous cas, une fois les fouilles préservées, on a construit les logements au-dessus (ici à gauche, la vue aérienne du chantier avant la construction de l'immeuble), et c'est comme ça qu'on est tout surpris d'avoir l'impression de rentrer dans un garage alors qu'en quelques mètres sous terre, on se retouve dans les sous-sols d'un bâtiment romain.

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13 octobre 2011

Fontainebleau secret ...jardins, chevaux et théâtre

Fontainebleau 005En janvier dernier, nous étions venus au château pour en admirer les salons et en particulier la Salle de bal et la galerie de François 1er.

Fontainebleau 006Aujourd'hui, en compagnie des spécialistes en charge de la restauration, Vincent Droguet, conservateur au musée national et Patrick Ponsot, architecte en chef du Palais de Fontainebleau, nous avons découvert des aspects étonnants de ce palais où les rois de France, puis les empereurs et même certains Présidents de la IIIème République à la "dérive" monarchique, ont laissé leur marque.

C'est fou ce que l'on voit mille choses sinon imperceptibles lorsqu'une personne compétente vous montre où il faut regarder ...

L'histoire des jardins et des constructions évoque toutefois un festival d'utilisations peu cohérentes - et le plus souvent laxistes - des finances publiques. Avec des décisions contradictoires lourdes de conséquences. Comme quoi, l'ajustement des recettes aux dépenses de l'Etat ne date pas des trente dernières années. Quelques exemples :

Fontainebleau 011Fontainebleau 010Louis XV fait construire par Gabriel l'aile sud mais manque de moyens : les clefs de voûte sont juste pannelées ainsi que les frontons. Aucune sculpture, ce qui donne aujourd'hui un aspect tout à fait moderne à cette façade.

Louis XVI fait bâtir des écuries pour abriter plus de 1000 chevaux, mais la Révolution rend l'investissement inutile.

Napoléon Ier décide de loger dans le palais de Fontainebleau l'Ecole Militaire. A peine quelques années après, il la fait déménager (à Saint-Cyr) car la coexistence élèves-officiers avec les courtisans n'est pas possible. Pourtant, le château n'est utilisé que quelques semaines par an....

Fontainebleau 024Il reste l'immense manège de Sénarmont, construit en 1807, aux dimensions olympiques (60m x 20) et à la superbe  charpente en carène renversée en bois "lamellé-collé" et entièrement chevillé qui nous fait penser aux contructions vues dans les abbayes cisterciennes.

Fontainebleau 021Le plus joli exemple : le ravissant théâtre à l'italienne commandé par Napoléon III, inauguré en 1857 et réalisé par l’architecte Hector Lefuel. La salle ovale à l'acoustique parfaite est aménagée à l’emplacement d’appartements destinés à loger la cour, logée dans l'étroitesse de cette aile Louis XV construite par Gabriel, merveilleux écrin de soie et de fleurs n'ayant pratiquement jamais servi.

Il y reste au parterre les banquettes d'époque, aptes à accueillir les plus vastes crinolines, les draperies, les dispositifs scéniques - et qui demeure tel qu'on l'a fermé en 1870 - mais réouvert de façon sporadique - et paradoxale en 1936 pendant le Front Polpulaire - , avec sa réserve de décors entassés à même la scène, dont certains remontent au XVIIIème siècle.

Fontainebleau 023

Fontainebleau 033Fontainebleau 032

Grâce à un mécénat en provenance d'Abu Dhabi, on espère le montrer à nouveau au public au début de 2014.

Merci à l'Association "L"Ecole Militaire, lieu de mémoire" et à son Président Claude Trabuc pour nous avoir permis de suivre cette visite, dans le cadre de pélerinages vers les sites où se sont illustrés les GABRIEL, géniale dynastie d'architectes.

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20 septembre 2011

L'Entrepôt Lainé, Bordeaux

Je continue, dans ma tête, à arpenter Bordeaux ….

Bordeaux jour 1 029Cet édifice abrite aujourd’hui les collections permanentes et les installations temporaires thématiques du musée d’art contemporain, le MOMA de Bordeaux en quelque sorte. Placé  presque sur le quai des Chartrons et à deux pas du port, il répondait à la nécessité  pour les négociants, de pouvoir garantir leurs prêts sur les marchandises juste débarquées ou en partance, placées sous la sauvegarde des Douanes et de la Chambre de Commerce.  Il a été construit sur l’emplacement du Château-Trompette détruit au début du 19° siècle.

Bordeaux jour 1 033C’est son architecture intérieure qui coupe le souffle, par sa rigueur, son efficacité, sa beauté formelle. Encore un exemple d’architecture pré-industrielle magistralement réhabilitée avec respect par l’équipe Valode et Pistre.

L’"Entrepôt Réel des denrées Coloniales", appelé aussi "Entrepôt Lainé", fut édifié entre 1822 et 1824 par l'ingénieur des Ponts et Chaussées Claude Deschamps qui venait d'achever la réalisation du Pont de pierre de la ville (encore une prouesse technologique pour l’époque étant donné ses dimensions). Joseph Louis Joachim Lainé, parlementaire, ministre d’Etat de Louis XVIII apporte son aide au lancement des travaux.

Bordeaux jour 1 035L'architecture est faite de pierre de Bourg-sur-Gironde, de briques d’argile et de pins d’Orégon. Deschamps a édifié un bâtiment utilitaire, fonctionnel, où rien ne vient dissimuler les matériaux de la construction. S’il est dommage que sa façade principale soit "obstruée" par le bâtiment actuel très "IIIème République", de la Chambre de Commerce, on oublie vite cet enclavement dès qu’on pénètre sous les voûtes.

Bordeaux jour 1 031On se retrouve transporté, comme à Lisbonne dans les Arsenaux, dans un espace à l’atmosphère feutrée, presque religieuse, aidés en cela par les arcs en plein cintre, comme dans une gigantesque église pré-romane. J'ai adoré aussi le vernis des carreaux de terre cuite des paliers et l'élégance des escaliers d'accès aux mezzanines.

 

Bordeaux jour 1 034Du grand art intemporel. Un cadre d'exception, un peu froid cependant pour des installations pas toujours limpides ....On n'atteint pas la dynamique de la Tate Modern de Londres, même avec beaucoup d'imagination. Ici, c'est le cadre qui retient l'attention, par son dépouillement même.

L'Entrepôt, parfaitement adapté à sa fonction de stockage par sa hauteur et ses vastes espaces sans piliers, abritait autrefois les marchandises exotiques dont le port faisait commerce et fut investi, dans les années 1970, par des associations culturelles, parmi lesquelles le capc (centre d'arts plastiques contemporain) devenu musée en 1984. Il abrite également "arc en rêve", centre d'architecture.

CAPC, Musée d'Art contemporain de Bordeaux, 7 rue Ferrière, ouvert tous les jours sauf le lundi.

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19 septembre 2011

Quartiers modernes Frugès à Pessac par Le Corbusier

Bordeaux jour 1 004Il était une fois un  industriel mécène et artiste lui-même, Henry Frugès, qui, ayant fait fortune dans le sucre, s’intéressa si bien aux écrits d’un jeune architecte suisse « Vers une architecture, 1923 » qu’il lui confia plusieurs projets.

C’est ainsi que Le Corbusier et son cousin et associé Pierre Jeanneret ont la possibilité de réaliser en vraie grandeur en 1923 les « cinq points » d’une architecture nouvelle : pilotis, toit-jardin, plan libre, fenêtre en longueur, façade libre.

Bordeaux jour 1 022Le terrain choisi est une grande parcelle située à Pessac, entre un bois de pin, une voie ferrée et à proximité d’une aciérie.

Bordeaux jour 1 023Le plan-masse prévoit 135 maisons de types différents, répartis en quatre secteurs avec une place centrale dotée d’un fronton de pelote basque et de commerces de proximité.

Le propos est de permettre à des familles modestes d’accéder à la propriété dans un habitat moderne, équipé de salles de bains, chauffage central et eau chaude, équipements de servitude comme un « chai » ou débarras, garage, buanderie, terrasses accessibles dégageant l’espace au sol, et un jardin potager comme dans les cités-jardins de Grande Bretagne.

Bordeaux jour 1 014Grace à la standardisation de la construction : un module unique de poutre en béton armé de 5 mètres, on pourra diminuer les coûts, tout en assurant la diversité des modules.

Bordeaux jour 1 019Avec une cellule de base de 5m, plusieurs types de maisons sont construites : les maisons isolées (70m² habitables), la maison « Quinconces » posée en bandes en inversant le plan, avec pergola et terrasse en retrait à l’étage (80m²), la maison « Arcade » avec son patio sous voile de béton très mince protégeant l’espace en une douce voûte, La maison "Zig-Zag", où l'on retrouve le même plan que la maison "quinconces" mais disposée à angle droit et qui forme les têtes de voies, et le type « Gratte-ciel » avec deux logements accolés (110m²) en triplex.

Bordeaux jour 1 009Autre caractéristique : l’emploi de couleurs soulignant ou effaçant les volumes des façades : bleu ciel, blanc, terre de Sienne brûlée ou naturelle, vert tendre. Un principe de polychromie des façades qui sera repris par la suite dans toute l'oeuvre de Le Corbusier.

Las, la crise économique va bouleverser ces projets mirifiques. 51 maisons seront construites. Les dévaluations successives du franc multiplient par 4 le coût de la construction, les entreprises locales s’avèrent incapables de mettre en œuvre les techniques de construction.

Bordeaux jour 1 024Il faut remplacer le béton projeté par des parpaings, les édiles locaux s’insurgent de voir mis à la disposition d’ouvriers Bordeaux jour 1 001des logements aussi luxueux et, face à l'arrogance de Le Corbusier qui, sûr de son fait, ne respecte pas les procédures administratives et s'attire leur hostilité,  retardent pendant près de 3 ans les raccordements à l’eau et à l’électricité.

Les maisons ne se vendent pas, elles vont rester vides jusqu’en 1928, puis occupées progressivement grâce à un amendement à la loi Loucheur.

Chaque propriétaire va dès lors s’efforcer d’adapter son logement à ses possibilités et à ses gouts : qui modifiera la pente des toitures, ou carrément la façade – mais parfois dans le plus pur style Art déco du moment – ajoutera des éléments de décoration aux façades, changera la destination des pièces – en particulier les garages…

Bordeaux jour 1 013Que reste-t-il aujourd’hui ?

Les érables rouges ont poussé, le calme est omniprésent, malgré le TGV d’Arcachon qui passe au fond de la parcelle, plusieurs maisons ont été restaurées dans leur état d’origine ou rachetées par la municipalité et un bailleur social, certaines sont à vendre – comme cette maison isolée refaite à neuf  à 235 000 €).

Petit à petit les résidents s’efforcent de respecter les principes de ce secteur classé comme Zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager.

Bordeaux jour 1 016Cette visite, pleine d’émotion, m’a fait souvenir de celles de cités ouvrières tout aussi emblématiques mais pas aussi novatrices comme Siemensstadt à Berlin, ou le Karl-Marx-Hof de Vienne.

J’ignorais jusqu’il y a peu que de telles réalisations novatrices avaient existé si tôt en France. Et aujourd’hui encore, on reste étonné de tant de clairvoyance.

Bordeaux jour 1 015

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25 juin 2011

Mont-de-Marsan, la ville aux trois rivières

 

Mont_de_Marsan_013Claude avait un rendez-vous professionnel à Mont-de-Marsan, la ville natale de son père. Il ne faut pas rester cantonné à la route qui traverse la ville pour en apprécier les beautés tranquilles, mais descendre vers sa rivière pour comprendre. Son charme est bien caché...

Mont_de_Marsan_010Nous en avons profité pour faire une visite à l’Etat-civil, histoire de renouveler l’émotion de pouvoir lire en direct l’extrait de naissance de son père, Henri, né en 1912. Et de découvrir l’adresse où habitaient alors ses grands-parents, 6 quai Silguy (l'image est ci-dessous).

Mont_de_Marsan_017Chalosse_002

Nous y sommes allés à pied, traversant la Midouze.

Mont_de_Marsan_021Mont-de-Marsan est une petite ville établie au confluent du Midou  et de la Douze qui, ensemble, forment la Midouze avant d’aller se jetter dans l’Adour. La maison est intacte, elle abrite aujourd’hui une avocate. Nous avions quelques jours plus tôt retrouvé le siège de la maison de commerce du grand-père, non loin de la gare, avenue  Sadi Carnot, n°11 (à droite).

Mont_de_Marsan_023Ici, devant la rivière, juste au-dessus de la barthe, un air de calme pastoral. Avec en arrière fond sonore, les clapotis de la rivière qui descend comme un torrent, non sans être dotée d’un ascenseur à saumons.

Mont_de_Marsan_020Pourtant, très proche, un bien étrange édifice néo-classique : la rotonde de la Vignotte. C’est Napoléon qui a fait don du terrain à la Société d’Agriculture de Mont-de-Marsan lors d’une visite datée de 1808. La société savante décidé d’y faire construire ce bâtiment doté d'une courte colonnade, ressemblant de très loin à un temple romain, dédié à l’agriculture, au commerce et aux arts, dont le projet fut confié à l’architecte David-François Panay (1752 – 1822), architecte de la Préfecture des Landes et adepte de Claude-Nicolas Ledoux. Faute de crédits suffisants, l’édifice demeura cependant inachevé ; il semble muré aujourd’hui dans le silence d’un jardin impénétrable …C’est dommage, et tellement romantique !

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