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13 février 2012

Akseli Gallén-Kallela, une passion finlandaise

avec SibeliusperdueC’est la première fois qu’on présente le peintre Akseli Gallén-Kallela en France, alors qu’il est LE grand peintre finnois. Il étudia cependant en France où il fut élève de l'Académie Julian, puis à l’atelier de Fernand Courmon dans les années 1880. Il peint Paris avec justesse, avec toujours un fulgurant éclat de lumière. Il me fait penser, cependant en plus sombre, au peintre espagnol Joaquin Sorolla, son contemporain.

Il  eut un grand succès à l'Exposition universelle de 1900 avec les fresques du pavillon finlandais sur des thèmes tirés de l'épopée du Kalevala, exposa de nouveau à Paris en 1908 avant de s'embarquer pour l'Afrique d'où il ramena une série flamboyante de peintures et aquarelles.

combat sampoVoici donc encore un peintre actif au tournant du XXème siècle dont nous n’avions jamais entendu parler, comme Cross. On apprend à tout âge, c’est ça qui fait qu’on ne se sent pas du tout vieillir.  Et encore une bonne raison de venir au musée d’Orsay puisque cette très riche exposition est située au 5ème niveau, juste après la merveilleuse allée des Impressionnistes.

forge du KalevalaGallén brosse des portraits saisissants de réalisme, mais toujours pleins de sensibilité. Des familles bourgeoises figées dans leur mode de vie, mais dont on dirait bien qu’ils vont s’adresser à vous, des scènes intimes où le rougeoiement du feu, toujours proche, irradie les faces des personnages. Et, aussi, le portrait de sa jeune épouse auréolée de ses cheveux blonds …

gallenkallelaDans les années 1893-94, Gallèn se tourne vers le symbolisme. Ad Astra évoque le thème de la résurrection. Dans Symposium, deux hommes assis fixent une apparition étrange. L’un d’eux est Jean Sibélius. Et puis l’on découvre la grande épopée populaire des chants finlandais avec l’incroyable aventure du Kalevala, équivalent de l’Illiade, de l’Odyssée ou du Ramayana. L’épopée fut écrite en 1835 par Elias Lönnrot à partir de poèmes finnois chantés. La sombre histoire d’un outil étrange (le sampo, un moulin ?) forgé, conquis, volé, brisé, qui apporte – même en morceaux – la prospérité au pays qui le détient.

Une dernière mention pour les belles fresques du mausolée Juselius, qui parlent d’enfance et de mort. En revanche, je suis moins enthousiaste sur les tableaux peints en Afrique. S

 

Akseli Gallen-Kallela, une passion finlandaise, au Musée d'Orsay du 7 février au 6 mai 2012.

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11 février 2012

Un triple A pour le Musée d'Orsay

Orsay ou CabretP1040415Très discrètement, sans fermer une seule journée, le Musée d’Orsay a rénové 40% de sa surface et déplacé 1000 des œuvres exposées.*

balconmanet

 

 

 

 

 

 

 

La présentation d’origine, depuis 25 ans, devenait sans doute un peu trop complexe, et puis rien ne vaut un œil neuf pour découvrir des tableaux nouveaux qui en fait ne le sont pas.

Ce qui est intéressant, dans la nouvelle façon d’exposer les œuvres, c’est le parti-pris de simplicité et de cohérence.

Comme s’il s’agissait d’une merveilleuse exposition temporaire, on vous mène pas à pas à la rencontre de l’art pictural du XIX eme siècle, où, pour une fois, la France donnait le "la" au monde entier.

autoportrait VangoghEt on la voit de près, cette peinture aux couleurs chatoyantes, aux chairs douces, joyeusement offertes, ces portraits qui vous dardent de leur regard profond ou complètement perdu comme cette fille devant son verre d'absinthe (E. Degas).

joyeusetésGauguinAu rez-de-chaussée, pas de changement notable sous la grande verrière consacrée à la statuaire ; on parcourt rapidement les « pompiers », les orientalistes, les abonnés du Salon et les peintres officiels. Gustave Courbet a droit, et c’est légitime, à un grand espace qui lui est spécialement dédié autour d’Un enterrement à Ornans, dont je comprends enfin le caractère révolutionnaire d’une scène triviale traitée comme une peinture de bataille …

P1040403Et puis, on s’engouffre tout au fond du hall, presque derrière le rideau de scène de couleur rouge « Cahors », et on grimpe tout en haut des escaliers roulants jusqu’au 5ème niveau. Et là, c’est l’émerveillement en continu. On mesure mieux le choc que représenta la première exposition « Impressionniste » de 1874. Ils sont là, rassemblés autour du Déjeuner sur l’herbe, les Renoir, Manet, Monet, Degas, Gustave Caillebotte (Ah, Les raboteurs de parquet ….) Cézanne déjà, Fantin-Latour et ses portraits de groupe.

absintheP1040414

P1040402P1040416

Il a suffi aux architectes de découvrir la toiture de ce comble pour obtenir cette douce lumière zénithale, un espace aux murs unis de gris, des œuvres pas trop tassées, à hauteur de lecture, avec assez de place pour prendre le recul nécessaire. Les salles sont classées par univers : paysages, portraits, etc ...

YoshiokaIl faut aussi remarquer de somptueux bancs en cristal, transparents comme de l’eau frémissante. Ils sont signés Tokujin Yoshioka, ont coûté une fortune et ont été offerts par des mécènes japonais. Leur toucher est délicieux ….

P1040399

baigneusesP1040413C’est certain, il faut plus d’une journée pour tout voir, mais une halte au restaurant de l’ancien hôtel de la gare vous permettra de reprendre des forces. Le décor pompier a été scrupuleusement conservé. Je me suis laissée séduire par le plafond …

Ensuite, visite des salles du 2ème niveau consacrées aux post-impressionnistes : Gauguin, Van  Gogh , Seurat, Signac, Cross (tiens, tiens..), les Nabis (j’adore Félix Vallotton et Bonnard).

Bref, une après-midi de bonheur, comme si nous découvrions un musée inconnu, avec à chaque instant un cri d’étonnement : « - Ah ! Elle est ici, cette toile, j’avais oublié ! »

Il paraît que la moitié des frais de cette restauration réussie a été couverte par une grande tournée mondiale des chefs d’œuvre du Musée. Comme quoi, la culture, patrimoine national, ça peut rapporter gros !

*Merci à Jean-Michel Wilmotte !

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24 janvier 2012

Expressionnismus & expressionnismi, der Blaue Reiter vs die Brücke, exposition à la Pinacothèque

afficheexpressionnisteskandinsky chevaliersDeux mouvements se distinguent en Allemagne dans le premier tiers du XXème siècle : der Blaue Reiter fondé à Dresde en 1905 puis installé à Berlin par Ernst Ludwig Kirchner, Erich Heckel, Emil Nolde et Karl Schmid-Rottluff, pour lesquels l’art est une création émotionnelle, et die Brücke, qui développe une approche théorique, spirituelle de l’oeuvre d’art, héritière du concept d’ « œuvre d’art totale ». Ce mouvement nait à Munich (à Murnau) en 1911 à l’initiative du peintre russe Wassily Kandinsky (2 et 4) et de Franz Marc.

 

jawlenskyCes deux écoles marquent également l’opposition séculaire entre Allemagne du nord et du sud, Prusse et Bavière. Cependant, l’histoire les a rassemblés sous le vocable général d’expressionnistes, en opposition frontale avec la manière des impressionnistes.

Kandinsky

Grands à-plats de couleurs violentes, contrastes, sujets scabreux et refus de l’abstraction sauf chez Kandinsky dont les tons très doux et le mouvement tourbillonnant le distinguent bientôt de ses acolytes.

expressionnistes1

 

 

Ce parti-pris d’avant-garde fera classer ces artistes parmi les « dégénérés » par  les Nazis qui qualifieront leur production d’ « entartete Kunst » et les chasseront de leurs enseignements. A considérer à part, toutefois, le cas d'Emil Nolde, qui fut, lui, un certain temps en accord avec le régime avant d'en être banni.

Emil Nolde

On montre quelques tableaux de lui, plus "léchés" comme cette branche de fleurs ....

nu sur l'oreillerL’exposition de la Pinacothèque présente pour la première fois les œuvres de ces artistes selon les thèmes traités – paysages, corps féminin, animaux, natures mortes, etc – ce qui a pour effet de mettre en valeur les correspondances plus que les oppositions entre tenants de Blaue Reiter et de die Brücke.

expo expressionnistesEt nous fait aussi connaître d’autres artistes, en particulier des femmes : aux côtés d’Alexi von Jawlensky (3), August Macke, Max Pechstein (5), on trouve Gabriele Münter (9) et Marianne von Werefkin (10). Une nouvelle leçon d’histoire de l’art européen.  

Très complémentaire de la rétrospective Cross vue dimanche !

livre sur l'expressionnisme Münter les murs blancs m

Pour aller plus loin, je me suis replongée dans le catalogue (en français) de la collection Buchheim, splendide musée au lac de Starnberg (8).

Exposition jusqu’au 11 mars, à la Pinacothèque de Paris, rue de Sèze, ouvert tous les jours à partir de 10h 30, 10€.

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11 novembre 2011

Cezanne et Paris, exposition au Musée du Luxembourg

toits de ParisLe musée du Luxembourg a rouvert ses portes le 12 octobre dernier sur une exposition tout à fait passionnante : Cézanne et Paris.

On notera la nuance dans ce titre : c’est de la relation du peintre à la capitale et non de son œuvre exécutée dans la ville qu’il s’agit.

Car Cézanne, à la suite de son ami de collège Zola, « monte » à Paris en avril 1861 pour y étudier – en particulier au Louvre – se faire connaître en tentant en vain de faire admettre ses toiles au sacro-saint Salon, temple de l’académisme et de la pensée picturale « correcte », puis rencontrer des collectionneurs (son premier est Victor Choquet, un fonctionnaire des Douanes), souvent les peintres qui sont ses amis (Manet, Guillaumin, Pissarro), puis ses marchands, avec en particulier Ambroise Vollard.

Paris, capitale des arts, est la ville qui compte, même s’il se dépêche de retourner souvent à Aix. Et puis, Cézanne apprécie de pouvoir s’échapper, grâce au chemin de fer, dans la région : en Seine et Marne, à Pontoise, en Normandie…  Il va sur le motif, structure ses dessins, peaufine ses couleurs, travaille sur la lumière.

pendule noirePeu de toiles sont peintes avec Paris pour décor. Seulement une vue des toits, une rue de Montmartre, les quais de Bercy. Mais aussi de sublimes portraits : sa compagne cousant, ou hiératique dans un fauteuil de velours rouge et portant une jupe rayée. Toujours devant un papier-peint ocre à losanges verts. Des natures mortes aussi comme cette extraordinaire serviette d’un blanc éclatant, devant la pendule noire. La vraie pendule est là, elle aussi …

mmeCezanne à la jupe rayéeComme à l’accoutumée, l’exposition ne comporte « que » 80 œuvres majeures. Mais ce sont des toiles que l’on n’a pas ou peu vues, prêtées par des musées ou des collectionneurs particuliers. C’est le choix de l’ensemble qui nous emmène au coeur de la vie de ce peintre qui n’accepta aucun compromis, fut le grand initiateur de l’art moderne, faisait semblant de se montrer grossier, finit par s’éloigner de son ami d’enfance Zola dont il semble ne pas partager l’inclination pour le naturalisme.

ambroise VollardExtraordinaire enfin de parcourir les années et de constater qu’entre 1861 et 1906, le style de l’artiste reste empreint de la même rigueur, du même mouvement. Un Cézanne se reconnaît au premier coup d’œil…Grâce à cette exposition, on nous permet d’avoir des visions complètement nouvelles !

pontdemaincyCézanne et Paris, exposition au Musée du Luxembourg, en partenariat avec le Grand et le Petit Palais, avec des prêts exceptionnels du musée d’Orsay. Jusqu’au 26 février. 12€

montmartre

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02 octobre 2011

Maurice Boitel au Musée de Nuits Saint Georges

Voyage_eb_Bourgogne_2_094J'ai toujours une tendresse pour les peintres figuratifs de l'Ecole de Paris, et pour le père d'un de mes condisciples en particulier, Maurice Boitel (1919 - 2997).

Voyage_eb_Bourgogne_2_101

Partout où il réside, Maurice Boitel va sur le motif. Avec lui nous voyageons entre Alger et Saint-Mandé, Cadaquès et Nuits Saint georges, en Limousin comme sur la Côte d'Opale. Partout, sincèrité, fraicheur, couleurs authentiques, composition maîtrisée...

Voyage_eb_Bourgogne_2_096Un clacissisme qui tranche avec la mode d'aujourd'hui. Voire dérange ?

Mais le peintre a dans sa manche des atouts incomparables : ses fils, son épouse, ses petits-fils qui, sans relâche, mettent en lumière ses tableaux foisonnants, où l'on sent le souffle du vent et de la mer passer.

 

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Au musée de Nuits Saint Georges jusqu'au 31 octobre.2,35€, gratuit le dimanche. 12, rue Camille Rodier.

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04 août 2011

Paul Delvaux, aux sources de l'oeuvre

A Biarritz, on peut aussi apprécier la belle peinture et se cultiver.

femmescouchéesLe Bellevue offre ses cimaises à une exposition particulièrement bien expliquée des oeuvres de Paul Delvaux (1897 - 1994), conçue par le musée d'Ixelles, ville jumelée avec Biarritz. Le propos est de confronter les manières successives du peintre belge avec les oeuvres des peintres qu'il a rencontrés et qui l'ont influencé.

palaisenruineEt de fait, on passe successivement des paysagistes flamands comme Jean Degreef à Cézanne et des portraitistes comme Renoir, puis Modigliani, mais surtout James Ensor - une découverte pour moi à creuser -  Magritte et de Chirico. Au contact de ces artistes, la peinture de Paul Delvaux s'affirme avec ses thèmes dominants : le corps de la femme, l'Antiquité, les squelettes - mais ils sont drôlement vivants, ces squelettes-là ! - les tramways et les gares... 

femmes etchapeauxFemmefenêtreDelvaux cotoie tous ces mouvements (post-impressionnisme, expressionnisme, surréalisme) sans jamais s'engager totalement. Il reste libre car il ne partage pas en général les opinions politiques de ses camarades. Avec son style reconnaissable entre tous, bien loin de l'image du peintre maudit ....

Une très belle rétrospective, des tableaux largement mis en valeur - pas toujours bien éclairés toutefois - peu de monde, du silence. Des conditions favorables et une visite tout à fait insolite au coeur d'une station balnéaire en pleine saison...insolite, non ?

Paul Delvaux, exposition jusqu'au 2 octobre. Le Bellevue Biarritz, fermé le mardi. 6€

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08 juin 2011

Charlotte Perriand, de la photographie au design

afficheperriandJeu de piste, ou traquenard ?

On se demande à quoi jouent les commissaires de cette exposition, dont le propos liminaire est pourtant alléchant :

"Charlotte Perriand aimait avoir « l’œil en éventail », c’est-à-dire attentif à tout, aux êtres et aux choses, surtout les plus humbles. Son « œil en éventail » devenait régulièrement « œil photographique » pour générer des photos d’avant-garde, elles-mêmes servant à ses très novatrices créations de mobilier.

Voilà ce que le Petit Palais souhaite faire découvrir au public en déployant photos et mobiliers de Charlotte Perriand aussi bien dans la salle d’exposition du rez-de-chaussée, dite Hall Jacqueau, que dans les salles de collections permanentes en résonance, alors, avec les meubles du XVIIIe siècle, les peintures réalistes, les vases grecs…"

portraitperriandRésultat : aucune biographie de l'artiste à l'entrée de l'exposition, des oeuvres dispersées au milieu des collections permanentes d'Arts décoratifs (ce qui n'est pas une mauvaise idée a priori), aucun fil conducteur, ou alors nous ne l'avons pas trouvé. Un mépris de fer du spectateur, ou alors on s'adresse sciemment à une poignée de spécialistes.

breveon342Et c'est bien dommage, car Charlotte Perriand (1903 - 1999) est une artiste majeure du XXème siècle : fille d'un tailleur et d'une couturière, elle devient architecte et commence sa carrière en 1927 auprès de Pierre Jeanneret et de son cousin, Charles-Edouard Le Corbusier.

chaiselongueperriandNombre de ses créations sont d'ailleurs attribuées à ce dernier. Il faut se représenter l'extraordinaire innovation de ces meubles faits de tubes, de métal et de ressorts à cette époque, puisqu'ils continuent aujourd'hui à être réédités. Tout le monde à la maison connaît mon addiction pour le fauteuil cubique à coussins de cuir et structure tubulaire...que j'ai résolu d'acheter pour Noël.

fauteuil_Le_CorbusierExcellente photographe, elle éclaire de sa beauté certaines photographies où elle pose, parfois peu vêtue. C'est une pure, elle milite pour que la forme soit le reflêt de la fonction. Elle fait partie des compagnons de route du parti communiste avec Fernand Léger, entre autres.

biblioth_queElle réalise quelques commandes spectaculaires (fresques-collages photographiques pour l'Exposition de 1937, sur le thème de l'évolution des loisirs et de l'art d'habiter, pour le Salon des Arts ménagers de 1936).

Après son séjour au Japon (1940 à 1942, pas vraiment un moment bien choisi !), ses convictions se précisent. Son style s'affirme. On retrouve sa patte dans l'ameublement de résidences universitaires, d'ambassades, de ministères.

Plus près de nous, à partir de 1967, elle collabore à la conception et à l'aménagement intérieur optimal de la station de montagne des Arcs, conçoit des modules de refuges alpins en kit.

En fait, elle marque son époque d'un style dépouillé et pratique, toujours actuel aujourd'hui. Il n'y a finalement pas que le style scandinave pour caractériser le mobilier populaire contemporain !

tableperriandAlors, malgré les défauts criants de la mise en oeuvre de cette exposition et son manque total de pédagogie, il faut tout de même aller la voir. Dieu merci, le personnel de gardiennage du Petit-Palais est d'une grande courtoisie et vous guide dans les méandres de cet espace muséal mal fichu, où les pépites cotoient quelques horreurs....

Intéressant, les meubles conçus par Charlotte Perriand sont édités aujourd'hui par différentes entreprises comme CASSINA ou DOWNTOWN. Comme en 1927, ils incarnent encore l'avant-garde. Qui dit mieux ,

 

tables_gigognesExposition au Petit Palais - Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris -  jusqu'au 18 septembre, avenue Winston Churchill - 75008 PARIS, tous les jours sauf lundi et jours fériés. 8€

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25 mai 2011

Van Dongen, fauve, anarchiste et mondain

VDmarchandesDe 1895, au début des années Trente, un choix pertinent de 90 oeuvres des différentes étapes parisiennes de la carrière du peintre qui faisait aux femmes de grands yeux charbonneux en amande. Un admirateur des anarchistes, certes, mais pas un peintre maudit. Et ce n'est pas le moindre de ses paradoxes.

VDGuus"Par la couleur, Van Dongen reste l’artificier du fauvisme. Il la régénère lors de ses voyages au Maroc, en Espagne et en Egypte au début des années 1910 où il réinvente l’Orient. Mais Paris reste le sujet principal de sa peinture : Montmartre – il y rencontre Picasso et Derain - au début du siècle, qui le séduit par la verve populaire et la vie de bohème ; Montparnasse, avant et après la guerre de 1914 dont il est l’un des principaux animateurs, mettant en scène une nouvelle femme
à connotation plus érotique. Et enfin, le Paris des « années folles » que Van Dongen qualifie de « période cocktail », où il se consacre exclusivement à la nouvelle élite parisienne : hommes et femmes de lettres, stars du cinéma et de la scène, aujourd’hui oubliés, annonçant avec quarante ans d’avance l’univers des « beautiful people » d’Andy Warhol. La pose est outrée, le costume et l’accessoire théâtralisés révélant le factice de ses personnalités qui n’existent qu’à travers leur rôle."

VDlutteusesVDFernandeOlivierIl n'empêche : ses portraits de grands formats (l'artiste déclare qu'il n'aime pas "les tableaux qu'on emporte sous le bras") - tout comme ses caricatures ou ses affiches - rendent les femmes agressivement belles, outrageusement lascives et aux formes plus que suggestives, avec l'emploi de grands à-plats blancs ou de corps soulignés de vert. On retrouve tour à tour les influences de Turner, Toulouse-Lautrec, Signac, Manet. Mais le style de Van Dongen est unique et constant sur toute la période. On le reconnaît au premier coup d'oeil.

VDde_noaillesSon itinéraire passe par ses ateliers et ses épouses successives : Guus d'abord venue avec lui de Rotterdam, puis la beauté fatale de Jasmy, portraiturée en robe de soirée, royale, enfin Marie-Claire. On passe ainsi de Montmartre à Montparnasse, puis à l'atelier du 5 rue Juliette Lamber, enfin à Monaco.

De tous ces tableaux exposés ici émanant de ce peintre très productif, nous n'en avions encore jamais vu aucun. Mais certains sont particulièrement étonnants : les lutteuses de Tabarin, bras croisés en collants rose, les marchandes d'herbe et d'amour (bien avant Matisse), le nu couché, le tango, la chimère, le manège de cochons, le portrait d'Anna de Noiailles - qui porte sa cravate de la légion d'Honneur autour du cou en tenue de soirée - ou son contraire, celui du Docteur Rappoport en intellectuel fatigué. Celui de Fernande, la compagne de Picasso ....et soudain, nous voici dans le film de Woody Allen !

VD_doigtssur_la_joueAdmirablement présentées et éclairées, les oeuvres valent vraiment la peine d'une visite calme et sereine.

Au musée, on a tout le recul nécessaire et le matin, il n'y a pas trop de monde ...de très bonnes conditions pour bien en profiter.

C'est tellement rare !

Au musée d'Art Moderne de la ville de Paris jusqu'au 17 juillet, 11 avenue du Prédident Wilson, 75116 Paris, tous les jours sauf le lundi, 10€. Le jeudi jusqu'à 22 heures.

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08 avril 2011

Pierre Bonnard en Normandie, exposition

affiche_bonnard2En 1910, Pierre Bonnard (1867-1947) loue La Roulotte, une maison située à Vernonnet, situé à cinq kilomètres de Giverny. Il l’achète en 1912 et il y séjourne régulièrement jusqu’en 1938, date à laquelle il s’installe définitivement au Cannet. L’artiste y peint plus de cent paysages.

bonnard_autoportraitCette période, moins étudiée car elle est considérée comme un temps de transition entre la production de jeunesse et celle du Cannet, est pourtant particulièrement riche. Au tournant du siècle, Bonnard tourne le dos à l’esthétique Nabi et cherche un langage neuf.

Son art s’oriente progressivement vers une expression toujours plus forte et plus libre de la couleur, une recherche parallèle à celle que mène à la même époque son ami et voisin Claude Monet.

Bonnard traite alors tous les thèmes : le paysage principalement, mais aussi les scènes d’intérieur, le nu ou la nature morte, sans oublier la peinture décorative. Près de 80 œuvres, peintures et dessins, sont réunies pour évoquer cette période féconde.

bonnard_campagneAu tournant du siècle, Bonnard tourne le dos à l’esthétique Nabi et cherche un langage neuf. Son art s’oriente progressivement vers une expression toujours plus forte et plus libre de la couleur, une recherche parallèle à celle que mène à la même époque son ami et voisin Claude Monet.

terrasse_chaudBonnard traite alors tous les thèmes : le paysage principalement, mais aussi les scènes d’intérieur, le nu ou la nature morte, sans oublier la peinture décorative. Près de 80 œuvres, peintures et dessins, sont réunies pour évoquer cette période féconde.

la_table_BonnardQuand il choisit Vernonnet, l’artiste bénéficie d’une certaine reconnaissance. Un contrat tacite le lie depuis 1904 à la galerie Bernheim- Jeune, ce qui le libère des préoccupations financières.

corsage_rougeLa Revue blanche a cessé de paraître en 1903, mais son directeur Thadée Natanson reste un ami proche et se rend souvent à La Roulotte en compagnie de sa nouvelle épouse, Reine. Ils seront l’un et l’autre des témoins essentiels de cette période « normande ».

D’autres critiques, comme George Besson, prennent à leur tour la défense de Bonnard et participent à la diffusion de son oeuvre.

Enfin, des collectionneurs fidèles, comme les Hahnloser ou les Phillips, entrent dans le cercle des passionnés et le font connaître au-delà des frontières.

pierre_BonnardPourtant, au début de cette période, Bonnard traverse une crise et doute de son art. Vers 1914-1915, il a confié à son neveu Charles Terrasse, « j’ai voulu oublier tout ce que je savais, je cherche à apprendre ce que je ne sais pas. […] Certes, la couleur m’avait entraîné. Je lui sacrifiais, et presque inconsciemment, la forme. Mais il est bien vrai que la forme existe, que l’on ne peut arbitrairement et indéfiniment la réduire ou la transposer ; c’est donc le dessin qu’il me faut étudier… […] Je dessine sans cesse. Et après le dessin vient la composition qui doit être un équilibre. Un tableau bien composé est à demi-fait. Et cet art de la composition est tel, qu’avec simplement le noir et le blanc, le crayon, la plume, le burin du graveur, on arrive à des résultats aussi complets et d’une aussi belle qualité, presque, qu’avec tout l’arsenal des couleurs… ».

_chappp_e_vers_la_SeineQuelle que soit l’école à laquelle on rattache Pierre Bonnard, j’ai toujours admiré ce peintre aux couleurs flamboyantes, et au dessin d’une précision fulgurante. Voir ici les esquisses et études de composition du grand tableau « Décor sur la terrasse » est éclairant. J’aimais déjà les séries de femmes au bain, les échappées vers la Seine à travers la fenêtre où l’on reconnaît sans peine la balustrade de « La Roulotte », les décors de jardins nécessairement inspirés de Claude Monet….Cette exposition est à voir en liaison avec la visite de la maison et des jardins de Giverny, tout proches.

 

 

photoA noter aussi, la beauté formelle du musée, parfaitement intégré à son environnement. Le bâtiment a été créé en 1992 par le Cabinet REICHEN & ROBERT, le premier patron de Victoire qui évoque toujours cette période de formation avec des trémolos dans la voix - comme je la comprends !

Jusqu’au 3 juillet, au Musée des Impressionnismes de Giverny, 8€.

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07 avril 2011

Giverny : dans l'éblouissement du jardin de Claude Monet

 

Giverny_014C’est, selon moi, l’un des plus beaux jardins du monde. Même si pour l’instant on y attend encore l’éclosion des grappes de glycines, des roses, des iris et des célèbres nymphéas  dans la splendeur d’une journée de ce printemps précoce. Est-ce le peintre qui a façonné les harmonies de couleurs où le jardin qui inspira le peintre … ?

monet_par_Nadar_en_1899Dieu y a sans doute aussi mis la main, car le résultat est incroyable.

La propriété de Claude Monet a été léguée par son fils Michel à l’Académie des Beaux-Arts.

Giverny_023Claude Monet y vécut de 1883 à 1926. Aujourd’hui, tout le village de Giverny est un peu « amidonné » dans sa  vénération envers le peintre et conservé pieusement pour le bonheur des touristes du monde entier. Mais la maison elle-même est plutôt simple. A droite de l’entrée, une vaste salle à manger tout de jaune  revêtue.

jaunes_1Nous savons exactement ce que Monet souhaitait pour sa salle-à-manger, un jaune de chrome soutenu pour les moulures, un jaune de chrome plus clair sur les murs. Les mêmes couleurs se retrouvent sur le mobilier, comme ce buffet cauchois qui abrite quelques éléments de la vaisselle bleue collectionnée par Monet.

Giverny_021La pièce jouxte la cuisine rutilante de ses casseroles de cuivre et de son splendide fourneau en fonte. Ici, c’est le règne des carreaux bleus et blancs en faïence de Rouen, et on sent que le maître des lieux était aussi un bon vivant.

On revient vers le bleu dans le petit salon tapissé d’estampes japonaises : Utamaro, Hokusaï et, à ma grande joie, Hiroshigue. Le petit salon donne dans le salon-atelier, vaste pièce où ont été rassemblées des copies des œuvres du Maître, disposées comme à la parade, le long de glissières de bois. Une photographie d’époque montre le vieil homme à la longue barbe blanche au milieu de ses tableaux préférés. Visiblement, les tapisseries viennent d’être refaites. C’est tout à fait charmant.

Giverny_016Monet disposait d’autres ateliers pour peindre, notamment, ses grands, voire très grands formats – comme justement les Nymphéas. A l’étage, de petites chambres au mobilier modeste en pitchpin, mais avec la vue sur le somptueux jardin.

Se promener au long de ses allées parallèles, avec en toile de fond la maison croulant sous les plantes grimpantes, procure un sentiment de douceur immense.

Giverny_010Malgré la foule – il faut certainement arriver le matin – on profite à plein des couleurs et des formes. Quelques pas jusqu’au fond à droite, un petit escalier conduit sous la route et on débouche sur le jardin des nymphéas.

Giverny_047C’est encore plus envoûtant ! Un bras de l’Epte a été détourné pour ménager cette pièce d’eau.

Giverny_033On y retrouve la passion de Claude Monet pour le Japon , qui l’a conduit à faire construire le pont japonais envahi de glycines à la belle saison, et qui sert de décor à des millions de photos souvenir des touristes et des Grands de ce monde….moi y compris ! Bref, un moment d’oubli du temps qui passe…une fête pour les yeux qui mérite le chemin parcouru jusqu’à Vernon (Eure), distant de 4 km.

Giverny_035Jardin et maison réouverts, visibles tous les jours, 8€.

Et des fleurs par brassées, sur le diaporama en haut à droite....

Giverny_029

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