04 mars 2011
Saccage de façade classée à Paris
Saviez-vous que les personnes mal entendantes ont besoin qu'on écrive très gros pour qu'elles puissent lire ? Moi, je l'ignorais jusqu'à aujourd'hui....
Il y avait dans ma rue, au numéro 28 juste en face de l'Institut Catholique de Paris, une superbe façade de magasin créée par l'un des plus importants architectes français, Robert Mallet-Stevens, pour la revue "La Semaine à Paris" en 1930.
Jusqu'ici, la boutique qui occupait ce local commercial - le marchand italien de lits de luxe Orizzonti à Paris - respectait l'équilibre de la belle verrière qui sert de devanture, dans le plus pur style art déco, faite de verres transparents ou "cathédrale", tout en lanières horizontales encadrées de métal noir...Le nom du magasin avait été écrit dans une police de caractères très années 30, espacés et discrèts, sans majuscules.
Et voilà que vient de s'installer un centre d'équipement acoustique, pompeusement dénommé "Laboratoire de correction auditive" qui a complètement déséquilibré le site par un lettrage outrageusement grand et une identité visuelle absolument immonde. De telles aberrations ne devraient pas exister à Paris.
J'aime ma rue, je souffre de la voir ainsi défigurée. Que fait l'architecte des bâtiments de France ?
18 janvier 2011
PIET MONDRIAN et De Stijl au Centre Pompidou
Clé de lecture pour la compréhension des sources de l’art moderne, le
mouvement d’avant-garde De Stijl (Le Style) synthétise, dès la fin des
années 1900 et dans les années 1920, une vision esthétique et sociale
qui aspire à l’universel et rêve d’inventer un « art total ». Piet
Mondrian est la figure centrale de ce mouvement. Il mène à
Paris de 1912 à 1938 sa quête d’harmonie plastique. En 1940, il émigre à New York où il décède en 1944.
Quel contraste entre l'homme à la petite moustache précisément taillée, les lunettes rondes et le costume bien coupé d'un expert-comptable et l'idée qu'on peut se faire d'un artiste qui a révolutionné son siècle. Pourtant, c'est la surprise qui nous assaille en regardant le visage de Piet Mondrian, dont il faut aller voir la rétrospective tout à fait éclairante au Centre Pompidou (Paris), jusqu'au 21 février prochain.
Mais comment un peintre passe-t-il du dessin ultra-classique à une version totalement "intellectuelle" des lignes et des couleurs primaires ?

En fait, c'est une oeuvre en évolution constante, du post-impressionnisme à l'abstraction la plus épurée, en passant par la case décisive du cubisme, et surtout replacée dans le cadre du mouvement "DE STIJL" qui a marqué toute la période de l'entre deux guerres. En fait, nous retrouvons aujourd'hui, comme évidentes, les lignes et les couleurs de notre XXème siècle, toute la modernité de l'architecture que j'aime : Charte d'Athènes, Bauhaus, Le Corbusier, qui naissent devant nous. Et nous avons donc autant de mal à nous représenter ce que ces novateurs avaient de révolutionnaire. Alors, il faut bien regarder la date de ces toiles....
"De Stijl", c'est une revue dont le premier numéro paraît à Leyde en octobre 1917, le
dernier à Paris peu de temps après la mort de Theo van Doesburg, son
fondateur et rédacteur, survenue en mars 1931. "Durant les quatorze années de son existence, le mouvement
transdisciplinaire De Stijl offre une transcription formelle, plastique,
picturale et architecturale des principes d'une harmonie universelle, et
la met en oeuvre. La peinture, la sculpture, la conception de mobilier
et le graphisme, l'architecture et bientôt l'urbanisme sont les supports
de cette expérimentation conduite simultanément. Pluridisciplinaires,
les productions du Stijl le sont par nature, outrepassant les
cloisonnements traditionnels et académiques entre arts majeurs et
mineurs, entre arts décoratifs, architecture et urbanisme : « de
l'esprit à la ville"."
En fait, Piet Mondrian fait progressivement une interprétation de plus en plus abstraite du cubisme analytique de 1912 à
1914 à Paris, jusqu'à ce qu'en 1917, (de retour à Paris jusqu'en 1938)
il concentre tous ses moyens sur la construction d'une simple
composition parfaitement équilibrée faite de formes réduites à des
rectangles et quelques couleurs, placées sur une trame orthogonale, et
le tout décliné en séries jusqu'à la fin de sa vie.Une reconstitution de son atelier, rue du Départ, montre à quel point l'homme vit selon les principes (énoncés d'une écriture superbe en un français parfait) qu'il s'est donné, avec les artistes du mouvement De Stijl.
L'exposition est très didactique, adopte une présentation chronologique facile à appréhender, présente les travaux des autres peintres impliqués dans le mouvement ainsi que les applications à l'architecture, en particulier dans le domaine du logement. Une leçon d'histoire de l'art toujours très actuelle.
25 mai 2010
Willy Ronis, photographe sensible mais politiquement engagé...
Willy Ronis n'a pas atteint la barre des cent ans.
Il était né en 1910, la même année que mon père, décédé en 2004 (Déjà !). Lui a poussé jusqu'à ses 99 ans. C'est un photographe de son temps, moins connu peut-être que Robert Doisneau, mais finalement aussi juste et avec un regard aussi acéré.
Né d'un père ukrainien et d'une mère lituanienne, il est venu au monde à Paris et n'a eu de cesse de décrire la vie du peuple, l'enfance, les rues, les cités sorties de terre au temps de la technique du "chemin de grue", mais aussi les gens dans les bistrots, aux puces, à Soho, la Hollande, l'Est....
On conçoit qu'il ait été charmé par les sirènes du communisme. La légende du "Parti des 75 000 fusillés" fut tenace....Partout ses clichés de la vie ouvrière exaltent la noblesse de l'emploi industriel.
La guerre ? Il a dû fuir les persécutions anti-sémites. Mais on ne peut que frémir devant ses clichés du "paradis" de l'Allemagne de l'est...Maintenant que nous savons !
Toute sa carrière, il photographie pour des revues "engagées" comme Regards*....Pourquoi pas ? Il faut avoir le contexte en mémoire pour décoder la signification politique de certain clichés, ce qui n'enlève rien à leur beauté formelle.
Cependant, sur la fin de sa vie, il photographie plus librement : des nus splendides, des enfants, des chats...une poésie pure, un graphisme sans égal. Et il faut aussi se souvenir que photographier à cette époque, c'était vraiment une affaire de spécialistes.
En un mot, voir l'exposition présentée conjointement par le Musée du Jeu de Paume et la Monnaie de Paris (en son somptueux Palais) jusqu'au 22 août est un délice des yeux. Et, après tout, si certains artistes comme Willy Ronis ne s'étaient pas vus confier des commandes portant sur la vie ouvrière, qu'en resterait-il aujourd'hui ?
Et, lorsque nous parlons de "pénibilité" aujourd'hui, regardons avec humilité les engrenages de cette époque pas si lointaine (en 1956, j'avais 10 ans !), la graisse, le bruit, le danger de machines peu fiables; Et ces ouvriers là, ils ne pouvaient partir en retraite qu'à 65 ans et ne faisaient pas de vieux os dans les comptes de l'assurance vieillesse !
Willy Ronis, une poétique de l'engagement, à la Monnaie de Paris, 11, quai de Conti, 75006 Paris.
* Regards est l’un des plus anciens titres de la presse française.
Son histoire s’entrecroise avec celle de la gauche, et plus précisément
avec celle du PCF. Avec Vu, il est l’un des premiers
newsmagazines à donner une place prédominante aux reportages
photographiques. Bien avant Life (1936) ou Paris-Match
(1949), Regards lance le photojournalisme dans les années
d’avant-guerre. Proche du Parti communiste, Regards se tient déjà
à l’écart de l’orthodoxie. Il n’est alors pas question de réalisme
socialiste dans ses pages, mais de modernité. L’après-guerre ouvre
pourtant une nouvelle page : dans la guerre froide, comme tous, Regards
est sommé de choisir son camp. Ce sera celui des camarades. Commence
alors une longue série de reportages auprès des Soviétiques, dans
lesquels les succès du socialisme ne se démentent jamais. De fait, Regards
perd sa liberté de ton et s’aligne sur un discours stéréotypé.
26 mars 2010
EDVARD MUNCH à la Pinacothèque de Paris
Comme toujours à la Pinacothèque de Paris, l'exposition nous fait découvrir un peintre relativement peu connu et dans ce cas, toujours pour la même oeuvre, "Le cri".
Et c'est bien dommage car Edvard Münch (il convient de prononcer "Munk") apporte bien plus que cela à l'art du XXème siècle. Impressionniste, symboliste, expressionniste...Il est tout cela mais surtout un homme obsédé par la vie, la souffrance, la mort.
En filigrane, on devine l'enfant orphelin de mère, élevé entre sa tante et un père profondément religieux, fasciné par les femmes avec lesquelles il entretient des liaisons orageuses, considérant qu'il ne peut se permettre de transmettre les malédictions qui le poursuivent (l'alcoolisme, peut-être ?). Ses tableaux les plus marquants : l'enfant malade - un merveilleux portrait à la sanguine de sa soeur Sophie, morte de la tuberculose comme la mère de l'artiste - la solitude, le vampire (la femme), la mort, la douleur, les pleurs....
Des oeuvres de commande superbes : portraits d'hommes importants et de leurs épouses, de mécènes bienvenus. Le dessin est parfois d'une extraordinaire précision, comme le portrait de l'ophtalmologiste Max Linde, du dramaturge August von Strindberg (ici à droite).
Chercheur infatigable, il explore toutes les voies de son temps : photographie, cinéma expérimental, collage, grattage, mais surtout la gravure et la lithographie, parfois rehaussée de gouache peinte à la main. On retrouve là les influences de l'estampe japonaise...
L'impression qui se dégage de cette belle et riche exposition (dont la majorité des oeuvres exposées proviennent de prêts de collectionneurs privés, donc non visibles en temps ordinaire), est la fantastique unité de l'art en Europe au XXème siècle. Voyageant entre Oslo, Berlin, Paris, les différentes écoles artistiques s'interpénètrent.
Art Nouveau, Jugendstyl, Sécession berlinoise....A voir les vues d'Oslo à l'entre-deux-guerres, on ne peut déterminer s'il s'agit de Londres, Berlin ou Paris. Une unité brisée par la seconde guerre mondiale. Une filiation évidente entre tous les artistes de ce temps.
Données biographiques : (1863-1944) Edvard Munch naît le 12 décembre à Loien, au nord d'Oslo. Son père, médecin militaire, est issu d'une famille de hauts fonctionnaires, d'intellectuels et d'artistes. 1868 mort de sa mère, Edvard et sa soeur Sophie sont élevés par leur tante. 1880, Munch note dans son journal : «Je suis maintenant décidé à devenir peintre».1881 : Munch entre à l'école royale de dessin et suit les cours du peintre naturaliste Christian Krohg. 1882 : il fréquente l'académie de plein air de Fritz Thaulow, futur ami de Gauguin. En 1885, première visite à Paris. Il peint la jeune fille malade en souvenir de sa soeur Sophie morte de tuberculose et des tableaux naturalistes.En 1889, il subit l'influence des impressionnistes puis celle de Van Gogh, Gauguin et Toulouse-Lautrec. Il peint le printemps. En 1892, Il peint la chambre mortuaire. 1893-1894: il est à Berlin il où il connaît une véritable fièvre créatrice; ses tableaux traduisent ses obsessions : l'amour, la mort et la douleur que l'on retrouve dans son tableau le cri. 1895 : il réalise la synthèse de ses intentions et de ses hantises dans un vaste cycle la frise de la vie qui comprend la voix, cendres, le cri et l'anxiété. 1902 : présentation de la frise de la vie au public.1909 : il entreprend le décor de l'université d'Oslo. En 1916, Munch s’installe en 1916 à Ekely, dans une propriété proche de Skøyen, aux environs de Christiania. 1944 : mort de Munch à Ekely ; il lègue son atelier à la ville d'Oslo.
Exposition place de la Madeleine, jusqu'au 18 juillet, 10€
| Notes biographiques
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28 janvier 2010
Fauves et Expressionnistes au musée Marmottan-Monet
Merci Danièle ! merci d'avoir évoqué avec Claude la qualité de cette exposition que l'on peut voir jusqu'au 20 février au Musée Marmottan, même s'il faut braver la traversée de la chaussée de la Muette par un froid de gueux !
Tout d'abord, c'est toujours un plaisir infini que de pénétrer dans cette vaste et claire demeure peuplée de merveilleux meubles et tableaux qui en constituent les collections permanentes. C'est ici, en effet, que l'on peut admirer le fameux "Impressions, soleil levant" qui donna son nom aux Impressionnistes. Un pèlerinage, en somme, mais on y voit aussi, outre de très nombreux Monet, des tableaux de Berthe Morizot, Renoir,.....
Dans la rotonde du sous-sol, la collection de 50 oeuvres prêtées par le musée Von der Heydt de Wuppertal. Le propos est ici de confronter deux courants fondateurs - entre autres - de l'art moderne, avant la Grande Guerre : le Fauvisme en France, l'Expressionnisme en Allemagne, de mettre en lumière les similitudes - couleurs, formes -et les dissemblances. Ce que l'on ressent immédiatement est la communauté de pensée de ces artistes en rupture avec leur époque, et qui, aujourd'hui, nous apparaissent toujours d'actualité.
Münch (pour une fois représenté non pas par "Le cri" mais par un très expressif portrait de petite fille au sourire délicieux, Macke, Rohlfs, Nolde, Dufy, Braque, Delaunay, Franz Marc (et son Renard d'un bleu noir), de Vlaminck, Kees van Dongen et son extraordinaire jeune fille nue, Oskar Kokoschka avec trois portraits tourmentés, Oppenheimer et le visage du musicien Anton Webern.
Beckmann avec un grand format de 1942, Otto Dix et son formidable Hommage à la Beauté, Groz, Kandinsky, Jawlensky (sa Jeune fille aux pivoines sert d'affiche rayonnante à cette exposition), Kirschner et ses Femmes dans la rue si arrogantes...je ne suis pas certaine de n'en oublier aucun.
Une occasion de compléter son musée intérieur sans devoir se déplacer, et la jubilation de voir reconnu ce mouvement né au delà du Rhin, avant et après la guerre (celle de 14-18) et dont les chefs de file furent persécutés par les nazis qui qualifiaient leurs oeuvres torturées et lucides d'"entartete Kunst" ou art dégénéré. A mettre aussi en relation avec les expositions vues au Musée Maillol ou à la fondation Buchheim, ce merveilleux musée au bord du lac de Starnberg, au sud de Münich...
Je ferai toutefois une critique à cette exposition : les panneaux d'introduction sont peu explicites et pas didactiques. Ici aussi, on suppose que le visiteur connaît tout du mouvement expressionniste...ce qui semble loin d'être le cas si on tend l'oreille aux commentaires de quelques dames chics qui visitent en groupe. Est-ce pour permettre aux conférencières de gagner leur vie ? Car sans explications, le parti-pris d'accrochage est assez abscons, de mon point de vue, sauf aux initiés....
Fauves et Expressionnistes. De Van Dongen à Otto Dix , du 28 octobre 2009 au 20 février 2010, au musée Marmottan Monet - fermé le lundi.
25 janvier 2010
Troisième journée de tourisme et de culture à Barcelone
Dimanche, la météo avait prévu de la pluie. Nous avons eu de la chance : le temps était gris mais pas trop humide. Nous en avons profité pour parfaire notre bronzage. Au programme : la fondation Joan Miro.
On ne sait s'il faut plus admirer l'écrin (l'immeuble a été conçu par Josep Lluis Sert) ou le contenu. Quel étonnement renouvelé. Voici un peintre à l'allure modeste, qui a adopté son inimitable style presque tout de suite et s'y est tenu toute sa vie. Miro, c'est de l'art sombre et jubilatoire.
Des sculptures, des lignes sinueuses et des taches noires, des couleurs basiques, des collages en trois dimensions où toujours pointe le détail dérisoire, où l'on se sent complice tout de suite.
Venu à Paris très vite, il a aussi réussi à passer indemne les bouleversements politiques de son temps pour devenir l'un des maîtres du XXème siècle. Nous sommes déjà venus, mais c'est toujours aussi rafraîchissant, étonnant, atemporel.
Continuation de la visite au Musée de l'histoire de Catalogne. A l'usage des enfants et qui permet à chacun de comprendre et d'aimer l'histoire. Très bien fait, des didacticiels parfaitement compréhensibles, des illustrations bien choisies...
Et une expositions temporaire furieusement intéressante sur les colonies industrielles du haut Llobregat : ces usines textiles centrées sur la source d'énergie hydraulique, encastrées dans leurs prolongements nécessaires : cités ouvrières devenant de petits mondes fermés, et qu'on projette de restaurer aujourd'hui comme élément du patrimoine culturel européen.
Fin de journée sur le toit d'un bus à touristes, légèrement frigorifiés au bout de deux heures de route. Mais au moins, on ne se fatigue plus les jambes et on peut approcher le port, la cité olympique, le quartier Icare où se déroule justement l'intrigue du roman de Montalban que je lis en ce moment, le Monjtjuic...
C'est promis, la prochaine fois que je viens à Barcelone, une fois au moins avant de mourir, je prends le téléférique qui va de la Barceloneta à Montjuich...Cela doit être flippant ...Juré !
Nous quittons Barcelone en milieu de journée. Dès que je suis revenue à la maison et à des conditions de connections normales, je poste un diaporama.
28 décembre 2009
Les enfants modèles, au Musée de l'Orangerie
Attendre est déjà une partie du plaisir à voir une exposition....Et celle-là, elle en vaut la peine : quelques instants samedi après-midi, puis abandon en raison de la longueur de la queue, et retour en fin de matinée hier, à l'heure du déjeuner, nous étions moins nombreux à admirer ces merveilles....
Car au-delà des peintres célèbres dont les portraits d'enfants sont ici rassemblés - qu'ils s'agisse de leurs propres enfants ou d'oeuvres de commande - il nous est donné de découvrir des artistes jamais ou si peu vus du grand public. Derain, Renoir, Cézanne, Gauguin, Redon, Belmondo, Picasso, Cassatt, Bonnard, Vuillard...ont tous peint des portraits d'enfants.
Les plus émouvants, les plus attendrissants....Je pense à Maurice Denis (5 - la Boxe) auquel une petite "chambre" est réservée, comme à Derain avec les splendides portraits de sa nièce Geneviève. Picasso, aussi avec le si célèbre Paul en Pierrot, et ce regard d'ange vers les cieux....et Tamara Lempicka avec un portrait "à la manière de Balthus" (heureusement absent de cette rétrospective).
Mais si leurs modèles n'étaient pas devenus par eux-mêmes célèbres, parlerait-on de Georges Hannah Sabbagh (1887 - 1951), l'Egyptien de l'Ecole de Paris, de Georges Arditi (né en 1914), père de Catherine et Pierre (2) parmi ses enfants les mieux connus, d'Augustin Rouart (3) qui réveillait son fils Jean-Marie pour le peindre dormant, de Raymond Levy-Strauss saisissant le sérieux extraordinaire de son génial fils Claude (1), perché sur son cheval mécanique, et Xavier Valls (né en 1923), le père du député Manuel Valls (à droite en 1976), décrit par son fils comme précautionneux à l'extrême et travaillant dans un espace très restreint ?
Lorsque je songe à la difficulté de demander à un enfant, ne serait-ce qu'un instant d'immobilité pour prendre une photo à la volée, je me demande quels trésors d'inventivité et d'amour il a fallu pour saisir ces regards, ces attitudes enfantines.
Réservez votre place, et emmenez vos enfants : cette exposition peut se voir en famille. Elle donne un coup de jeune à tous ceux qui l'admirent, un peu comme une indulgence universelle. Un bain de jouvence à regarder jusqu'au 8 mars prochain.
Et ne manquez pas non plus la célèbre collection Walter-Guillaume (et le fabuleux destin de la belle Domenica) et les Nymphéas qui sont là, à demeure....Vous ressortirez éblouis.
Musée de l'Orangerie, jardin des Tuileries 75001 Paris - 01 44 77 80 07
15 octobre 2009
Du côté de l'avenue de New-York
Avant-hier, il faisait gris, mais pas de quoi me décourager de marcher entre les Invalides et la place de l'Alma.
Deux découvertes : sur ma gauche, en passant le pont des Invalides à l'aplomb du Cours Albert 1er, un étrange manège : un camion soulève une énorme masse de quai, découpée comme un gâteau d'anniversaire...
Qu'y a-t-il donc là dessous ? Une pompe monumentale ? Un cercueil ?
Et plus loin, un peu perdu et à l'écart Place de l'Alma où tous les regards se focalisent sur la flamme de la statue de la Liberté prise pour le mémorial à Lady Diana, le monument à Adam Minckiewicz, dernière oeuvre du sculpteur Antoine Bourdelle (1861-1929).
Dans son inimitable style tourmenté et puissant, les six bas-reliefs évoquent les oeuvres du grand poête polonais : Wallenrod, Les captifs, Dzady, Aldona, le vieil Halban, les Trois Polognes. La statue du poête, elle, est bien trop haute pour qu'on la distingue.....
C'est triste, ces monuments que tout le monde oublie.....
07 mai 2009
Emil Nolde
Il était grand temps ! Nous avions raté cette exposition à Paris. Nous ne l'avons pas laissée passer à Montpellier, au Musée Fabre jusqu'au 24 mai....
Je suis fana des expressionnistes allemands et Emil Nolde en est une figure majeure.
Né dans le Schleswig à une époque où, au gré des conflits mondiaux, cette province du nord passe de l'Allemagne au Danemark, cet artiste, contemporain de Matisse qu'il admire en secret, apprend la sculpture sur bois, la gravure, enseigne les arts décoratifs, vient étudier à Paris à l'académie Julian. Il aime van Gogh, Millet, Manet, Rodin, Daumier...Il fait un bout de chemin avec le mouvement "Die Brücke", peint les couleurs de la mer, les nuits de Berlin, le Christ....Sa relation avec le régime hitlérien est complexe : attiré, compagnon de route, puis rejeté, banni, interdit de peinture. Il se rabattra vers ce qu'il appelle son oeuvre "non peinte" - aquarelles, gravures sur bois, lithographies - d'un trait précis et fort. A voir au deuxième étage du Musée Fabre.
L'exposition est chronologique et didactique. Les premières oeuvres éclaboussent de couleurs la toile, à coup de touches puissantes et resserrées, très influencées par les post-impressionnistes ou Van Gogh. Ensuite, la tendance se fait de plus en plus fauve et les portraits violents, la lumière de dessous éclairant de grands a-plats verts les visages convulsés. C'est là que l'on peut comprendre que ce style provocateur a pu susciter chez les censeurs nazi le classement de la peinture d'Emil Nolde parmi l'"entartete Kunst", l'art dégénéré.
Une mise en scène de 90 peintures et 60 dessins, un survol de soixante ans de créations dans une période où l'artiste a vécu deux guerres. Juste de quoi vous donner l'envie d'aller jusqu'à Seebüll pour admirer les peintures de la fondation Nolde et en particulier le tryptique du Martyrium exposé à la place de "Das Leben Christi" actuellement à Montpellier.
Ne pas oublier non plus de terminer la visite par quelques merveilles de ce musée moderne et confortable : quelques superbes Manet, Monet, Berthe Morizot, Frédéric Bazille et Gustave Courbet.
31 mars 2009
Andy Warhol au Grand Palais
S'il n'était pas mort des suites d'une banale intervention chirurgicale en 1987, Andy Warhol aurait 81 ans aujourd'hui. Il figurerait parmi les monstres sacrés ou les peoples les plus en vue de la planète, en tant que figure emblématique du Pop Art.
L'exposition qui lui est consacrée (jusqu'au 13 juillet)
retrace à travers 130 de ses oeuvres, choisies parmi les mille portraits qu'il a produits, une carrière reflêtant la grande prospérité et le pouvoir aux Etats-Unis et en Europe, à partir de 1967.
De cet artiste "icône" des temps modernes, on croit tout
savoir....Quelle erreur !
Ceux qui parlent trop vite évoquent un processus de création industrielle...On oublie qu'il a commencé à travailler dans la communication, le design, la mode. Reproche-t-on à Titien, Rubens, Fantin-Latour, Boldini d'avoir été des portraitistes mondains, produisant à la commande ?
Andy Warhol est le maitre de la technique de son temps, et d'abord c'est un extraordinaire photographe. Ses visages de stars transcendent le regard. Même à partir de séries de photomatons (voir les attitudes d'Ethel Scull à gauche). Les couleurs qui leur sont associées, une palette d'une extrème sensibilité, nous laissent une infinie sensation de douceur...ou de violence (Lenine). Et surtout, une approche particulièrement contemporaine et cohérente du visage humain. Au tout début de la photographie, certains ont pu se demander si le portrait était un genre définitivement banni en peinture.
Andy Warhol est le génie du portrait du XXème siècle, un génie dynamiteur, qui ne se prend pas au sérieux. Un portrait hyper réaliste, qui exprime et met en valeur. Les modèles ne pouvaient qu'adorer. Elles se bousculaient, le payaient des fortunes..
Je ne résiste pas au plaisir de citer la critique d'"Ouest-France", à propos du portrait qui sert d'affiche à l'exposition, Ethel Scull, 36 fois, particulièrement éclairante : "Le portrait d'Ethel Scull est un tournant dans son travail de
portraitiste, rôdé sur des coupures de presse de criminels en fuite,
d'Elvis Presley, Liz Taylor, Nathalie Wood, Warren Beatty, Troy
Donahue...C'est le début d'un business assumé. « I want to be a machine »,
dit-il (Je veux être une machine). À la Factory, son atelier, foyer de
la vie underground new yorkaise et de l'hallucinante musique du Velvet,
il enchaîne désormais les commandes. Encaisse. C'est 25 000 $ le
premier panneau, 15 000 $ le suivant..."
Comme tous les grands peintres, l'oeuvre est aussi jalonnée d'auto-portraits.
Les polaroïds d'Andy en Drag Queen m'ont particulièrement émue. La tristesse, la douceur du regard, la peur et la fascination de la mort...tout y est.
Les grands portraits déstructurés de ses amis Frédéric Bastiat et Keith Hardings aussi.















