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13 février 2012

Akseli Gallén-Kallela, une passion finlandaise

avec SibeliusperdueC’est la première fois qu’on présente le peintre Akseli Gallén-Kallela en France, alors qu’il est LE grand peintre finnois. Il étudia cependant en France où il fut élève de l'Académie Julian, puis à l’atelier de Fernand Courmon dans les années 1880. Il peint Paris avec justesse, avec toujours un fulgurant éclat de lumière. Il me fait penser, cependant en plus sombre, au peintre espagnol Joaquin Sorolla, son contemporain.

Il  eut un grand succès à l'Exposition universelle de 1900 avec les fresques du pavillon finlandais sur des thèmes tirés de l'épopée du Kalevala, exposa de nouveau à Paris en 1908 avant de s'embarquer pour l'Afrique d'où il ramena une série flamboyante de peintures et aquarelles.

combat sampoVoici donc encore un peintre actif au tournant du XXème siècle dont nous n’avions jamais entendu parler, comme Cross. On apprend à tout âge, c’est ça qui fait qu’on ne se sent pas du tout vieillir.  Et encore une bonne raison de venir au musée d’Orsay puisque cette très riche exposition est située au 5ème niveau, juste après la merveilleuse allée des Impressionnistes.

forge du KalevalaGallén brosse des portraits saisissants de réalisme, mais toujours pleins de sensibilité. Des familles bourgeoises figées dans leur mode de vie, mais dont on dirait bien qu’ils vont s’adresser à vous, des scènes intimes où le rougeoiement du feu, toujours proche, irradie les faces des personnages. Et, aussi, le portrait de sa jeune épouse auréolée de ses cheveux blonds …

gallenkallelaDans les années 1893-94, Gallèn se tourne vers le symbolisme. Ad Astra évoque le thème de la résurrection. Dans Symposium, deux hommes assis fixent une apparition étrange. L’un d’eux est Jean Sibélius. Et puis l’on découvre la grande épopée populaire des chants finlandais avec l’incroyable aventure du Kalevala, équivalent de l’Illiade, de l’Odyssée ou du Ramayana. L’épopée fut écrite en 1835 par Elias Lönnrot à partir de poèmes finnois chantés. La sombre histoire d’un outil étrange (le sampo, un moulin ?) forgé, conquis, volé, brisé, qui apporte – même en morceaux – la prospérité au pays qui le détient.

Une dernière mention pour les belles fresques du mausolée Juselius, qui parlent d’enfance et de mort. En revanche, je suis moins enthousiaste sur les tableaux peints en Afrique. S

 

Akseli Gallen-Kallela, une passion finlandaise, au Musée d'Orsay du 7 février au 6 mai 2012.

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24 janvier 2012

Expressionnismus & expressionnismi, der Blaue Reiter vs die Brücke, exposition à la Pinacothèque

afficheexpressionnisteskandinsky chevaliersDeux mouvements se distinguent en Allemagne dans le premier tiers du XXème siècle : der Blaue Reiter fondé à Dresde en 1905 puis installé à Berlin par Ernst Ludwig Kirchner, Erich Heckel, Emil Nolde et Karl Schmid-Rottluff, pour lesquels l’art est une création émotionnelle, et die Brücke, qui développe une approche théorique, spirituelle de l’oeuvre d’art, héritière du concept d’ « œuvre d’art totale ». Ce mouvement nait à Munich (à Murnau) en 1911 à l’initiative du peintre russe Wassily Kandinsky (2 et 4) et de Franz Marc.

 

jawlenskyCes deux écoles marquent également l’opposition séculaire entre Allemagne du nord et du sud, Prusse et Bavière. Cependant, l’histoire les a rassemblés sous le vocable général d’expressionnistes, en opposition frontale avec la manière des impressionnistes.

Kandinsky

Grands à-plats de couleurs violentes, contrastes, sujets scabreux et refus de l’abstraction sauf chez Kandinsky dont les tons très doux et le mouvement tourbillonnant le distinguent bientôt de ses acolytes.

expressionnistes1

 

 

Ce parti-pris d’avant-garde fera classer ces artistes parmi les « dégénérés » par  les Nazis qui qualifieront leur production d’ « entartete Kunst » et les chasseront de leurs enseignements. A considérer à part, toutefois, le cas d'Emil Nolde, qui fut, lui, un certain temps en accord avec le régime avant d'en être banni.

Emil Nolde

On montre quelques tableaux de lui, plus "léchés" comme cette branche de fleurs ....

nu sur l'oreillerL’exposition de la Pinacothèque présente pour la première fois les œuvres de ces artistes selon les thèmes traités – paysages, corps féminin, animaux, natures mortes, etc – ce qui a pour effet de mettre en valeur les correspondances plus que les oppositions entre tenants de Blaue Reiter et de die Brücke.

expo expressionnistesEt nous fait aussi connaître d’autres artistes, en particulier des femmes : aux côtés d’Alexi von Jawlensky (3), August Macke, Max Pechstein (5), on trouve Gabriele Münter (9) et Marianne von Werefkin (10). Une nouvelle leçon d’histoire de l’art européen.  

Très complémentaire de la rétrospective Cross vue dimanche !

livre sur l'expressionnisme Münter les murs blancs m

Pour aller plus loin, je me suis replongée dans le catalogue (en français) de la collection Buchheim, splendide musée au lac de Starnberg (8).

Exposition jusqu’au 11 mars, à la Pinacothèque de Paris, rue de Sèze, ouvert tous les jours à partir de 10h 30, 10€.

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07 janvier 2012

Faire la queue pour visiter le Louvre ? moi, plus jamais !

societe-amis-louvre-top

La dernière fois que je suis allée au Louvre voir une exposition temporaire, j'ai fait la queue comme tout le monde, au milieu d'un grand concours d'Américains, de Chinois, de Japonais, de jeunes et de familles bien emmitouflés. C'était le matin, il faisait grand soleil, il n'y avait pas trop de monde et en un petit quart d'heure, le serpent s'est écoulé souplement entre les rubans tendus comme dans un labyrinthe jusquau portique de détection des métaux.

pyramide LouvreOui, mais voilà, je voyais des tas de gens arriver tout fiers, présenter un document (une carte, un billet acheté dans une agence, quoi encore ...) et qui entraient sous la pyramide en passant devant tout le monde. Quelle frustration pour moi qui ai horreur d'attendre !

J'ai donc résolu le problème en me tournant vers la boutique de la Société des Amis du Louvre, qui se trouve dans la galerie marchande débouchant dans le hall Napoléon. Pour la somme annuelle de 70€ (110€ pour deux personnes), vous devenez un Ami du Louvre, avec les privilèges suivants : coupe-file et entrée gratuite pour les collections permanentes et les expositions temporaires, accès gratuit pour la personne qui accompagne le porteur de la carte dans les 15 premiers jours de l'ouverture des expositions temporaires, et aux nocturnes du mercredi et du vendredi pour la visite des collections permanentes, ainsi que tout un tas de réductions sur la programmation de l'auditorium et même sur les repas pris dans tous les restaurants.

queue au LouvreQuand je fais le compte des visites que j'ai faites avec Claude tout au long de l'année et surtout à celles auxquelles nous avons renoncé par peur de faire la queue, nous serons largement gagnants. Sans compter que brandir un coupe-file, c'est jouissif !

Je rappelle aussi que le musée (collections permanentes) est totalement gratuit pour les moins de 26 ans, les expositions temporaires étant gratuites au dessous de 18 ans. Et ouvert au public gratuitement tous les premier dimanches de chaque mois.

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05 janvier 2012

Au royaune d'Alexandre le Grand, la Macédoine antique

sarcophagecasqueetmasqueorCe sont les derniers jours avant la fermeture de l’exposition au musée du Louvre le 16 janvier prochain.

décoration de charEt il y a toujours autant de monde pour admirer les quelques 500 objets présentés, qui nous donnent une image nouvelle de la richesse et de la culture du royaume de Macédoine, si peu connues de nous.

Qui permet de comprendre comment le jeune et fougueux Alexandre partit à la conquête de l’Asie puis revint mourir, sans que l’on ait encore découvert où …

Ce n’est pas le cas de son père Philippe II, assassiné en – 336, dans le théâtre construit en contrebas de son immense palais d’Agai, aujourd’hui Vergina.

les murs ont des oreillesCar si la Macédoine n’a pas suscité autant d’ardeur que le Péloponnèse de la part des archéologues, on doit tout de même à deux savants français, Léon Heuzey et Honoré Daumet la découverte en 1861 des vestiges d'un palais sur le site de Palatza. Cependant, il aura fallu les travaux de Manolis Andronicos pour percer – seulement en 1977 -  le secret d’un immense tumulus dans lequel furent mis au jour trois tombes royales : en particulier celle de Philippe II, jusque là intacte.

couronneorNous voici donc en admiration pour la technique et la richesse de ces objets votifs ou de la vie quotidienne, en verre transparent, en céramique, en bronze, en argent et en or, ces peintures, ces sculptures...

Comme cette merveilleuse couronne de feuilles de chêne et de glands, d’une légèreté miraculeuse, déposée auprès des ossements d’un tout jeune homme, qui pourrait être Heraklès, fils illégitime d’Alexandre mort à 18 ans …

On admire aussi  cette belle tête sculptée dans le bronze, qui fut un ornement de char (en haut à droite, sous le sarcophage en marbre représentant un couple uni dans la mort qui date de 180 après J-C).

Une plongée dans l’histoire d’un royaume riche et prospère, pratiquant le commerce avec ses voisins, les villes-Etats helléniques, bénéficiant d’un fleuve riche en minerai d’or, doté d’une classe dirigeante friande des meilleurs artistes grecs, une élite ayant développé un art de cour raffiné à l’extrême. Mais une histoire submergée aussi par la puissance romaine, qui fit de la Macédoine, comme l’ensemble du monde européen, une de ses innombrables colonies.

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10 décembre 2011

Exhibitions, l'invention du sauvage, exposition au musée du Quai Branly

Le racisme est-il inné ou culturel ?

Les petits, à l’école maternelle, ne pratiquent aucune exclusion à l’encontre de leurs petits camarades à la couleur de peau différente. Alors, pourquoi cette peur vis-à-vis de l’autre – le jeune, le noir, le juif, le « différent », vite qualifié d’a-normal (gay, gros, qui parle avec un accent, handicapé, voilé, barbu, femme …) et surtout ce mépris ?

affiche exhibitionsVoici une exposition qui éclaire et donne des éléments de réponse. Et je me réjouis de l’avoir visitée en compagnie de beaucoup de jeunes gens, tels que l’on n’en voit pas si souvent dans nos musées.

Notre façon de vivre ensemble repose sur certaines croyances et préjugés qui doivent être combattus par la connaissance. Nous découvrons ainsi comment le « sauvage » est apparu dans l’imaginaire des Européens, à la fois effrayant et fascinant. Et cela a commencé avec Christophe Colomb qui, de retour de son voyage en Amérique, a ramené des Indiens Caraïbes. Cette habitude d’exhiber des populations indigènes devant des foules crédules et manipulables a donc commencé très tôt.

caraibesParadoxalement, c’est au siècle des Lumières que la science anthropologique a échafaudé le mythe de la supériorité de la race blanche. Dès 1735, Carl von Linné divise le genre humain en quatre grandes « variétés ». Et, dans la foulée, il leur attribue des caractéristiques : les Rouges d’Amérique seraient colériques et combatifs, les Africains seraient lents et flegmatiques, les Jaunes inflexibles, sévères et avaricieux. Quant aux Européens (on dirait aujourd’hui Caucasiens), ils sont inventifs et astucieux.

La mode alors consistait à mettre en scène des « monstres » (frères siamois, femmes à barbe, personnes de très petite taille ou géants, mais aussi Inuits, Botocudos, Peaux-Rouges, Zoulous, Fuégiens, Dahoméens, Touaregs... C’est le temps des entreprises de spectacles à grande échelle (Barnum), des parcs zoologiques (le Jardin d’acclimatation à Paris), des expositions universelles, et des expositions coloniales. On y montre des villages entiers de « naturels » …y compris des « kanaks cannibales » !

Ce voyeurisme malsain fait florès entre 1894 et 1940. Les zoos humains ont été visités par 1 milliard et demi de visiteurs entre ces deux dates en Europe, en Amérique du Nord et même au Japon où l’on exposait des « Coréens cannibales » et des Européens (Osaka en 1903) !

sauvagesLa foule des visiteurs, ignorante et crédule, ne discerne pas la mise en scène raciale et coloniale. Elle a un réflexe de frisson et très vite de mépris. Ces hommes et ces femmes sont considérés comme appartenant à un monde inférieur. Cette mode perdure jusqu’aux années 30, où l’on commence à s’insurger (mollement) contre cette « chosification » : en 1931, les Surréalistes publient un tract de boycott : « Ne visitez pas l’Exposition coloniale, ce Luna Park où s’agitent des figurants de couleur. » Appel sans grand effet …

Cependant, le pilonnage a porté insidieusement ses fruits. On lui doit ces relents de racisme ambiant que je déplore chaque jour. Ce qui est nouveau, c’est de se rendre compte à quelle propagande étaient soumis monsieur et madame tout-le-monde, pour leur mettre dans la tête que les « sauvages » leur sont inférieurs, tout comme on avait théorisé au XVIIIème siècle que les esclaves n’étaient pas réellement des êtres humains afin d’en permettre le transport et le commerce au temps des traites négrières.

« Exhibitions, l’invention du sauvage », exposition au musée du Quai Branly, jusqu’au 30 juin 2012, 8,50€ en même temps que l’exposition « Samouraï » et les collections permanentes.

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09 décembre 2011

Samouraï, l'armure du guerrier, exposition au Musée du Quai Branly

enfantsdéjeunantIl n'est jamais trop tôt pour éveiller l'intérêt des enfants aux arts premiers ...

affichesamouraiLes jeunes générations sont fans de mangas mais ne connaissent pas souvent les grandes lignes de la culture japonaise. Voici une occasion de leur faire effleurer quelques principes de base de l’art de la guerre nippon, à travers l’équipement guerrier des SamouraÏ, et de leurs chefs les Daïmyos.

Cette exposition rassemble d’exceptionnelles armures de guerriers japonais appartenant à la collection de Gabriel Barbier-Mueller, dont la majorité date de l’ère Tokugawa (Période Edo, 1602-1867).

quaibranly 013Armures complètes, casques et armures de cheval illustrent l’évolution de l’« omote dogu » (« apparence extérieure et l'équipement du guerrier ») du XIIe siècle au XIXe siècle, époque à laquelle la caste des guerriers du sang noble disparaît pour se fondre dans le Japon moderne.

armure bleue et rougeLes samouraïs appartenaient à l’élite intellectuelle de la société japonaise et pratiquaient souvent des disciplines contrastant avec la violence de l’art du combat, telles que la calligraphie, la poésie et la littérature.

quaibranly 017Leurs armuriers effectuaient pour eux un véritable travail d'artiste, créant des pièces d'une grande beauté et d'un grand raffinement de détail – les protégeant néanmoins au plus fort des plus violentes batailles.

Les armures, en particulier les casques en métal laqué, aux ornements et cimiers souvent inspirés par la nature, avaient pour autres fonctions de signaler le statut du guerrier, de différencier chaque samouraï dans le chaos des combats, mais aussi d’effrayer l’ennemi sur le champ de bataille.

Difficile pour un non initié de distinguer l’époque de fabrication de ces splendides armures. Leur style est d’une très grande constance. Il s’agit d’assemblages subtils de plaques de métal, agencés avec art de lacets de soie qui leur donne une grande souplesse. Le plus souvent, le fer est recouvert de laque, destiné à l’ornementation mais surtout à protéger de l’humidité.

quaibranly 015Le visage est recouvert de masques, et coiffé d’un casque qui représente à lui seul une œuvre d’art, comme en Occident. Les chevaux sont aussi caparaçonnés et leur chanfrein protégé par des pièces de bois en forme de dragons.

quaibranly 020L’ensemble est destiné à effrayer et y parvient sans aucun doute. Mais au fil des années, comme chez nos chevaliers, l’armure devient un signe de puissance. On se transmet les armures de parade de génération en génération. Plusieurs écoles célèbres fournissent les grandes familles. Les artisans se spécialisent dans la fabrication de pièces différentes, signent leurs œuvres afin d’en garantir l’authenticité. C’est absolument superbe …

Exposition "Samouraï - armure du guerrier" au musée du quai Branly, jusqu’au 29 janvier 2012

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15 novembre 2011

Splendeurs et secrets de l'Hôtel particulier parisien, exposition à la Cité de l'Architecture

maraisÉlément constitutif de la personnalité architecturale de Paris, l’hôtel particulier sis entre cour et jardin raconte une histoire de la capitale, à travers son évolution, du moyen-âge au XXème siècle.

LambertFrançois Mansart, Louis Le Vau, Pierre Le Muet, Claude-Nicolas Ledoux, Robert de Cotte ou Alexandre-Théodore Brongniart sont associés à ces chefs d'œuvre de l’architecture d’habitat.

D’abord relativement simples et construites sur le même plan, les bâtisses se complexifient et s'adaptent aussi bien aux évolutions des goûts qu’à la difficulté de construire dans une ville aussi dense que Paris.

ledouxOn peut citer l'exemple de Lambert (ici à droite) qui, en 1639, demande au jeune Louis Le Vau de bâtir un hôtel sur l’étroite parcelle qu’il possède sur l'Île Saint-Louis. La commande relève du défi : le terrain, trop peu profond pour accueillir la traditionnelle enfilade cour-bâtiment-jardin, oblige l’architecte à repenser le modèle-type de l’hôtel particulier. Il crée alors une demeure dont les bâtiments encadrent la cour et dont une aile se prolonge jusqu’au bord de la Seine et s’ouvre sur le premier balcon parisien dominant le fleuve.

thélussonUn siècle plus tard, la riche veuve Girardot de Vermenoux fait édifier par Claude-Nicolas Ledoux un hôtel dont la forme audacieuse rompt avec les habitudes parisiennes. Derrière un arc de triomphe à demi enterré s’élève un bâtiment dont le corps central semi-circulaire est entouré d’une colonnade, si bien que l’ensemble semble plus proche du temple que de la maison bourgeoise. Entre portail et hôtel, une grotte souterraine, un lac … D’ailleurs, l’architecture de l’hôtel Thélusson est si originale que les Parisiens se pressent bientôt pour le visiter, grâce un système de billetterie. Ce bâtiment extraordinaire sera démoli seulement cinquante ans après son édification, le style neo-classique évoquant par trop les excès révolutionnaires.

palaisroseQue dire encore du Palais Rose (à gauche) construit au n°50 de l’avenue du Bois (avenue Foch) pour Boni de Castellane après son mariage avec la riche héritière américaine Anna Gould, dont il disait « Elle est belle, vue de dot ! ». Un pastiche du Petit-Trianon surélevé d'un étage, revêtu de marbres polychromes, doté d’un escalier de parade propre à célébrer les plus belles réceptions de Paris. L’immeuble sera démoli en 1967 ….

L’exposition est superbe : on parcourt les différents espaces classiques d’un hôtel virtuel : la cour pavée, le vestibule avec son escalier, l’antichambre, le salon, la chambre …

On imagine ces décorations luxueuses, grâce aux plans détaillés publiés dans des recueils de modèles, qui se transformeront au XIXème siècle, en plans d’appartements bourgeois à l'heure de l'expansion haussmannienne.

particulier2Ainsi au fil des siècles, Paris se couvre de demeures d’apparat, faites pour exprimer le rang social, la noblesse ou la situation professionnelle de financiers fortunés. On dit que la capitale en comptait environ 2000 …L’Hôtel particulier est donc une spécificité parisienne. Nulle part ailleurs en Europe on ne connait le même concept.

Cependant, la croissance de la ville conduit aussi à faire disparaître certains édifices soit parce qu’ils sont tombés en deshérence, soit pour percer de nouvelles voies, soit simplement pour satisfaire la spéculation immobilière. En sortant de l’exposition, on passe devant une série d’agrandissements photographiques émouvants ayant saisi, avant ou pendant leur anéantissement, une série d’hôtels dont certains étaient de purs joyaux.

chevaux apollonCe trésor architectural protéïforme est relativement concentré dans certains quartiers : le Marais, les faubourgs Saint-Germain et Saint-Honoré, le quartier de la Nouvelle Athènes, les Champs-Elysées …Les lieux où il faut être changent de localisation avec la mode et l’expansion de la cité.

Et il reste aujourd’hui des escaliers, des portails, des ferronneries, des boiseries soigneusement démontées et remontées…et des bas-reliefs splendides comme la porte des Ecuries de l’hôtel de Rohan, représentant les chevaux d’Apollon s’abreuvant, par Robert Le Lorrain ….

Exposition à la Cité de l’architecture et du patrimoine jusqu'au 19 février 2012. Palais de Chaillot, Paris, Entrée 7€. fermé le mardi.

 

 


 

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11 novembre 2011

Cezanne et Paris, exposition au Musée du Luxembourg

toits de ParisLe musée du Luxembourg a rouvert ses portes le 12 octobre dernier sur une exposition tout à fait passionnante : Cézanne et Paris.

On notera la nuance dans ce titre : c’est de la relation du peintre à la capitale et non de son œuvre exécutée dans la ville qu’il s’agit.

Car Cézanne, à la suite de son ami de collège Zola, « monte » à Paris en avril 1861 pour y étudier – en particulier au Louvre – se faire connaître en tentant en vain de faire admettre ses toiles au sacro-saint Salon, temple de l’académisme et de la pensée picturale « correcte », puis rencontrer des collectionneurs (son premier est Victor Choquet, un fonctionnaire des Douanes), souvent les peintres qui sont ses amis (Manet, Guillaumin, Pissarro), puis ses marchands, avec en particulier Ambroise Vollard.

Paris, capitale des arts, est la ville qui compte, même s’il se dépêche de retourner souvent à Aix. Et puis, Cézanne apprécie de pouvoir s’échapper, grâce au chemin de fer, dans la région : en Seine et Marne, à Pontoise, en Normandie…  Il va sur le motif, structure ses dessins, peaufine ses couleurs, travaille sur la lumière.

pendule noirePeu de toiles sont peintes avec Paris pour décor. Seulement une vue des toits, une rue de Montmartre, les quais de Bercy. Mais aussi de sublimes portraits : sa compagne cousant, ou hiératique dans un fauteuil de velours rouge et portant une jupe rayée. Toujours devant un papier-peint ocre à losanges verts. Des natures mortes aussi comme cette extraordinaire serviette d’un blanc éclatant, devant la pendule noire. La vraie pendule est là, elle aussi …

mmeCezanne à la jupe rayéeComme à l’accoutumée, l’exposition ne comporte « que » 80 œuvres majeures. Mais ce sont des toiles que l’on n’a pas ou peu vues, prêtées par des musées ou des collectionneurs particuliers. C’est le choix de l’ensemble qui nous emmène au coeur de la vie de ce peintre qui n’accepta aucun compromis, fut le grand initiateur de l’art moderne, faisait semblant de se montrer grossier, finit par s’éloigner de son ami d’enfance Zola dont il semble ne pas partager l’inclination pour le naturalisme.

ambroise VollardExtraordinaire enfin de parcourir les années et de constater qu’entre 1861 et 1906, le style de l’artiste reste empreint de la même rigueur, du même mouvement. Un Cézanne se reconnaît au premier coup d’œil…Grâce à cette exposition, on nous permet d’avoir des visions complètement nouvelles !

pontdemaincyCézanne et Paris, exposition au Musée du Luxembourg, en partenariat avec le Grand et le Petit Palais, avec des prêts exceptionnels du musée d’Orsay. Jusqu’au 26 février. 12€

montmartre

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10 novembre 2011

MAORI, leurs trésors ont une âme, exposition au Musée du Quai Branly

maoriaffichePas besoin d’aller au bout du monde pour mieux comprendre une civilisation qui nous ramène à l’époque des origines. Et que nous avons effleurée lors de la récente Coupe du Monde de Rugby. Aujourd’hui, c’est le musée Te Papa Tongarewa de Wellington qui nous donne à voir quelques 250 objets anciens et contemporains, chargés d’une valeur sacrée.

sculptureL’exposition rassemble des oeuvres très diverses : sculptures, éléments lapidaires, capes de cérémonie, éléments d’architecture, photographies, vidéos … Elle met l’accent sur plusieurs expressions de la notion de tino rangatiratanga – le contrôle ou la détermination des Maori sur toute chose maori – et éclaire les liens existant entre les trésors ancestraux et les productions contemporaines, entre les populations et leurs problèmes.

jadetikiDès l'entrée, le visiteur est invité à palper une large pierre de jade, fraîche, lisse, douce comme du satin, symbole de longévité et de beauté. Cette pierre, dénommée Hine Kaitaka, incarne la force vitale, le mauri, qui anime et relie toute chose. Si la civilisation des Maori, peuple toujours vivant de la Nouvelle-Zélande que les Maori appellent Aotearoa ou long nuage blanc, a quelque chose à transmettre au monde, c'est que tout est interconnecté - les personnes, les objets animés ou inanimés, l'environnement. Rangi, le ciel père, Paya, la terre mère, ne se sont séparés que pour laisser pénétrer la lumière et les êtres vivants, mais ne furent jamais détachés.

Il existe chez les Maori une appartenance à un système généalogique puissant, moteur de savoir et de transmission qui explique cette cohésion entre passé et présent. Aujourd’hui encore, l’art, dans toutes ses manifestations, est le reflet d’une histoire sans cesse réécrite mais hantée par le souvenir des divinités polynésiennes d’autrefois.

002Nous en connaissons tous le Haka, mais nous comprenons mieux, à travers ce cheminement totalement dépaysant,  le sens du Moko ou art du tatouage qui symbolise l’appartenance à une tribu et à un territoire, le Whakapapa ou lien puissant qui relie chaque personne à ses ancêtres et à la nature, le Mana qui désigne la force spirituelle attachée à certains objets que l’on se transmet pieusement de génération en génération et sont conservés dans de merveilleuses boîtes ouvragées, ou encore la symbolique attachée aux poutres des maisons de réunion, décorées de monstres aux yeux de nacre.

001Bijoux, statuettes de jade, armes, instruments de musique – sont simplement beaux en eux-mêmes, mais nous n’en percevons sans doute pas toute la valeur sacrée aux yeux des Maoris qui ont bien voulu nous les prêter. En échange, nous leur rendrons, à la fin de l’exposition, une série de têtes d’ancêtres conservées dans les réserves de nos musées …C’est bien la moindre des choses !

 

Māori, leurs trésors ont une âme, au Musée du Quai Branly – Galerie Jardin 37, Quai Branly (7è) – RER Pont de l’Alma
Ouvert tous les jours (sauf le lundi) de 11h à 19h (et jusqu’à 21h les jeudi, vendredi et samedi).
Jusqu’au 22 janvier 2012

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02 octobre 2011

Maurice Boitel au Musée de Nuits Saint Georges

Voyage_eb_Bourgogne_2_094J'ai toujours une tendresse pour les peintres figuratifs de l'Ecole de Paris, et pour le père d'un de mes condisciples en particulier, Maurice Boitel (1919 - 2997).

Voyage_eb_Bourgogne_2_101

Partout où il réside, Maurice Boitel va sur le motif. Avec lui nous voyageons entre Alger et Saint-Mandé, Cadaquès et Nuits Saint georges, en Limousin comme sur la Côte d'Opale. Partout, sincèrité, fraicheur, couleurs authentiques, composition maîtrisée...

Voyage_eb_Bourgogne_2_096Un clacissisme qui tranche avec la mode d'aujourd'hui. Voire dérange ?

Mais le peintre a dans sa manche des atouts incomparables : ses fils, son épouse, ses petits-fils qui, sans relâche, mettent en lumière ses tableaux foisonnants, où l'on sent le souffle du vent et de la mer passer.

 

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Au musée de Nuits Saint Georges jusqu'au 31 octobre.2,35€, gratuit le dimanche. 12, rue Camille Rodier.

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