mus_e_PP_2 Voici le 1000ème message publié sur ce blog, et ce n'est pas un "poisson d'avril" !

Notre promenade de santé nous a conduits, hier après-midi, vers un musée peu connu mais passionnant, et ouvert le mardi qui plus est : le Musée de la Préfecture de Police.

Tout d'abord, il faut le trouver et pour ce faire, naturellement, résoudre une énigme : où est-il ? En cherchant bien rue de la montagne Sainte-Geneviève et au coin de la rue basse des Carmes, un immeuble hideux se dresse comme une immonde verrue, un bunker : c'est bien là, au coeur du Commissariat de police, prenez les couloirs, n'ayez pas peur, monter au deuxième étage...et vous vous retrouvez hors du temps, à la fois par le style de présentation des documents, fort intéressants mais pas mis en scène pour deux sous, et l'ambiance très administrative des lieux.Mus_e_PP

Des documents administratifs en tous genres (on produisant beaucoup d'ordonnances sous l'ancien régime, l'hyperactivité administrative ne date pas d'aujourd'hui) et sous verre, des mannequins de cire portant les uniformes des agents chargés de la sécurité publique depuis Monsieur de La Reynie sous louis XIV, des "pièces à conviction" de crimes célèbres.

Nous regrettons souvent le climat d'insécurité de notre temps....rien à voir avec les affaires qui ont défrayé la chronique judiciaire au XIXème et XXème siècles : Ravachol, Gorguloff, la bande à Bonnot, les attentats anarchistes, les assassinats de Présidents de la Rébublique mais aussi la malle à Gouffé, l'affaire Marguerite Steinheil, Landru, le Docteur Petiot, Violette Nozières, Madame Caillaux, Laetitia Toureaux.

On frémit devant la vitrine rassemblant de façon somme toute banale, une myriade de couteaux, baïonnettes, lardoires, cannes-épées, poignards, instruments contondants divers et variés et pistolets ou révolver ayant assassiné sauvagement des victimes.

Il est rendu un spécial hommage aux préfets de police qui ont marqué l'histoire...de leur empreinte : une mention rapide pour François Vidocq, ancien bagnard devenu chef de la police, plus noble, Louis Lépine, qui "inventa" le maintien de l'ordre sans "tirer dans le tas" et rendit obligatoire un Brevet de police technique pour les hommes de la Brigade criminelle (fondée en 1912). Sans oublier le concours du même nom et le baton blanc dont il dote chaque gardien de la paix.

Un clin d'oeil au préfet Louis Amade, célèbre parolier de Gilbert Bécaud (pour le livret de l'Opéra d'Aran entre autres).

Photo_anthropom_triqueEt au premier rang de ces pionniers : Alphonse Bertillon et ses découvertes fondamentales sur la science nouvelle de l'anthropométrie. Il fut en effet le premier à décrire de façon objective, dans un langage codé partagé par tous les enquêteurs, un ensemble de onze caractéristiques physiques mesurables et invariables chez tout individu. Ce classement, sous forme de fiches signalétiques, rend possible la reconnaissance des récidivistes. Autre innovation : le portrait photographique "signalétique" de face, de profil et de 3/4, réalisé non plus par un artiste mais par un appareil scientifique. Et enfin, à partir de 1903, le procédé révolutionnaire de reconnaissance des empreintes digitales laissées sur les surfaces lisses.

Les romans policiers, le mythe de Maigret, les séries qui prennet pour héros les as de la police scientifique doivent tous une fière chandelle à Alphonse Bertillon (sans h). C'était le bon temps où la recherche française défiait le monde. C'est dommage qu'il n'ait pas reçu le prix Nobel, non ?