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10 décembre 2011

Exhibitions, l'invention du sauvage, exposition au musée du Quai Branly

Le racisme est-il inné ou culturel ?

Les petits, à l’école maternelle, ne pratiquent aucune exclusion à l’encontre de leurs petits camarades à la couleur de peau différente. Alors, pourquoi cette peur vis-à-vis de l’autre – le jeune, le noir, le juif, le « différent », vite qualifié d’a-normal (gay, gros, qui parle avec un accent, handicapé, voilé, barbu, femme …) et surtout ce mépris ?

affiche exhibitionsVoici une exposition qui éclaire et donne des éléments de réponse. Et je me réjouis de l’avoir visitée en compagnie de beaucoup de jeunes gens, tels que l’on n’en voit pas si souvent dans nos musées.

Notre façon de vivre ensemble repose sur certaines croyances et préjugés qui doivent être combattus par la connaissance. Nous découvrons ainsi comment le « sauvage » est apparu dans l’imaginaire des Européens, à la fois effrayant et fascinant. Et cela a commencé avec Christophe Colomb qui, de retour de son voyage en Amérique, a ramené des Indiens Caraïbes. Cette habitude d’exhiber des populations indigènes devant des foules crédules et manipulables a donc commencé très tôt.

caraibesParadoxalement, c’est au siècle des Lumières que la science anthropologique a échafaudé le mythe de la supériorité de la race blanche. Dès 1735, Carl von Linné divise le genre humain en quatre grandes « variétés ». Et, dans la foulée, il leur attribue des caractéristiques : les Rouges d’Amérique seraient colériques et combatifs, les Africains seraient lents et flegmatiques, les Jaunes inflexibles, sévères et avaricieux. Quant aux Européens (on dirait aujourd’hui Caucasiens), ils sont inventifs et astucieux.

La mode alors consistait à mettre en scène des « monstres » (frères siamois, femmes à barbe, personnes de très petite taille ou géants, mais aussi Inuits, Botocudos, Peaux-Rouges, Zoulous, Fuégiens, Dahoméens, Touaregs... C’est le temps des entreprises de spectacles à grande échelle (Barnum), des parcs zoologiques (le Jardin d’acclimatation à Paris), des expositions universelles, et des expositions coloniales. On y montre des villages entiers de « naturels » …y compris des « kanaks cannibales » !

Ce voyeurisme malsain fait florès entre 1894 et 1940. Les zoos humains ont été visités par 1 milliard et demi de visiteurs entre ces deux dates en Europe, en Amérique du Nord et même au Japon où l’on exposait des « Coréens cannibales » et des Européens (Osaka en 1903) !

sauvagesLa foule des visiteurs, ignorante et crédule, ne discerne pas la mise en scène raciale et coloniale. Elle a un réflexe de frisson et très vite de mépris. Ces hommes et ces femmes sont considérés comme appartenant à un monde inférieur. Cette mode perdure jusqu’aux années 30, où l’on commence à s’insurger (mollement) contre cette « chosification » : en 1931, les Surréalistes publient un tract de boycott : « Ne visitez pas l’Exposition coloniale, ce Luna Park où s’agitent des figurants de couleur. » Appel sans grand effet …

Cependant, le pilonnage a porté insidieusement ses fruits. On lui doit ces relents de racisme ambiant que je déplore chaque jour. Ce qui est nouveau, c’est de se rendre compte à quelle propagande étaient soumis monsieur et madame tout-le-monde, pour leur mettre dans la tête que les « sauvages » leur sont inférieurs, tout comme on avait théorisé au XVIIIème siècle que les esclaves n’étaient pas réellement des êtres humains afin d’en permettre le transport et le commerce au temps des traites négrières.

« Exhibitions, l’invention du sauvage », exposition au musée du Quai Branly, jusqu’au 30 juin 2012, 8,50€ en même temps que l’exposition « Samouraï » et les collections permanentes.

Posté par mpbernet à 08:19 - Lu et vu pour vous - Commentaires [0] - Permalien [#]
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