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15 février 2019

Sapiens, essai de Yuval Noah Harari

Sapiens

Phénomène éditorial, ce livre traduit en 45 langues s’est vendu à 450000 exemplaires en France … (5 millions dans le monde !)

Rien ne laissait pourtant présumer un tel succès pour un essai de vulgarisation philosophico-historique émanant d’un jeune professeur de l’université hébraïque de Jérusalem, spécialiste de la guerre au Moyen-Âge.

Résumer en 500 pages 2,5 millions d'années de l’histoire de l’humanité et des révolutions qui ont conduit Homo Sapiens de sa condition de chasseur-cueilleur à l’homme bionique qu’on nous promet pour demain constitue en effet un sacré défi.

Yuval Noah Harari s’en sort plutôt bien en nous racontant une foule d’anecdotes, en débitant un certain nombre d’approximations et en évitant soigneusement d’émailler son discours d’une masse de références – ce qui choque naturellement ses collègues chercheurs.  Car le public visé est ailleurs : ce livre provocateur est à mettre dans toutes les mains, même et surtout les plus éloignées de la culture historico-politique.

Les grandes étapes de l’évolution humaine passent par des révolutions : cognitive, agricole, scientifique, industrielle … pour aboutir peut-être demain à la fin de l’Homo Sapiens. Il analyse des événements, des circonstances et des rapports de forces qui transforment les caprices de l’imagination en structures sociales. Car ce sont les mythes et non la biologie qui déterminent les rôles et les hiérarchies sociales. Mythes et fictions ont habitué les hommes, dès leur naissance, à penser d’une certaine façon, à se conformer à certaines normes, à observer certaines règles, créant des réflexes artificiels permettant à de parfaits inconnus de coopérer ensemble efficacement – c’est ce que l’on appelle une culture. Et se laisser dominer.

L’auteur met en lumière le rôle des empires dont la permanence nécessite des religions pour en garder cohérence et contrôle. Les nouvelles croyances modernes sont aujourd’hui le libéralisme, le football, le nationalisme … Au passage, il explique l’objectif du nazisme …

Autre postulat de l'auteur : nous n’avons aucune preuve que le bien-être des hommes s’améliore inévitablement au fil de l’histoire. Rejoignant les travaux des historiens modernes – à compter d’Adam Smith - Harari explique comment et pourquoi l’Europe a pris le contrôle du monde à partir du moment où est concrétisée l’idée de transformer la chaleur en mouvement : c’est la révolution de la conversion de l’énergie. Il prévoit que les scientifiques découvriront comment domestiquer et transformer des sources nouvelles d’énergie … mais que la dégradation écologique risque de provoquer la disparition de toutes les espèces, Sapiens y compris.

J’avoue que j’ai eu un peu de mal avec les conclusions fuligineuses de l’auteur mais je salue l’exercice qui remet en place un certain nombre de notions, dans un langage simple, accessible à chacun. Le message final étant que nous vivons une époque profondément pacifique par rapport aux temps passés – les statistiques le prouvent – et qu’il convient de nous adapter à l’ordre social en perpétuel mouvement de ces deux derniers siècles.

Sapiens, une brève histoire de l’humanité, par Yuval Noah Harari, traduit par Pierre-Emmanuel Dauzat, chez Albin Michel, 500p. 24€.

Posté par mpbernet à 08:00 - Lu et vu pour vous - Commentaires [0] - Permalien [#]
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