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30 septembre 2020

La femme-écrevisse, roman d'Oriane Jeancourt-Galignani

femme écrevisse

Etrange roman qui tient du fantastique, de Kafka, qui suscite des images poétiques et cruelles à la fois, au style élégant, avec des phrases qui s’enroulent telles les tiges des volubilis, ces fleurs de la nuit … Une prose agglutinante, un peu comme la langue allemande qui juxtapose les concepts dans un même mot …

Trois époques, trois groupes de personnages, des thèmes récurrents autour d’une image fantasmée, celle d’une femme à tête d’écrevisse dotée de pinces et d’antennes, née en 1642 de l’esprit dérangé d’un Peintre célèbre du Siècle d’or hollandais, Rembrandt, excusez du peu.

L’ancêtre, c’est Margot von Hausen, servante et maîtresse du Peintre, qui élève son fils Titus après le décès de sa mère Saskia. Cette femme apprend la technique de l’eau-forte, va copier la gravure, pas seulement sans doute … mais elle en demande trop. Le Peintre va se débarrasser d’elle. Mais pas de l’image maléfique.

Retour en 1999, avec Lucie – dix-sept ans – et de son frère Grégoire, qui en a cinq de plus. Leurs parents brillent par leur absence : ils voyagent, ne reviennent que pour repartir, toujours plus loin. Grégoire écrit, dessine, il a du talent que son père ignore. Il souffre. Les jeunes gens vivent dans ce grand appartement vide dont les fenêtres dominent la Seine, face au soleil couchant.

Rembrandt_les trois croix

Grégoire est fasciné par cette figure monstrueuse qu’il va sans cesse contempler au Louvre, avec sa sœur … il dérive, et puis il croit pouvoir fuir sa mélancolie à Londres, retrouver la trace de ses racines, dans une librairie où avait ses habitudes son grand-père. Il va y rencontrer un amour infini, qu’il brisera. La femme-écrevisse rend fou.

Dans l’immeuble où habitent Grégoire et Lucie vit aussi le grand-père Ferdinand von Hausen, qui ressasse sa carrière d’acteur de la grande époque des studios de Babelsberg. C’est un personnage-clé. Celui qui explicite la richesse familiale, insubmersible malgré la chute du grand Reich. Mais qui ira demander des comptes aux von Hausen, d’où vient l’argent de ceux qui sont aujourd’hui banquiers, gestionnaires de fonds, promoteurs ?

 

Oriane Jeancourt-Galignani continue à explorer les thèmes de la solitude, du désespoir, la folie, le suicide (Mourir est un art, comme tout le reste), la responsabilité paternelle – la mort de Titus, le fils du Peintre, ébauche la mort du père, la culpabilité des classes dirigeantes allemandes face au nazisme, à la persécution des Juifs. C’est un cri d’amour pour Grégoire, ce frère trop tôt disparu auquel le livre est dédié, réinventé, et aussi un cri de rage …

Un livre qui vous laisse un goût d’acide à la bouche. Et des pincements au cœur !

 

La femme-écrevisse, roman d’Oriane Jeancourt-Galignani, édité chez Grasset, 394 p., 22€

Posté par Bigmammy à 08:00 - Lu et vu pour vous - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Bonjour , en parlant d'écrevisses, vous devriez lire le très beau Là, où chantent les écrevisses de Delia OWENS , premier roman magnifique !
    vive la lecture ! Mylène bibliothécaire

    http://cousineslectures.canalblog.com/

    Posté par mymy, 01 octobre 2020 à 06:50

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