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25 novembre 2020

Comme un empire dans un empire, roman d'Alice Zeniter

 

Zeniter

J’avoue avoir eu un peu de mal avec le dernier roman d’Alice Zeniter

Comme je ne lis jamais la quatrième page de couverture avant d’acheter un livre, je me lance toujours sans idée préconçue. Il y est mentionné cependant ici qu’il s’agit d’un roman de l’engagement, pour une cause nécessairement juste, malgré des moyens parfois contestables, pour un idéal politique, mais qui se délite …

Ce roman traite du désarroi, de la difficulté d'intégration à un monde devenu indécodable : à une culture, à une classe qui a conservé ses antiques réflexes sociaux, encore terriblement clivants, toujours ce thème du déracinement. Les deux jeunes héros n’arrivent pas à trouver leur place alors qu'ils ont intellectuellement tout pour réussir. Ils ont un pied en dedans et un autre dehors. Ils souffrent.

Elle, elle se présente uniquement sous le pseudo de L. Grande, mince, on dirait aussi anguleuse, l’œil et la chevelure foncés, L est Arabe. Sa mère l’a élevée dans les principes de la discrétion et du travail. N’importe quel travail mais ne jamais rester oisive. L a abandonné ses études pour se consacrer à son vrai talent : l’informatique. Elle en vit, s’est créée une clientèle informelle d’utilisateurs qui font appel à ses compétences de réparatrice rapide et pas cher : un billet de 50 euros et c’est dans la poche. Le reste du temps, elle navigue dans les couches les plus sombres de la toile, tellement plus à l’aise dans le monde "du dedans", courant au secours de femmes cyber harcelées. L prend des risques, tout comme son compagnon, Elias, qui va se faire prendre pour s’être attaqué à trop puissant.

Lui, c’est Antoine. Issu de la classe moyenne d’un village de Bretagne, il a réussi dans ses études ; classes préparatoires littéraires, Sciences Po, il est l'un des assistants parlementaires d’un député socialiste, à présent dans l’opposition. Il a toujours pensé à gauche mais se désole de la déliquescence de son parti. Il a adopté les codes – vestimentaires, langagiers, sociaux – de cette classe supérieure à laquelle son origine modeste ne le destinait pas*. Il a conservé de ses racines la solide amitié avec Xavier, cet alter ego retourné au pays d’Argoat pour créer une communauté accueillante aux exclus de tous bords, une sorte de ZAD pacifique et généreuse, utopique …

Rien ne prédispose L et Antoine à se rencontrer. Mais ils vont se comprendre, se compléter intellectuellement. Il l’aide à se délivrer de ses angoisses, elle lui explique comment le monde des ténèbres fonctionne, comment on y pénètre, pourquoi il faut s’en défendre … L’intrigue est un peu fuligineuse, mais le style étincelant de l’auteure emporte tout. On va jusqu’au bout, mais tout n’est pas dit … suspens !

* moi aussi, j'ai éprouvé ce même sentiment "de ne pas en être" lors de ma première année à Sciences Po. Mais j'ai observé, je me suis coulée dans le moule, j'ai adopté le code vestimentaire (jupe plissée, collier de perles, foulard ...). Cela ne m'a pas coûté très cher, je me suis fondue dans la masse de jeunes  avant tout préoccupés par leur réussite aux examens, pas plus pédants que d'autres, pas moins sympathiques que ceux que j'avais cotoyé dans mon lycée public du XIIème arrondissement ... En toutes circonstances, il faut savoir s'adapter !

 

Comme un empire dans un empire, roman d’Alice Zeniter, édité chez Flammarion, 394 p., 21

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