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05 juillet 2014

Un voyage en Allemagne, essai par François Roche

Un voyage en AllemagneUne fois encore, l'équipe d'Allemagne a gagné !

Une affaire de mâturité, de sérieux, d'expérience ... Il nous faut encore progresser. Pour mieux comprendre ce qui nous diffférencie, voici un ouvrage tout à fait opportun.

Ce qu'il nous dit est important : la différence essentielle entre nos deux pays, c’est qu’en Allemagne, tout est dispersé, chacun s'adapte à la nécessité locale, négocie ses conditions de partenariat et s'y tient scrupuleusement.

Et la première idée-force de ce document est que l’Allemagne fuit l’idée de puissance hégémonique qui l’a menée, jadis, au désastre. Comme nous l’avons-nous-même remarqué dans notre tout récent voyage, la participation des Allemands à la montée en puissance du nazisme n’est à aucun moment occultée.

François Roche, journaliste, nous livre ses impressions par petites touches, au cours d'un voyage émerveillé parmi les innombrables instituts de recherche, les centres technologiques, les entreprises « moyennes » indépendantes … qui ont pour maîtres-mots : innovation, qualité, exportations.

A travers une série d’entretiens avec des dirigeants et des universitaires fins connaisseurs de la France, un certain nombre de facteurs de succès émergent ainsi. Le temps de survoler le système d’éducation, le tissu industriel, les grandes cités commerçantes, la problématique de l’énergie, la place des religions, le sentiment des habitants de l’ex-RDA et le processus de la privatisation par la Treuhandanstalt et ses ratés, on perçoit à quel point l’Allemagne est un puissant moteur de l’Europe.

Comme le souligne Pierre-André de Chalendar, PD-G de Saint-Gobain Allemagne « Les Allemands ne veulent pas dominer l’Europe, contrairement à ce que je vois écrit et dit ici et là, ils ont envie et besoin d’être arrimés à l’Europe. »

Car le « miracle » allemand comporte aussi ses zones d’ombre : en particulier la grande question de l’énergie à la suite de la décision prise en 2011 d’abandonner, d’ici à 2022, l’énergie nucléaire. Et chez nos voisins, le terme de « Wende » est beaucoup plus fort que celui de « Transition » que nous employons chez nous. On estime que ce tournant coûtera entre 250 et 440 milliards d’euros, soit 50% du coût total de la réunification.

Or il semble que le rêve semble tourner au cauchemar. Le problème étant d’ordre technologique et économique : adaptation des réseaux de transport au caractère intermittent de la production solaire et éolienne, évolution du prix de l’énergie, déjà supérieur de 50% par rapport à celui de la France, pour l’économie allemande. Un fantastique défi, parfaitement consensuel.

Il serait donc absurde d’opposer France et Allemagne. Face à la Chine et aux Etats-Unis, les deux pays sont confrontés aux mêmes défis et doivent s’entendre sur une conception unique de l’Europe, plus démocratique et moins technocratique. Une solution serait de réorienter l’épargne longue sur les infrastructures permettant de relancer la croissance. Mais, selon Karine Berger, « actuellement, les Français ont peur du risque, les Allemands ont peur de l’avenir. »

Alors, il faut voir en la décision très récente d’adopter un SMIC de 8,50€ au 1er janvier 2015 un tournant dans la politique économique allemande. Pour la première fois depuis plus de 10 ans, le niveau général des salaires viendrait-il à progresser alors qu’il a stagné voire légèrement diminué depuis 2000 ? Les petits boulots, la condition des femmes, la nécessité de l’immigration face à une démographie en berne … L’Allemagne, pays de consensus lent, vit une démocratie vivante, qui lui permet sans doute d’affronter ses difficultés avec plus de sérénité.

La France, en cela comme en beaucoup d’autres domaines, devrait en prendre de la graine. Ce livre, certes un peu décousu mais très actuel recèle un grand nombre de notations intéressantes pour ceux qui aiment comprendre l’avenir du continent dans lequel nous vivons et qui est – ou n’est pas – l’avenir de nos enfants et petits-enfants.

Un voyage en Allemagne, essai de François Roche, Le Passeur éditeur, 202 p. 18.90€

Posté par mpbernet à 07:46 - Lu et vu pour vous - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Un ouvrage qui m'intéresse. Merci encore Marie-Pierre pour toutes tes excellentes chroniques littéraires ou autre.
    Je te souhaite un agréable week-end.
    Je t'embrasse.
    Bernadette.

    Posté par Binchy, 05 juillet 2014 à 08:34

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