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12 avril 2016

Territoires, polar d'Olivier Norek

territoires

Deuxième opus d’une série qui compte pour l’instant trois volumes … mais dont je gage que c’est le début d’une longue série. Mon enthousiasme pour l’auteur ne faiblit absolument pas (J'ai déjà le troisième tome sur ma table de nuit ...).

Deux exécutions sommaires : une affaire qui nous narre une situation hélas très concrète.  Ce qui se passe quotidiennement dans les « quartiers » dits sensibles. Ici, nous ne sommes pas à Marseille ni à Molenbeeck mais à quelques minutes du centre de Paris, entre Aulnay, Sevran, Saint-Denis ou Clichy. La commune s’appelle Malceny et la municipalité est « de gauche ». Attachant nos pas à l’équipe du capitaine Victor Coste, nous pénétrons dans un système où les élus locaux troquent une certaine tranquillité et l’assurance d’une réélection facile (népotisme, attribution de logements HLM, subventions à des associations locales bidons, détournement des deniers publics destinés à la politique de la Ville ou à la rénovation urbaine, emplois fictifs au sein des collectivités locales, recueil de procurations auprès d'une base électorale très étroite) par la tolérance pour l’économie souterraine et la mise en coupe réglée d’une population résignée par l'organisation maffieuse des dealers.

Sauf que de temps à autres, un gang décide de prendre le contrôle du territoire d’une autre bande. Meurtres, tortures à la perceuse, chantage … Les flics de la Crim et des Stups sont envoyés au casse-pipes, dans ces zones de non-droit où la moindre étincelle embrase tout un secteur. Avec la complicité des médias avides de sensationnel … et d’enfants-soldats grassement rémunérés pour surveiller et menacer, ou même assassiner.

En fait, économiquement et socialement, le problème est insoluble et ne passe pas par la dépénalisation. Comme l’explique Sam, l’un des policiers, c’est le trafic de stupéfiants « qui fait vivre (les cités). Une des raisons pour laquelle l’Etat refuse de dépénaliser. La vente de cannabis rémunère une partie de cette population dont on ne sait pas quoi faire. Si on leur retire ce gagne-pain, ils devront trouver une autre source de revenus. Braquages, prostitution, enlèvements. C’est un moindre mal dans une situation sans issue. »

Olivier Norek pose ce diagnostic sans illusions. Mais avec le talent d’un homme de terrain et d’expérience qui parvient à placer le lecteur au centre de l’émeute, parmi les CRS qui tremblent malgré leur exosquelette et leur bouclier, auprès des « conducteurs » des chiens de la brigade canine envoyés en première ligne – tout comme la vaillante Diesel à Saint-Denis tout récemment. Au cœur de l’intrigue : madame le Maire, dite « La reine » … Manipulatrice manipulée, un concentré de cynisme. On se demande bien qui lui a servi de modèle ?

 

Territoires, roman policier par Olivier Norek, publié chez Michel Lafon et réédité par Pocket, 379 p. 7,80€

Posté par mpbernet à 08:00 - Lu et vu pour vous - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Molenbeek

    Alors en fait c'est Molenbeek… (Moelenbeck , n'existe pas).
    Que de fois ce nom a été écorché ces dernières semaines. Quant à la prononciation, c'est une autre histoire.
    Molenbeek, en fait en français c'est assez poétique, cela veut dire "le quartier des moulins"…
    Molenbeek, Maelbeek, Etterbeek, Schaerbeek… autant de quartiers qui auraient préféré rester dans l'anonymat.

    Posté par brijou, 12 avril 2016 à 12:20
    • Pardon, je corrige tout de suite !

      Posté par mpbernet, 12 avril 2016 à 12:52

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