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23 décembre 2016

Les derniers jours, la fin de l'empire romain d'Occident par Michel De Jaeghere

Comme il s’agit d’un livre de 790 pages, très opportunément réédité dans une collection accessible, je n’ai nulle intention de résumer cet ouvrage bourré de références, comme il sied à un travail …. de Romain !

 

derniersjours

Cette époque troublée de la décadence de l’Empire romain d’Occident – de la seconde moitié du IVème siècle (avènement de Valentinien 1er en 364) à 476 avec la déposition de Romulus Augustule) me passionne depuis très longtemps car elle présente un certain nombre de caractères communs avec la nôtre, ce qui est parfois effrayant. En effet, « Nulle part en Europe et dans le monde méditerranéen, une société n’a été renvoyée aussi vite par la guerre, d’un niveau considérable de prospérité régionale et d’intégration économique à la situation d’une série de microsociétés réduites à une économie élémentaire » dit Chris Wickham.

Au-delà des vicissitudes compliquées des luttes aux frontières et de l’incapacité à défendre la civilisation contre les incursions des peuples barbares, le processus de dégradation et d’éclatement de l’Empire interpelle. C’est une époque d’empereurs fantoches dominés par des hommes forts, généralissimes d’origine le plus souvent étrangère, qui ont souvent vécu plusieurs années à la cour romaine comme otages et en connaissent la culture et les techniques de combat et se démènent pour négocier, dominer, s’enrichir, s’entre-tuer pour conquérir et conserver le pouvoir : Fritigern, Alaric, Athaulf, Wallia, Stilicon, Constance, Aetius, Bauto, Arbogast, Bélizaire … Ils comptent plus que les empereurs-enfants et différents usurpateurs qui se succèdent à Milan, Trèves ou Ravenne, cette capitale protégée par ses marais méphitiques et ravitaillée par mer en cas de besoin.

Parmi les facteurs de la décadence, on note d’abord, et très naturellement, l’attirance irrésistible des peuples vivant au contact de l’Empire pour la richesse de la civilisation romaine. A la mort de Théodose en 395, Pictes et Scots en Bretagne, Frisons, Francs, Alamans, Vandales Silings, Burgondes, Marcomans, Alains au-delà du Rhin et du Danube, Vandales Hasdings, Gépides, Suèves, Goths (de l’est et de l’ouest) Huns, Perses au nord et à l’est, Maures au sud menacent la Pax Romana. Les Huns bousculent les peuples qui sont devant eux. Les Vandales sont restés tristement célèbres. Ce qui n’exclut pas les guerres opposant l’Empire d’Occident à l’empire d’Orient, qui lui survivra pourtant un millénaire de plus.

Les guerres, les pillages répétés ravagent les cultures, les liaisons maritimes qui permettaient l’approvisionnement en céréales sont coupées, les villes rétrécissent, disparaissent … Par manque d’argent pour recruter les troupes et les solder, les empereurs engagent des troupes barbares et  confient la défense de l’empire contre les invasions à des troupes non assimilées, laissées à la conduite de leurs propres chefs. Pour les rémunérer, on leur distribue des terres, ce qui aboutit à la formation de royaumes autonomes.

Pour faire face à l’effort surhumain que demandait, en hommes et en argent la défense de son immense territoire, l’empire n’a pas assez de population : il connaît structurellement une grave crise démographique : contrôle des naissances, mortalité infantile élevée, fréquence des divorces, stérilité due aux suites d’avortements, rien n’encourage, dans la société romaine, les citoyens à avoir des enfants. Le christianisme n’est pas encore assez prégnant pour contrecarrer cette évolution.

Les razzias, les épidémies, la disparition de la matière fiscale, la corruption généralisée des élites qui ont perdu le sens de la fidélité à l’empire, la poussée des Huns sur tous les autres peuples puis le chaos suivant l’écroulement de l’empire d’Attila après sa mort … sont autant de facteurs provoquant l’effondrement de cet empire tant de l’extérieur que de l’intérieur… comme d’autres empires plus récemment.

« Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles » déclarait Paul Valéry en 1919. L'auteur cite aussi René Grousset : « Aucune civilisation n'est détruite du dehors sans s'être tout d'abord ruinée elle-même, aucun empire n'est conquis de l'extérieur, qui ne se soit précédemment suicidé. Et une société, une civilisation, ne se détruisent de leurs propres mains que quand elles ont cessé de comprendre leur raison d'être, quand l'idée dominante autour de laquelle elles étaient organisées leur est comme devenue étrangère. Tel fut le cas du monde antique.»

Les hommes étant gouvernés par les mêmes passions, la décadence de l’empire romain d’Occident a de quoi faire réfléchir …

Les derniers jours, la fin de l’empire romain d’Occident, par Michel de Jaeghere, édité chez Perrin, collection Tempus, 790 p., 16€

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