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31 janvier 2017

Shoah et bande dessinée, exposition au Mémorial de la Shoah

 

 

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Je crois bien que mes parents n’ont, durant leur vie, acheté qu’une seule bande dessinée : et ce fut en 1945 « La Bête est morte » d’Edmond-François Calvo. Et c’est aussi la première que j’ai lue, dès l’enfance, puis que j’ai rachetée en deux volumes lorsqu’elle fut rééditée … Car à l’heure où l’on cherchait à se réconcilier avec l’Allemagne, il n’était pas de bon ton d’évoquer la Shoah. Les rescapés eux-mêmes culpabilisaient d’en avoir réchappé et se taisaient, même dans leur propre famille (relire Une Vie de Simone Veil). Personne ne pouvait croire en leurs récits. Il a fallu des chocs comme le film « Nuit et Brouillard » d’Alain Resnais en 1956, passé dans les lycées quelques années plus tard, puis la révolution de « Maus » d’Art Spiegelmann, cette fresque qui narre le difficile dialogue entre un fils et son père rescapé des camps. Là encore, les personnages sont transposés en animaux.

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L’exposition présentée par le Mémorial de la Shoah explique l’évolution de ce passage du non-sujet à celui de sujet à travers les soixante années qui ont suivi cette catastrophe. Des petits carnets d’un enfant imaginant Mickey au camp de Gurs aux rares ouvrages se rattachant à la ligne claire franco-belge – en 1952, Jean-Michel Carlier (Blueberry, Tanguy et Laverdure) et Michel Graton (Michel Valliant) publient dans Spirou « les belles histoires de l’oncle Paul » qui parlent du héros de Budapest Raoul Wallenberg … aux complexes romans graphiques des auteurs contemporains qui veulent nous inciter à comprendre.

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En Amérique, les super-héros ne font qu’effleurer le sujet : ils ne libèrent aucun camp … Après 1945, la représentation de la guerre redevient positive car les jeunes recrues doivent partir au combat. Mais il convient de citer l’œuvre de Will Eisner avec Fagin le Juif ou Le Complot. Au Japon, un seul auteur évoque le sujet en manga.

C’est « Maus » (couronné du Prix Pulitzer) qui révolutionne le genre du roman graphique destiné aux adultes – et qui rompt le silence en 1980. Ensuite, la mémoire se délie auprès de la seconde génération. Il y aura aussi Marjane Satrapi, Pierre Christin et Enki Bilal, Riad Sattouf pour évoquer la dictature.

 

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Je recommande donc cette exposition très bien documentée et expliquée, à tous ceux qui se passionnent pour l’histoire, même la plus atroce, du genre humain, et à tous les fans de bande dessinée, ce 9ème art tellement actuel qui permet de tout aborder, même l’indicible.

 

A relire aussi, pour les amateurs : La propagande dans la BD ...

 

 

Shoah et bande dessinée, exposition au Mémorial de la Shoah, 17 rue Geoffroy l’Asnier – 75004 PARIS – Entrée libre, tous les jours sauf le samedi, à partir de 10 h. – jusqu’au 30 octobre.

Posté par mpbernet à 08:00 - Lu et vu pour vous - Commentaires [3] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Tout faire pour réveiller les consciences,

    Posté par Martine, 31 janvier 2017 à 09:09
    • Surtout aux très jeunes ...

      Posté par mpbernet, 31 janvier 2017 à 15:34
  • A Orléans, l'héritage de Jean ZAy est très vivant par le Cercil, dans les écoles ; du moins en REP+, l'enseignement à la citoyenneté & au multiculturalisme est très bien fait par des équipes motivées & innovantes. Les enfants y sont très sensibles

    Posté par Martine, 31 janvier 2017 à 16:03

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