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13 septembre 2019

Assassins ! roman de Jean-Paul Delfino

 

 

Assassins

Voici l’histoire prestement imaginée – mais très plausible et parfaitement documentée – d’un complot ourdi au tout début du XXème siècle par les ligues d’extrême droite catholiques et surtout antisémites pour renverser la République – Emile Loubet et sa clique d’usurpateurs – afin de rendre au pays sa fierté et son honneur bafoués par l’affaire Dreyfus.

Le signal de ce coup de force est un crime symbolique, celui d’Emile Zola, honni, exécré et haï non seulement à cause de ses romans naturalistes jugés pornographiques par la France bien-pensante, mais bien plus encore depuis sa prise de position dans L’Aurore, son fameux « J’accuse ».

Nous sommes le 28 septembre 1902. L’Affaire qui a partagé le pays en deux clans irréconciliables est encore très fraîche : en septembre 1899, le président Loubet a gracié Alfred Dreyfus, en décembre 1900 une loi d’amnistie blanchit tous les auteurs civils et militaires du montage qui a conduit Dreyfus à l’île du diable.

Mais cela ne suffit pas à satisfaire cette foule violemment antisémite, dont le chef de file est Edouard Drumont, le patron du journal « La libre Parole », auteur de l’ouvrage à succès « La France juive » rééditée des centaines de fois. Drumont et ses amis : Barrès, Gyp, Léon Daudet, Déroulède … et ses nervis veulent en découdre, afin de sauver l’honneur de l’Armée.

L'ennemi absolu, c’est donc Zola. Il va servir de victime expiatoire … En fait, ce complot tramé par des hommes qui pataugent dans la boue idéologique de l’antisémitisme la plus crasse va aboutir à une immense foirade. Mais Emile Zola en aura fait les frais.

On dit qu’au moment de sa mort, on revoit défiler en accéléré toutes les étapes de sa vie. Zola, alors que l’asphyxie gagne progressivement ses membres, se remémore sa jeunesse pauvre, les malheurs de son père, les démêlés judiciaires de sa mère, son mariage avec une jeune femme qu’il a décidé de sauver du ruisseau, sa liaison avec une femme beaucoup plus jeune et qui lui a donné deux enfants, ses échecs répétés à l’Académie française …et son immense œuvre des Rougon-Macquart.

Finalement, la mort de Zola n’aura pas le résultat escompté par ses assassins, car tout le monde veut éviter d’en faire un martyr … Un coup pour rien en somme, mais raconté avec talent, humour et surtout la cruelle évocation de l’ambiance atrocement antisémite – et aussi anti franc-maçons et anti protestants - de cette France réactionnaire qui ne se relève pas de la perte de l’Alsace-Lorraine.

Des relents nauséabonds qui ressurgiront en 1940 avec la législation de Vichy, et qui sont toujours présents dans une part de la société française. Comme sont plus que jamais présents dans notre vie politique les montages de "chantiers" relayés par la Presse d'opinion, les "fake news" ...

 

Assassins !, roman de Jean-Paul Delfino, publié chez Héloïse d’Ormesson, 237 p., 18€

Posté par mpbernet à 09:34 - Lu et vu pour vous - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires

  • Emile Zola

    Quand j'étais adolescente il a fallu que je lise Zola.
    Quel pensum !
    Depuis je n'ai jamais eu envie de le relire.

    Posté par Sylvie, 17 septembre 2019 à 16:43

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