Utrillo_par_ValadonBelle, très belle, Suzanne Valadon (de son vrai nom Marie-Clémentine Valade, 1865 – 1938) fut acrobate avant d’être modèle et amante de grands maîtres tels Renoir, Puvis de Chavanne, Degas, Toulouse-Lautrec, Henner, Eric Satie aussi. La belle fille de « La danse à la ville », ou « La danse à la campagne » de Renoir, c’est elle !

 

Valadon_mod_leFille-mère à dix-huit ans, elle va passer de la pose à la palette, apprenant très vite de ces maîtres et acquérant un style bien à elle, entre symbolisme et fauvisme. Son fils, c’est Maurice (1883-1955), un pauvre enfant chétif et colérique, bientôt éperdu de boisson et séjournant dès sa jeunesse en institution psychiatrique. Il sera reconnu par un espagnol de rencontre, Utrillo et signera ses peintures de « Maurice, Utrillo, V ».

UtrilloAutodidacte lui aussi, il bénéficie des conseils de sa mère mais demeure loin de la palette chaude de Suzanne : il représente uniquement des paysages tristes, de préférence les rues de Montmartre, mélangeant le plâtre à sa peinture.

 

Utrillo_lamin_agileSes premières  oeuvres « sur le motif » s’apparentent à l’impressionnisme. Il peint sur du carton. Il produit en masse, pour étancher sa soif d’amour et de vin…..se lie d’amitié avec un jeune peintre, André Utter (ci-dessous avec ses chiens). Celui-ci rencontre Suzanne : elle s’en amourache et malgré les vingt ans d’âge qui les séparent, en fait son compagnon, une blessure pour Maurice qui se sent trahi par cette mère absente.

Valadon_et_UtrilloCela me fait penser à Henriette, ma grand-mère paternelle, si belle aussi, qui épousa en seconde noces un jeune homme plus jeune encore que son fils Jean, mon père.

 

Maurice Utrillo connaît le succès pendant toute sa « période blanche » - entre 1910 et 1916 -  ensuite, sombrant dans l’alcool, il peindra en série non plus sur le motif mais d’après des cartes postales, des paysages urbains désespérément vides. Aucun personnage, sinon de vagues silhouettes tournant le dos au peintre. Des façades lépreuses vues sous différents angles, des églises de banlieue, des cabarets….

L’expo a pris le parti de ne montrer aucune des œuvres de la fin de carrière, Maurice Utrillo survivant pourtant jusqu’à l’âge de 73 ans…

Valadon_UtterValadon_nu_au_tableauAu moment où le talent de son fils s’éteint, Suzanne Valadon recommence à peindre : des portraits, des natures mortes, des nus, des à-plats de couleurs chaudes soulignées d’un trait sombre, sans repentir.

L’exposition croisée montrée à la Pinacothèque de Paris présente (jusqu’au 15 septembre) une centaine d’œuvres de la mère et du fils entremêlées, avec de judicieux panneaux d’explications particulièrement intéressants. Une révélation pour moi en ce qui concerne Suzanne Valadon, bien moins connue que son fils.

valadon_nu_blancIl faut y courir avant que la rumeur ne rende cette visite difficile : c’est petit, la Pinacothèque, pour le moment la queue est supportable – quoique l’on doive attendre en plein air sur le terre plein de La Madeleine – dans quelques semaines, tout Paris courra vers l’événement.