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Adapter un classique de la littérature française est toujours une gageure. S’attaquer à Victor Hugo en est une autre, plus casse-gueule encore. Après Les émotifs anonymes, Jean-Pierre Améris n’a pas eu de crainte. Il faut dire que cette œuvre éminemment politique de notre écrivain national ne figure pas parmi ses plus célèbres. Beaucoup de nos contemporains découvriront, comme moi, l’histoire de Gwynplaine, l’Homme qui rit.

Un paradoxe en tous cas : au moment où certains fustigent Gérard Depardieu et le traitent de minable parce qu’il refuse de laisser payer à ses enfants des droits de succession qu’il considère comme confiscatoires, le voilà qui incarne pour nous un rôle magnifique  - celui d’Ursus - fait de pauvreté flamboyante, de sagesse, de bonté et de générosité infinies, plein de sensibilité et tout en nuances.

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Car il faut dire que ce film parfaitement décalé, qui tient de « La Belle et la Bête », version Cocteau et de « Peau d’Âne » de Jacques Demy, trouvera sans doute difficilement son public, malgré ses décors somptueux, et une interprétation exemplaire.

Mais l’histoire est tellement marquée au coin des romans philosophiques du XIXème siècle (ou des feuilletons populaires) qu’il est difficile de l’imaginer aujourd’hui : un mélo baroque hyper romantique, onirique, philosophique,  très politique et à la fin dramatique puisque les deux jeunes héros se retrouvent dans une mort volontaire et prématurée.

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L’histoire est tout à fait emblématique des drames à la Verdi de l’époque : un enfant enlevé par une troupe de trafiquants, défiguré pour être montré dans un cirque, qui sauve une petite fille aveugle dont il tombe amoureux, puis retrouve son identité de haute noblesse, mais qui renonce au monde de l’argent, du pouvoir et des plaisirs faciles pour retourner à sa condition de bateleur, mais trop tard pour sauver son amour d’enfant. Cependant, entre-temps, il cède à la tentation du pouvoir et de la célébrité.

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En fait une attaque en règle du pouvoir monarchique aveugle et de l’ignorance totale des classes dirigeantes pour la misère du peuple. Un discours fondamental de Victor Hugo qui conçoit  une trilogie dont cette première partie est consacrée à l’aristocratie, la deuxième à la monarchie et la troisième à la Révolution.

Victor Hugo a commencé la rédaction de son ouvrage le 21 juillet 1866, à Bruxelles et le termine deux ans plus tard, le 23 août 1868 toujours à Bruxelles. Mais c'est en exil à Guernesey qu'il en a rédigé la plus grande partie. Un livre qui influencera bien des écrivains (Le Dahlia Noir de James Ellroy) et, plus près de nous des cinéastes de talent (comme le personnage de Joker de Batman, incarné superbement par Jack Nicholson…)

Avec Marc-André Grondin (Gwynplaine), Serge Merlin (Barkilphedro), Christa Theret (Dea), Emmanuelle Seigner (la Duchesse) et Gérard Depardieu (Ursus). Splendides décors et costumes …