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11 octobre 2016

Hergé au Grand Palais

 

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J’ai déjà si souvent exprimé mon admiration pour Georges Rémy (1907 – 1983) sur ces colonnes ! 

J'ai lu des tas d'ouvrages scientifiques sur cette immense oeuvre graphique comme "Le mystère Tintin" de Renaud Nattiez.... Je craignais  les redites lors de cette exposition majeure au Grand Palais. J’avais aussi lu quelques critiques acerbes, en particulier sur le parti-pris non chronologique du parcours, choisi par la veuve du père de Tintin, Fanny Rodwell …

La première salle commence en effet par une série de toiles de l’artiste qui pensait avoir « raté » une carrière de peintre. Mais en réalité, c’est cette appétence pour l’art moderne - et même d'avant-garde puisqu'il fut un collectionneur avisé - qui transparaît particulièrement nettement dans la dernière partie de l’œuvre du dessinateur. Très lucide toutefois, après plusieurs tentatives « à la manière de » (Miro, Modigliani …) ou totalement abstraites, Hergé se résout à abandonner la peinture pour se réinvestir dans son personnage fétiche … quoiqu’il le considère souvent comme un tortionnaire.

Car la production de Hergé, de 1929 à 1976, est fantastique. Un travail inimaginable selon lui : « Vous ne pouvez pas soir à quel point c’est long et difficile : c’est un véritable travail manuel. () Du travail d’horloger, je vous assure. D’hologer ou de bénédictin. Ou d’horloger bénédictin. »

 

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crayonné

 

fauteuil

 

GRémy et Tchang

En effet, même si au fil des années et du succès planétaire de ses albums, il crée une équipe ultra performante pour le seconder (E.P. Jacobs, Bob De Moor, Jacques Martin, entre autres), il ne leur confiait « que » le dessin des décors, des costumes, des moyens de transports. Hergé ne laisse personne d’autre que lui dessiner ses personnages. Et lui mort, son personnage-alter ego disparaît à jamais. Tintin et l’Alph’Art, son dernier ouvrage, demeure inachevé.

sparadrap

TintinquittelaChine

Pour Hergé, les dessins et les dialogues naissent en même temps. Tout réside dans l’art de raconter des histoires. Dans les premiers albums, il s’agit d’une suite de gags, conçus à la petite semaine, sans souci de vraisemblance et charriant les lieux communs de l’époque : colonialisme, racisme, conservatisme … Le déclic survient lors de la rencontre (en 1934) avec l’étudiant chinois en beaux-arts, Tchang, qui fut décisive. C’est lui qui calligraphie les idéogrammes de l’album « Le Lotus Bleu » (mon préféré !). L’ «étranger» devient un ami. La « ligne claire » d’Hergé s’ouvre, selon Pierre Sterckx, au flux du pinceau chinois. Rien ne sera plus comme avant. Hergé s’engage : Le sceptre  d’Ottokar montre son opposition à l’impérialisme.

 

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Grâce aux explications lumineuses de la conférencière, nous avons pu apprécier le processus de création de la bande dessinée, très similaire à la conception cinématographique (ne pas rater le décryptage d’une scène selon le vocabulaire technique du cinéma par le réalisateur Yves Robert). Passionnant aussi l'obligation de resserrer le nombre de pages et de passer du noir et blanc des premières aventures de Tintin à la couleur. L’étoile mystérieuse paraît en 1942 : les premiers aplats sont de couleur très douce, pastel, sans ombre ni dégradé. Personne ne parla alors de « ligne claire ». Hergé a tout inventé ! C’est aussi le temps, pour Hergé, de la tourmente : il continue à travailler pendant la guerre, paraît dans un journal contrôlé par l’occupant. Hergé finira par être blanchi en 1946. C’est l’époque de la maturité graphique du dessinateur, où ses albums rencontrent un immense succès.

Hergé publicitaire, créateur d’autres personnages – sans grand enthousiasme pour Jo, Zette et Jocko – l’homme n’a jamais cessé de dessiner. Le caractère de ses personnages évolue : Haddock se civilise, Milou prend de plus en plus de place, il y a les personnages de fracas (comme Bianca Castafiore) et les personnages de silence (Tournesol)… Ils forment une foule bigarrée qui fait désormais partie – même les super-méchants comme Allan, Müller et Rastapopoulos – de notre vie, de notre culture, tout comme certains gags récurrents : les jurons savants et le sparadrap aussi hyper collant que baladeur du capitaine …

Bref, j’avais peur de ne pas apprendre grand-chose, Claude m’a accompagnée par pure bonté d’âme, mais nous sommes ressortis tous les deux l’esprit plein de notions nouvelles, d’images familières et de souvenirs de cette épopée passionnante pour les lecteurs du monde entier, même au-delà de l’âge de 77 ans !

L'envie aussi de relire une énième fois tous les albums ... Il n'y a pas encore d'affluence à l'expo : courez-y vite !

 

 

 

 

Hergé – Galeries Nationales du Grand Palais, exposition jusqu’au 15 janvier, tous les jours sauf le mardi à partir de 10 h.

Posté par mpbernet à 08:30 - Lu et vu pour vous - Commentaires [0] - Permalien [#]
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